‹ Les tribunaux comiquesChapitre 45 sur 73 · UNE FEMME QUI BAT UES HOMMES · texte numérisé non relu

UNE FEMME QUI BAT UES HOMMES

de piquet avec M. Desformes, qui est un jeu que j’y suis de première force, c’est pas pour dire, dont je gagnais toujours M. Desformes, ce qui fait que ;a déplaisait à madame sa femme.

La prévenue. — Vous trichiez; vous aviez touiours les quatre-z-as.

M. Blaite. — Vous l’entendez, elle m’accuse de voler aux cartes. Du reste, je ne devrais pas y faire attention, c’est une femme qui boit; elle a du vin dans ce moment. Pour lors, ce soir-là, j’avais gagné; nous avions joué des grogs; au moment oü j’annonce quatorze de boutons de guêtre et quinte basse... ( cherchant ). Basse? non, à la dame ou au monarque...

M. le président. — Voyons, arrivez donc aux voies de fait.

M. Blaite. — Je disais bien : « Quinte aux larbins, » qui me faisait gagner, voilà madame qui me fait sauter mon jeu en l’air et qui mêle toutes mes cartes avec les deux écarts et le jeu de son mari, censé en manière de rire... parce qu’elle venait toujours nous retrouver* au café... et puis elle prétend que je n’avais pas gagné, et elle veut que nous recommencions; moi, je n’ai pas voulu, vu que j’avais, comme je vous dis, quatorze de...

M. le président. — Pour la dernière fois, voulez-vous arriver aux voies de fait?

M. Blaite. — J’y étais; pour lors, madame me

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dit : « Tenez, voilà de l’atout, c’est du pique! » et elle me flanque une gifle. Vous comprenez que je n’étais pas satisfait. Je conviens qu’un soufflet du fait et cause d’une dame n’a rien d’humiliant, mais outre que c’est dans les us et habitudes de madame...

M. le président, -p- C’est entendu.

M. Blaite. — Elle se pocharde journellement, ce qui ôte aux personnes de son sexe une partie de leur poésie...

M. le président. — Asseyez-vous.

M. Blaite (s'asseyant). — Avec ça que son cornichon de mari...

M. le président. — Voulez-vous vous taire?

M. Desformes (s'avançant). — Moi?

M. le président. — Allez vous asseoir. (A la prévenue.) — Qu’avez-vous à dire?

M me Desformes. — J’ai à dire que monsieur est un homme sans égards pour les dames, et sans usage, et que voilà bien ses procédés de traduire une dame devant la magistrature pour...

M. le président. — Vous convenez avoir donné le soufflet ?

M mB Desformes. — Oui, monsieur, et qu’il faut bien avoir envie de se faire rire au nez par la société qui est ici...

M. le président. — Asseyez-vous.

M œ# Desformes. — Voilà mon caractère sur le

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compte de monsieur, qui traite mon mari de cornichon.

Le tribunal délibéré.

M. Desformes {s'avançant ). — Moi? L’audiencier le reconduit à sa place.

Le tribunal condamne madame Desformes à 16 francs d’amende.

LA CÉLÉBRÉ MALATORCHI

La mode, cette déesse capricieuse, inconstante, qui, comme le temps :

... Détruit tout ce qu’elle fait naître A mesure qu’elle le produit;

la mode qui s’immisce dans nos toilettes, dans nos repas, dans nos ameublements, dans nos constructions, ne pouvait oublier d’imposer ses caprices à notre curiosité. Que de spectacles nouveaux ne

LA CÉLÈBRE MALATORCHI.

nous a-t-elle pas offerts depuis les représentations des Mystères \ Et nos théâtres forains, quelles transformations n’ont-ils pas subies depuis cinquante ans! Bobèche a fait place à Frise- Poulet, la femme sauvage aux Nubiens et aux Esquimaux, Polichinelle à Guignol; nous n’avons plus l’homme-orchestre, mais nous avons le phoque, le grand phoque de la mer Glaciale, qui articule la syllabe pa; or, comme il n’y a que le premier V a qui coûte, il en ajoute sans peine un deuxième, et semble, au grand ébahissement de ses admirateurs, appeler, du fond de son baqUet, l'auteur de ses jours resté sur les glaces du Groenland.

Et la danse de corde! Il a fallu Blondin pour montrer à la jeune génération cette chorégraphie aérienne oubliée, et qu’il a rajeunie par de plus grands périls.

Et la tentation de saint Antoine? Qui tentet-elle à cette époque où les libres penseurs sont convaincus que la seule vraie tentation contre laquelle ce saint ermite a eu à lutter, fut celle de manger son compagnon ?

Et l’assaut d’armes par des Mérignac et des Pons en jupons ! Toutefois, ce genre de spectacle n’a pas complètement disparu ; il est encore offert quelquefois à messieurs les soldats et à messieurs les maçons, justes appréciateurs. Ainsi, dernièrement, dans une boutique vacante d’un boulevard exté-

LA CÉLÈBRE MALATORCHI.

rieur, la célèbre Malatorchi provoquait au combat les fines lames civiles ou militaires, s’il s’en trouvait dans l’aimable société qui lui faisait l’honneur d’écouter son boniment.

Madame Malatorchi est le dernier des Saint- Georges du beau sexe, si abondants sur la place, il y a quelque trente ans. Cette dame avait dixhuit ans, dans ce temps-là : elle n’a pas cessé de les avoir; elle les aura tant que durera le tableau qui la représente, se fendant, à fond, sur un tambour-major stupéfait. Si vous voulez la voir boutonner le tambour-major, en maître d’armes, entrez avec confiance, et sans payer; si vous êtes contents et satisfaits, vous donnerez, en sortant, la misère et la bagatelle de deux sous; si, au contraire, vous n’êtes pas satisfaits... vous les donnerez tout de même. Messieurs les amateurs qui se mesureront avec madame Malatorchi sont seuls exempts de la rétribution. Qu’ils s’approchent! qu’ils prennent les fleurets que leur présente le orévôt, M. Blavin, et qu’ils entrent... on ne leur demandera rien... que de ménager leur adversaire ; mais cette demande leur sera faite à l’oreille, si bas, si bas, si humblement... qu’il faudrait être le dernier des goujats pour persister à boutonner.

Mais que voulez- vous, il y a des gens sans égardi pour le beau sexe; Brimoint est de ceux-là; il est vrai que madame Malatorchi n’est plus de celui-ci.

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