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QUEL PLAISIR D’ALLER A LA NOCE

Quel beau jour que celui du mariage! Scribe l’a célébré dans sa charmante comédie : Le plus beau jour de la vie, seulement la pièce prouve absolument le contraire. Peu importe, du reste, nous n’avons point à nous occuper ici de jeunes mariés, mais uniquement des invités de la noce; c’est pour ceux-là qu’est véritablement le plaisir, surtout quand il n’en coûte rien, comme disait si agréable-

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ment madame Pochet le lendemain des noces du fils Gibou.

Il y avait donc repas et bal chez un traiteur de barrière. On avait mangé et bu abondamment, toute la noce était grise ; on s’était donné des coups de poing chez différents marchands de vin du quartier; on avait été jeté à la porte, le garçon l'honneur avait eu le nez coupé par un tesson de bouteille; enfin on s’était beaucoup amusé, telle-, ment amusé, que le lendemain, à six heures du matin, on finit par se dire: Il est impossible de s'amuser tant que cela éternellement, réglons et alions nous coucher.

Réglons!... voilà le revers de la médaille, car ici ce n’était pius comme à la noce de Gibou fils, c’était un pique-nique.

Le pique-nique ne retire rien à l’honneur qu’on fait aux amis en les invitant ; il ne retire que de l’argent de leur poche. Voici comment s’accomplit cette formalité : le garçon d’honneur met dans un chapeau deux, trois ou quatre pièces de 5 francs; chaque invité est obligé d’en mettre autant; le marié, lui, ne met rien. Seulement, quand chacun a versé ses 1 5 ou 20 francs pour payer le festin, s’il n’y a pas assez, il fournit le reste ; s’il y a trop.... mais il y a rarement trop.

On réglait donc le pique-nique, et tout en réglant on regardait de travers Margouillaux, qui

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faisait la sourde oreille à l’endroit du paiement. Bourry et Carrazin (deux invités) disaient :« C’est un carottier, il boit et gueuletonne aux dépens des autres, mais il paiera ou nous lui casserons les reins ; force fut donc à Margouillaux de casquer (pour parler comme les gens de la noce).

La collecte terminée, il se trouve 20 francs de trop. On propose de prendre du café pour cette somme; la proposition est acceptée à l’unanimité, moins une voix, celle de Margouillaux. <1 Je prendrai ma part en vin, » dit-il. C’était son droit, et on n’entendait pas le lui contester, chacun étant venu pour s’amuser.

Sa part en vin lui fut donc servie ; il l’avait payée; il la but, c’était juste ; il se trouva complètement ivre, c’était encore très juste; il se vit forcé d’envoyer chercher une voiture pour retourner chez lui, c’était toujours ce qu’il y a de plus juste. Les voitures étaient rares; on n’en trouve qu’une, Margouillaux veut la prendre, mais voilà Bourry qui s’écrie : « J’en ai plus besoin que toi, vu que je suis encore plus en ribote. »

Une discussion s’engage entre ces messieurs sui la question de savoir lequel est le plus ivre, et Bourry qui, en réalité, était le plus solide sur ses jambes, s’empare de la voiture; Margouillaux veut l’en arracher, mais il va tomber la figure sur la roue de la voiture, qui lui enlève complète-

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