‹ Les tribunaux secretsChapitre 41 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

— C'est Camargo ! madame, répondit Jalia -, toujours Camargo ! il sait iniit !

— Lui !

— Celte nuit où nous sommes allées à Tégiisc de Saint-Joseph, il était là, il nous a vues...

— Oh! que dis tu?...

— La vérité.

— Nous sommes perdues!...

— Oui, madame, car je connais mon mari, et pour se sauver, il n'hésitera pas à tout raconter.

La marquise ne répondit pas -, elle se laissa retomber, accablée et sans force, sur un fauteuil, prit sa tête dans ses mains et pleura.

Puis, comme si l'étendue de son malheur lui avait tout à coup donné la force, le courage, l'énergie qui lui avaient manqué jusquelà, elle se releva presque aussitôt avec vivacité, courut à une table, prit une plume, de l'encre, tout ce qu'il fallait pour écrire, et se mit en devoir d'adresser une supplique à l'inquisiteur.

Mais elle avait à peine tracé le premier mol de sa demande, qu'un grand bruit se fit dans le palais,- et que des familiers de l'inquisition pénétrèrent jusque dans son appartement.

Les deux femmes poussèrent en même temps un même cri d'épouvante, et Julia courut se jeter aux genoux de sa maîtresse, en implorant son intervention^ mais toutes les prières, dans ce moment, étaient parfaitement inutiles, et l'on entraîna Julia.

La vice-reine avait du moins eu le temps de lui assurer que, fût-ce au prix de son honneur, elle la sauverait.

Une fois seule, en effet, Victoria Colonna n'hésita plus; elle se mit aussitôt à continuer sa lettre à peine commencée, et pria, avec la plus ;ive instance, l'inquisiteur général de se rendre au plus lôt près d'elle, ajoutant que son repos, son honneur même dépendaient de la célérité qu'il allait mettre à se rendre à sa prière.

l'inquisition. 347

Elle cacliola sa lettre et l'envoya.

Mais Victoria Colonna devait, ce soir-là boire le calice jusqu'à la lie, car à peine la porte se fut-elle refermée sur son messager, qu'elle se rouvrit pour laisser entrer don Juan d'Avalos, marquis de Pesoaire, son époux.

Don Juan d'Avalos était sombre et soucieux; il sahia légèrement la vice-reine, jeta son feutre sur un meuble, et roula lui-môme un fauteuil près de la place qu'occurait Victoria;

La vice-reine était habituée à le voir ainsi depuis la révolte des Siciliens-, elle ne prit pas garde à son air sombre, et, espérant que sa visite serait terminée avant l'arrivée de l'inquisiteur, elle accueillit son époux de son plus charmant sourire. Le marquis de Pescaire lui prit la main :

— Victoria, dit-il d'un voix grave et lente, une de vos femmes vient d'être emmenée par les familiers de rinquis:t:oL , Jomme, après tout, celte femme n'est pas coupable , j'ai donné des ordres pour qu'elle soit mise immédiatement en liberté.

— Ah ! vous êtes généreux, monseigneur, dit la vice-reine , qui conçut un moment d'espoir.

— D'ailleurs, poursuivit le vice-roi, j'ai iiàte que toutes ces arrestations cessent, et j'ai fait prier à l'instant même l'inquisiteur général de se rendre auprès de moi.

— Vous, monseigneur! interrompit Victoria.

— Oui, madame, et j'espère que vous me permettrez de le recevoir dans votre appartement? ^

— Mais..., je ne sais..., balbutia la marquise.

— Ce sera comme vous le jugerez convenable, continua le viceroi 5 cependant j'avais pensé que vous ne seriez peut-être pas fâchée vous-même d'entretenir la personne que j'attends : c'est du moins ce que j'ai cru comprendre à la lecture de certain billet qui vient de tomber entre mes mains.

3/18 I-i:S TRIBI'NAIX StCRETS.

— Que vouloz-vous (lirt'? fil la maniuisc iiUordile.

Pour toute réponse, le marquis de Pescaire lui présenta la lettre qu'elle venait d'écrire.

— Ma lettre! fit Victoria Colonna avec un frisson.

Il y eut un moment de silence, pendant lequel le vice- roi déchirait en mille pièces le billet qu'il tenait à la main

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