Bonnafy, Le Tokélau et son parasite, Doin
4. Sabrazès, Sur le favus de l’homme, de la poule et du chien. [Thèse inaugurale. Bordeaux, 1893.)
Parmi les milieux de culture usuels en mycologie il y en a* au point de vue des cultures trichophytiques, qui sont mauvais, d’autres sont médiocres, d’autres bons.
Les plus mauvais sont les milieux d’origine exclusivement animale, les milieux exclusivement azotés : c’est le bouillon peptone, la gélatine ou la gélose-peptone, le sérum coagulé ou gélatinisé. Ces milieux différencient telletnent mal les espèces trichophytiques les plus distinctes, qu’on pourrait à bon droit les appeler milieux indifférents 1 .
Si la séparation des deux trichophyties n’a pas été faite plus tôt, je crois volontiers qu’il faut en incriminer l’usage exclusif de ces milieux.
Les milieux médiocres sont, par exemple, le moût de bière trop chargé de sucre, ou encore le moût de bière recuit plusieurs fois. La culture des trichophytons y est trop lente, et la surface des cultures trop tourmentée pour qu’on puisse juger de leurs caractères propres 2 .
De tous les milieux de culture usuellement employés dans les laboratoires, deux sont très favorables à la culture des trichophytons. Ce sont : la pomme de terre et le moût de bière.
La pomme de terre reste toujours le premier milieu de culture à essayer pour toutes les espèces de champignons inférieurs. Les oospora-actinomyces 3 sont différenciés par ce milieu mieux que par tout autre. Et on peut en dire autant, en ce qui concerne les trichophytons. Aucun milieu, par exemple, ne donne entre les trichophytons et le microsporum Audouïni une différenciation plus saisissante et d’une plus grande évidence.
Mais pour des différenciations plus fines, c’est un milieu à rejeter. La pomme de terre est d’une composition chimique complexe et très loin d’être chimiquement toujours identique à elle-même. L’expérience prouve qu’une même espèce trichophytique peut donner sur des pommes de terre différentes des cultures notablement différentes entre elles 4 .
1. Je ne voudrais pas que les partisans de l’unicité puissent se faire une arme de la similitude des espèces trichophytiques sur quelque milieu que ce soit. La gélose peptone différencie visiblement un certain nombre d’espèces, spécialement les espèces d origine animale. Seulement, cette différenciation est infiniment moins parfaite, moins démonstrative que sur les milieux sucrés et peu azotés.
2. Une solution de sucre trop concentrée, chauffée plusieurs fois à lia 0 , transforme une partie de son sucre en caramel. Le caramel est antiseptique.
3. Saüvageau etRADAis, Les Oospora. (.Annales de l’Institut Pasteur, avril 1893.)
i. M. Perret, dans des expériences qui n’avaient pour objet que des bactéries
ANALYSE EXPÉ U1M ENTA LE
On ne peut donc s’adresser à ce milieu. Dans la suite d’une même expérience on devrait ne se servir que des fragments d’une même pomme de terre. On ne peut s’astreindre constamment à une telle gêne.
Le moût de bière, gélosé, est un milieu préférable à la pomme de terre. Il permet de différencier très nettement les trichophytons du microsporum Audouïni et même entre des espèces trichophytiques que nul autre moyen ne permet de distinguer, entre des cas d’apparence semblables, il montre des différences de détail frappantes.
Mais ce milieu est de composition chimique très variable. Il convient d’examiner dans quelles conditions les résultats qu’il fournit sont les meilleurs.
L’eau de malt est l’eau d’orge germée, diastasée ; le moût de bière est l’eau de malt houblonnée, avant la fermentation alcoolique du brassage. Les moûts de bière diffèrent d’une brasserie à l’autre et le même brasseur en a généralement deux.
L’un sert à la fabrication des bières de table, il marque 13, 14 au saccharimëtre de Balling, 7°,3 à 8° aupèse-bière. C’est le moût de bière double. L’autre, qui sert à la fabrication des bières communes, marque 8 au saccharimètre, environ, c’est-àdire qu’il est étendu de moitié eau. C’est le moût de bière simple.
Or, si l’on essaie concurremment à la culture des trichophytons un moût de bière double et ses dilutions successives, on vérifiera qu’étendu de quinze fois son poids d’eau il donne des cultures très rapides, mais pauvres ;
Qu’il donne des cultures encore plus nombreuses mais encore plus petites quand il est dilué de trente, quarante, cinquante fois son poids d’eau ;
Et qu’au contraire, au 1/3, étendu de deux fois son poids d’eau ou au 1/5, il donne des cultures à la fois riches et de caractères différentiels très accusés ;
Le milieu le meilleur pour la différenciation des espèces de trichophyton à grosse spore est donc le moût de bière dilué au 1/3 ou au 1/5.
Dès lors, il devient facile, en connaissant la composition centésimale de ce liquide, de le reproduire artificiellement, puis
est arrivé à la même conclusion, en prouvant dans son Essai sur la différencia lion du bacille typhique et du bacterium coli commune, que certains tubercules donnaient lieu à la réaction dite de F « indol » et d’autres non.
52 LES TllICHOPHYTIES HUMAINES
do faire varier la proportion relative de ses composants pour essayer de l’améliorer encore par voie empirique.
Or, le moût de bière double qui avait servi à mes expériences donna à l’analyse du sucre de malt, faite à la liqueur titrée de Fehling : 184 grammes de maltose par litre.
L’analyse de la dextrine faite aupolarimètre, après soustraction de la déviation droite due à la quantité de maltose connue, montra 10 grammes de dextrine par litre.
L’analyse des matières albuminoïdes par le dosage de l’azote total (méthode de Gjeldal)en décela seulement 3e r ,S 0/00.
Le moût de bière, étendu au 1/5, le meilleur milieu de culture trouvé correspondait à :
Maltose. 38^,70 0/0
Dextrine. 08 r ,20 —
Matières albuminoïdes. 0g r ,07 —
Tel était le milieu que je devais reproduire artificiellement. Les résultats de l’analyse le montraient comme excessivement peu azoté et ne contenant guère que du sucre.
Je pris, pour matières d’essai, la peptone commerciale qui me sembla la plus pure, et la maltose que l’usine de Creil fournit à peu près seule au commerce. La peptone devait tenir lieu des matières albuminoïdes du gluten de l’orge, et la maltose remplacer le sucre de malt du moût de bière.
Avec ces produits, je fis deux séries de liquides peptonisés et maltosés ; la première où la quantité de peptone faible d’ailleurs restait constante (0s r ,50 0/0) et où d’un matras à l’autre la quantité de maltose décroissait de 0» r ,05 depuis 7 sr 1/2 0/0 jusqu’à zéro. Les cultures les plus caractéristiques se montrèrent dans le milieu maltosé à 3« r ,70 0/0.
La seconde série porta sur un liquide maltosé à 3^,70 0/0, mais où la quantité de peptone décroissait pareillement d’un flacon à 1 autre, depuis 7 gr ,l/2 0/0 jusqu’à zéro. Les cultures les plus caractéristiques me furent fournies parles matras contenant 0 gr ,75 0/0 et 0« r ,80 0/0 de peptone ».
j ;-. ll va s “ s dire que ces recherches portaient conjointement sur les cultures de trichophytie qui paraissaient les plus différentes sur tous milieux habituels ;
d verTs e / périeûces 0ût été Plusieurs fois répétées, avec des variantes
diverses. Je n en donne ici que le schéma.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE 53
Cette évaluation toute expérimentale était donc, en ce qui concerne la maltose, en corrélation parfaite avec les résultats de l’analyse centésimale.
En ce qui concerne les matières azotées, cette évaluation semble exagérée et peu en rapport avec les résultats fournis par l’analyse. Mais il faut tenir compte de ce fait que la peptone ordinaire contient 1/5 de chlorure de sodium et aussi des azotes non assimilables (acides amidés). Enfin, il faut se rappeler que les peptones ne contiennent que 14g r ,3 0/0 d’azote (Portes), au lieu que les matières albuminoïdes végétales ou animales en contiennent 15 et même 16 grammes 0/0.
De toutes façons, je ne m’adressais à l’empirisme que pour corriger et améliorer la formule donnée par l’analyse du moût de bière ; la pratique juge donc ici en dernier ressort et c’est elle quia fourni la formule suivante comme la meilleure pour la différenciation des espèces de teigne à grosse spore.
Eau. 100 grammes.
Maltose. 3s r ,70
Peptone. 0gr,75 ou 0g r ,80.
Il serait facile de poursuivre plus loin empiriquement l’amélioration de cette formule, on arriverait ainsi à une formule complexe équivalant pour les trichophytons à celle du liquide de Raulin pour ÏAspergillus niger.
La chose ne nous a pas paru nécessaire pour plusieurs raisons :
1° Plus la formule donnée serait complexe, plus elle serait difficile à reproduire. Et il ne s’agit pas seulement ici, comme dans le liquide de Raulin, d’une multitude de composants ayant une formule chimique absolue comme les sels minéraux. La nécessité d’azotes albuminoïdes obligerait toujours à l’emploi de la peptone, et la préparation de cette peptone à un manuel préparatoire complexe;
2° La sensibilité de la forme objective des cultures aux changements chimiques de leur substratum est telle que, dans une différenciation d’espèces voisines, il faut toujours considérer la forme de l’une des cultures par rapport à la forme des autres, ensemencées en même temps sur un milieu identique *.
1 . On ne peut être sûr de l’identité d’un milieu que quand on le fabrique en même temps, dans un même vase, réparti ensuite dans les divers vases de culture.
En un mot, il ne peut guère y avoir pour une espèce cryptogamique, en culture, un étalon clc forme rigoureusement fixe, parce que la moindre condition chimique ou môme physique (température, aération) peut donner à la culture quelque caractère secondaire différentiel.
Toute différenciation d’espèces, basée sur les caractères de la culture, si elle veut être sérieuse, devra donc être établie :
a) Pardes séries de culture des diverses espèces, cultures faites ensemble sur un milieu différentiel fait en même temps, la série permettant de juger comparativement de l’aspect objectif de chaque culture ayant passé par des conditions physico-chimiques semblables ;
p) Sur des séries de réenseimneements des mômes espèces, permettantde poursuivre, pendant plusieurs générations, 1 observation de leurs caractères différentiels, et l’ irréductibilité de deux formes de cultures l’une à l’autre.
Evidemment cette technique minutieuse n’est pas nécessaire pour différencier des espèces aussi distinctes que celles que nous avons présentées déjà, les trichophytons (à grosse spore) et le microsporum Audouïni, par exemple. Mais ces précautions sont d’une nécessité absolue quand il s’agit d’étudier deux espèces cryptogamiques très proches, ou, si l’on veut, deux variétés fixes d’une môme espèce.
On conçoit que se servir d’un milieu de culture d’une constitution chimique parfaite soit dans ce cas moins nécessaire que de s’astreindre à répéter sur un milieu simple et sensible la suite des expériences que nous venons d’énumérer.
Et mieux vaut au contraire user d’un milieu simple; dans la formule donnée plus haut, une peptone et une maltose même impurespourrontsuffire, pourvu que dans la suite des recherches faites on se serve constamment de la môme peptone et de la même maltose.
Enfin, pour abréger le temps de ces expériences, et en même temps pour augmenter la précision de leurs résultats, on pourra
Il n est pas indifférent de mentionner aussi une cause d’erreur à éviter, provenant du temps de chauffage nécessité par la stérilisation.
Tous les tubes ou vases de culture doivent être stérilisés ensemble , passer identiquementpar les mêmes conditions de température. Nous avons dit déjà que
sucr/s pM , q , U eS , tréS SUCrés P rovot I ue des changements moléculaires des sucres, et la production du caramel.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE 53
se servir à la fois de trois milieux de formule semblable, mais faits avec des sucres différents : glucose, lactose, mannite.
On conçoit que si un cas de trichophytie donne sur un milieu sensible une culture spéciale, différente de celles que les autres cas ont fournies, si la même différence se reproduit sur un second milieu sensible, autre que le premier, l’autonomie de l’espèce nouvelle sera doublement affirmée.
J’ajoute que, pour ces essais, la mannite et la lactose donneront après la maltose les milieux les plus sensibles. Ces milieux auront pour formule générale :
Sucre. 3g r ,S0
Peptone. Og^O — 0g r ,80
Eau... 100 grammes
Gélose. lg r ,40 pour solidifier.
| VI. — Les milieux de culture propres a la différenciation des
ESPÈCES TRICHOPHYTIQUES (a GROSSE SPORE),DÉMONTRENT LA MULTIPLI¬ CITÉ DE CES ESPÈCES. DISCUSSION DE CES RÉSULTATS.
Lorsque j’entrepris la différenciation des espèces trichophytiques (à grosse spore) entre elles, j’avais en main, pour résoudre le problème, tous les divers facteurs que je viens d’énumérer.
C’étaient, d’une part, les cultures purifiées de cinquante-quatre cas de teigne à grosse spore, d’origine différente et de tout aspect clinique :
C’étaient, d’autre part, trois milieux : maltosés, mannités, lactosés, extrêmement sensibles à une différenciation des espèces.
Le même jour fut pratiqué l’ensemencement de tous les cas sur tous les milieux; et même, pour chaque cas, plusieurs cultures furent faites sur le même milieu, afin de parer à toute éventualité.
Les cinq cents cultures qui constituèrent cette expérience passèrent par des conditions de température et d’aération identiques 1 . La différenciation des espèces fut aussi évidente que
4. Elles furent présentées ensemble à la Société de Dermatologie à sa séance de février 189.1.
possible; et quelque inattendus que fussent ces résultats, leur identité sur les trois milieux d’essai était telle que je ne pouvais les mettre en doute, il fallait compter 19 espèces Irichophytiques, (espèces ou variétés). — L’autonomie et la spécificité de chacune était affirmée :
1° Par la similitude parfaite des diverses cultures du même cas sur le même milieu ;
2° Par les dissemblances nettes des types différents entre eux ;
3° Par ce fait extrêmement probant, que les différents milieux affirmaient les mêmes cas, dus aux mêmes espèces trichophytiques, et les mêmes autres cas, comme dus à des espèces trichophytiques différentes.
Je crois que ces preuves multiples permettront de conclure par la proposition suivante :
Non seulement l'ancienne trichophytie humaine n’est pas univoque et doit être dédoublée en deux entités morbides totalement distinctes, causées l'une par le microsporum Audouini, l’autre par le trichophy ton (mégalosporon ).
Mais la trichophytie vraie (trichophyton mégalosporon) est un syndrome que peuvent causer plusieurs espèces parasitaires , espèces ou variétés , qui ont chacune sur des milieux de cultures appropriés, des caractères spéciaux et différentiels.
Il ne reste plus à déterminer, après cette première expérience, que la fixité ou la mutabilité des caractères différentiels des espèces ainsi séparées. Faut-il comprendre cès espèces comme des races ou des variétés réversibles après un temps au type primitif unique dont elles seraient dérivées, ou bien l’espèce est-elle réellement, spécifiquement différente de toute autre, sans retour possible aux types voisins ou à l’un d’entre eux?
La question se pose d’abord très différemment suivant les cas. Entre deux cultures de source différente, il peut n’y avoir pour ainsi dire aucune différence de forme, de couleur, de consistance, mais seulement, pour l’une, une dimension moitié moindre. Toutes ses proportions sont diminuées. Son activité de vie semble amoindrie. Sur le même milieu, sa vie semble avoir été plus difficile.
Au contraire, entre deux autres cultures, il y aura une diffé-
ANALYSE EXPÉRIMENTALE 57
rence totale : dimension, forme, consistance, couleur, tout sera distinct. Telle est par exemple la culture du Kérion de Celse (T. m. ectothrix) (fig. 111) par rapport à celle des trichophyties tondantes à grosses spores vulgaires (fig. 73, 74, 78, 76, 77, 78 79, 80).
Et ces différences sont telles qu’il fallut l’inoculation positive pour affirmer, par leur lésion, leur commune nature trichophytique...
Au premier coup d’œil, par conséquent, la différenciation précédente semble annoncer, à côté de quelques espèces très différentes les unes des autres, un grand nombre de variétés peu distinctes de l’une d’entre elles.
Aussi fallait-il, au début, garder sur la spécificité distincte de chacune une grande réserve.
Il nous manque pour ces êtres le critérium si précieux des hybridations et des métissages, dont la science naturelle peut disposer pour d’autres êtres vivants.
Mais, je dois dire cependant, que même chez ces cultures peu différentes entre elles, jamais je n’ai pu chez aucune surprendre le moindre changement d’apparence ou de fonction, la moindre déviation de son type propre, le moindre retour à un type voisin.
C’est un sujet d’étonnement constant de voir les contagions familiales, quelque nombreuses qu’elles soient, fournir des cultures d’une absolue identité entre elles, même s’il s’agit, comme je l’ai vu, de contagions d’école comprenant plus de cent individus d’âge divers.
Et de voir comparativement dix trichophyties dont l’origine fut différente donner lieu à des cultures dont quatre ou cinq à peine se ressemblent de très près et dont deux ou trois seulement sont pleinement identiques. Et ces cultures, qui se ressemblent de très près, sans être identiques, ni la culture sur aucun milieu, très riche ou très pauvre, ni le passage même sérié sur l’homme, sur les animaux, expériences qui, pour certaines espèces, durent depuis plus de vingt mois, n’ont pu altérer leur identité propre, ramener leur type au type d’une autre, restée au bout de ce temps exactement aussi proche d’elle et cependant aussi distincte.
Aucune expérience n’a pu trouver en défaut la fixité des espèces trichophytiques. Toute expérience sur ce point a ramené à cette conclusion :
Que dans les trichophy tons (à grosse spore), s’il y a des groupes •excessivement distincts les uns des autres, et dans ces groupes, des espèces proches entre elles, chacune de ces espèces, aussi bien les plus proches entre elles que les plus distinctes, sont des ■espèces fixées, non pas des variétés de caractères transitoires. Il est seulement regrettable que, malgré toute expérience, la fixité d’une espèce ne puisse s’appuyer que sur l’impossibilité où nous sommes de l’ébranler, c’est-à-dire sur des arguments négatifs, et que de longs mois d’étude ne puissent apporter sur ce point qu’une foule de présomptions et pas une preuve.
Aux expériences techniques qui précèdent, les objections •que l’on peut faire se résument à deux principales, autour desquelles toutes les autres peuvent se grouper.
Certains, remarquant la confusion apparente que la pluralité des teignes met à la place de l’opinion uniciste si simple, penseront que je n’ai peut-être pas isolé dans les teignes, que le parasite causal. Si je rencontre une si grande quantité de trichophytons, c’est que je place parmi eux des champignons qui n’ont aucune relation causale avec les lésions sur lesquelles je les ai trouvés.
D’autres qui auront vu les ressemblances de toutes les •espèces que j’ai isolées, quand on les cultive sur certains milieux artificiels, penseront que l’espèce trichophytique est une et que les différences de certaines cultures sont accidentelles.
A ces deux objections, beaucoup de faits peuvent répondre, les voici :
Obj. I. — Toutes les espèces isolées ne sont pas des trichophytons.
Rép. — 1° L’examen à l’œil nu de la lésion me permet pour •quelques espèces d’affirmer non seulement le groupe trichophytique dont le parasite fait partie, mais l’espèce spéciale que j’en isolerai. J’exposerai ces faits plus loin ;
2° L’examen microscopique du cheveu me permet d’affirmer, dans tous les cas, le groupe des trichophytons mégalosporon
ANALYSE EXPÉRIMENTALE 39
dans lequel le cas doit être rangé et la culture qu’il donnera;
3° Les inoculations sont positives;
1° Les inoculations permettent, après un laps de temps de quinze jours et davantage, de reprendre dans la lésion nouvelle le même parasite, caractérisé au microscope, dans la lésion et dans la culture par les mêmes signes particuliers ;
5° Toutes les espèces isolées ont entre elles, dans l’examen objectif de la culture sur certains milieux, de telles ressemblances qu’on pourrait les croire identiques, et qu’elles ne sont différenciées que par la culture sur des milieux plus sensibles. Pour la plupart de ces espèces, sur des milieux moins sensibles, ce 11 ’est pas leur ressemblance qu’on peut mettre en doute, mais bien leur spécificité distincte ;
6° Toutes les espèces isolées appartiennent à la même famille botanique. Elles diffèrent entre elles, dans la culture, comme des espèces botaniques, par des signes particuliers, mais leurs caractères généraux sont identiques comme ceux des espèces botaniques de même famille naturelle.
Obj. II. — Les types isolés comme des espèces distinctes de trichophyton, ne sont en réalité que des variétés. C’est l’organisme sur lequel ils ont vécu qui leur a imprimé un cachet nouveau.
Rép. — Nous commencerons par mettre en doute la seconde partie de cette objection; et ceci parce que nous ne savons aucun exemple prouvé, dans toute la série des parasites, d’un être auquel l’adaptation à un milieu vivant ait donné des caractères nouveaux, durables et héréditaires. C’est donc une objection toute a priori. Cependant le pléomorphisme des champignons connus justifiant jusqu’à un cerlain point toutes les hypothèses, nous répondrons :
1° Tous les contaminés d’une même source donnent à la culture, sur les milieux les plus sensibles, exactement la même espèce de trichophyton ;
2° L’homme et les animaux inoculés, redonnent sur les mêmes milieux, une culture identique à celle qui a fourni l’inoculation.
3° De même, tous les transferts et changements de milieux
n’empêchent pas chaque parasite de reprendre sur un milieu sensible les mêmes signes particuliers.
La deuxième objection, réduite à sa première partie : les types isolés sont des variétés et non des espèces, reste donc gratuite en ce sens qu’elle n’a pu, entre nos mains, se justifier par aucun fait. Cependant nous ne pouvons la nier sans réserves, nous l’avons déjà dit plus haut.