‹ Les trichophyties humainesChapitre 14 sur 59 · TONS · texte numérisé non relu

TONS

Dans ce but, le premier point qu’il importe d’élucider est celui-ci :

Parmi les lésions trichophytiques : lésions épidermiques, lésions unguéales, lésions pilaires, quelle est celle qui se prête le mieux à une différenciation morphologique du parasite?

Laquelle de ces lésions est susceptible de montrer au microscope avec le plus d’évidence des caractères morphologiques différentiels valables, entre les divers trichophytons dénoncés par la culture?

La réponse à cette question est facile. Le microscope ne peut établir de différence morphologique sérieuse entre deux parasites que dans des lésions où la forme parasitaire est constante et invariable. Car une différenciation morphologique de ce genre manquerait ici de toute base, si chaque trichophyton dans la même lésion pouvait revêtir une foule de formes différentes.

Or, on pourra se rendre compte, et cela dès les premiers examens microscopiques, qu’on ne saurait, sans de très grandes difficultés, différencier les trichophytons entre eux, par leur forme dans la squame. Car le trichophyton, dans les lésions circinées de la peau glabre, est d’un polymorphisme extrême, et les squames d’une même plaque trichophytique peuvent montrer des éléments parasitaires tout différents les uns des autres. On y trouve des filaments mycéliens minces et d’autres gros; des filaments où les cloisons intercellulaires sont excessivement espacées, d’autres où elles sont très proches. Une même tige mycélienne peut être composée à sa base de cellules courtes et à son extrémité de cellules longues, grêles non sporulées...

Assurément, après un très grand nombre d’examens, on reconnaîtra dans certains cas quelques particularités morphologiques, qu’un autre cas ne présentera pas. Ainsi les trichophyties

ANALYSE EXPÉRIMENTALE

serpigineuses , qui s’observent, je ne sais pourquoi, plus souvent autour du cou qu’en aucun autre siège, montrent une abondance extraordinaire de filaments larges, tous composés de cellules rectangulaires très égales. Mais, pour une trichophytie de ce genre, vingt autres ne montreront dans le parasite aucun caractère propre, permanent, aucun caractère différentiel.

C’est là le polymorphisme du même parasite dans la même lésion, qui exclut, comme'"nous l’avons dit, toute possibilité de description. Après de nombreux examens, portant sur les squames trichophytiques, il devient évident que l’examen microscopique des trichophyties des régions glabres ne peut pas fournir d’éléments sérieux à une catégorisation des faits.

Examinons ensuite les formes trichophytiques qu’on observe dans les onychomycoses. Là encore, dans une même lésion, la forme du même parasite peut être très variable, mais, comparativement au pléomorphisme du trichophyton dans la squame, la forme de l’élément trichophytique dans l’ongle semblera déjà bien plus systématisée. Il y a nettement prédominance des cellules sporulées, grosses, courtes et quadrangulaires, à angles arrondis, sur les éléments mycéliens fins, allongés et non sporulés.

Toutefois, malgré cette prédominance, l’existence de mycéliums de dimensions diverses et de cellules multiformes, pourra vite convaincre, ici encore, de l’impossibilité quelle oppose à toute catégorisation des faits. Dans le même ongle, le même parasite est encore d’une forme trop variable.

D’ailleurs, dans nos pays du moins, l’onychomycose trichophytique est trop rare pour fournir matière suffisante à une étude microscopique différentielle.

Examinons maintenant ce qu’est la structure du parasite dans le cheveu trichophytique.

Elle est toute autre. Et au contraire des faits précédents, dans toute l’épaisseur et dans toute la hauteur d’un même cheveu, la morphologie des éléments parasitaires reste la même.

D’abord, il sera facile de voir d’emblée la raison de cette similitude des cellules trichophytiques dans le cheveu. Elle provient de la sporulation complète des filaments mycéliens. Un grand nombre d’examens consécutifs ne montrera jamais, dans un cheveu, un filament mycélien composé de cellules longues et

minces, un filament mycélien dont les septa intercellulaires soient rares et espacés.

Dans le cheveu, on ne trouvera plus que des cellules grosses, courtes, quadrangulaires à angles mousses, régulièrement placées bout à bout.

Et la première proposition qu’on puisse déduire de ces examens multipliés du parasite, dans le squame, dans l’ongle et dans le cheveu :

I. C’est que la squame et l’ongle présentent le même parasite sous des formes variables, tandis qu’un cheveu ne présente le trichophyton que sous une forme systématisée spéciale : la spore

MYCÉLIENNE.

Si maintenant on prend une série de cheveux malades de la même tête, on observera la parfaite similitude du tableau microscopique qu’ils offriront. Je l’ai dit déjà, mais il importe de le répéter : on pourra se convaincre par des épreuves répétées un aussi grand nombre de fois que l’on voudra :

IL Que les cheveux d’une même tête présentent un envahissement plus ou moins complet du parasite, mais toujours un parasite de forme identique.

III. Si Von veut chercher à différencier entre eux les trichophytons par l’examen microscopique , ce n’est donc pas à la squame trichophytique qu’il faut s’adresser. Ce ne serait pas non plus à l’ongle trichophytique qu’il faudrait prendre les matériaux de l’examen, même si l’onychomycose qui est rare était plus commune. G est par le cheveu ou le poil trichophytique seuls que Von peut espérer parvenir à cette différenciation.

| IL — Examen différentiel du cheveu favique et du cheveu

DES TRICHOPHYTONS (a GROSSE SPORE).

Toutefois, avant d’aborder l’étude comparée des cheveux trichophytiques à grosse spore entre eux, il est nécessaire de définir le trichophyton (à grosse spore) en général et de le séparer de tout parasite du même siège dont la morphologie pourrait prêter à confusion 1 .

1. Il n’est peut-être pas inutile pour la précision des idées de résumer en trois mots les diverses altérations du cheveu, la pathologie du cheveu bien qu’elle soit encore mal connue et de plus très complexe :

Il y a d’abord la classe des atrophies pilaires : atrophies simples (calvitie

ANALYSE EXPÉRIMENTALE

Cette définition du trichophyton ne peut être qu’une description résumant ses principaux caractères. Les voici :

1° Le trichophyton à grosse spore dans le cheveu est constitué par des cellules mycéliennes à double contour très visible et dont les deux diamètres sont toujours presque égaux;

2° Leur diamètre longitudinal peut varier de un ou deux g., mais leur diamètre transversal ne varie pas, en sorte que le filament mycélien constitué par leur chaîne est de largeur régulière ;

3° La direction de ces filaments est presque rectiligne. Elle suit la direction du cheveu et présente à peine quelques légères inflexions;

4° La division de ces filaments est rare, elle s’opère invariablement par dichotomie et les deux rameaux nés d’un seul s’écartent à peine l’un de l’autre.

Si donc nous résumons ces propositions en une même phrase :

La régularité de forme des cellulles mycéliennes, leur double contour très évident, leur agmination en chaînes régulières, la direction rectiligne des filaments ainsi constitués, enfin leur division par dichotomie , tels sont les caractères morphologiques du trichophyton à grosse spore.

dite arthritique) et atrophies spéciales (kératoses pilaires, vitiligo, monilethrix, etc., etc... Et c’est à ce groupe qu’on est forcé de rattacher l’atrophie peladique, puisque l’agent parasitaire des pelades contagieuses reste inconnu. En dehors de ces altérations par atrophie, existe une nombreuse série d’affections parasitaires du poil que l’on peut distinguer en deux classes :

La première comprenant des maladies bactériennes, la seconde des maladies mycosiques.

Les maladies bactériennes désignées sous le nom de trichorrexies, les maladies cryptogamiques sous le nom de trichomycoses.

Les trichorrexies ont pour siège les régions pilaires des plis naturels : Aisselle (Behrend), aisselle et aine (Raymond-Lyon). Elles sont causées par des cocci analogues aux staphylocoques banals, mais qui ne liquéfient pas la gélatine. Leurs colonies se fixent en un point latéral du poil, le décortiquent et s’infiltrent plus ou moins dans son tissu propre en produisant une nodosité, appréciable à la loupe, et même à l’œil nu.

Les trichomycoses sont-:

1“ La piedra (trichomycose nodulaire de Juhel Renoy) maladie brésilienne, constituée par un parasite à très grosses spores, dont les amas entourent la partie aérienne du cheveu comme des séries de bagues. Ces renflements nodulaires se voient parfaitement à l’œil nu;

2° La tondante à petites spores ( microsporum Audouïni) ;

3° Le favus;

4° La trichophytie à grosse spore.

LES TRICHOPHYTJES HUMAINES

Or, le seul parasite du poil dont l’aspect microscopique présente avec celui-ci quelques points de ressemblance, c est le parasite de la teigne faveuse : Yachorion Schonleïnii , je dois donc exposer ses caractères différentiels 1 :

io Le parasite du favus, dans le cheveu, est constitué par des cellules mycéliennes dont 1 enveloppe cellulosique, peu réfringente, diaphane, presque invisible, ne se traduit autour des cellules que par un espace clair; ces cellules sont agminées en filaments ;

2° La forme de ces cellules, d’une façon générale, est quadrangulaire, mais elle varie et par conséquent fait varier celle du tube mycélien. On trouve ainsi des filaments minces, constitués par des cellules longues (2 n de diamètre, 7 y. de longueur) et des filaments mycéliens très gros, constitués par des cellules courtes (5 w. de diamètre, 3 [/. de longueur). Et non seulement ces filaments de dimension différente s’observent dans le même cheveu, mais on peut voir un même filament, gros en un point, mince en un autre ;

3° La direction de ces filaments, d’une façon générale, est celle du cheveu. Cependant ils ne sont jamais rectilignes. Ils sont flexueux et ondulés, à ce point que certaines portions de leur longueur traversent presque toute la largeur du cheveu dans une direction perpendiculaire à son grand axe ;

4° La division de ces filaments est fréquente. Quand il s’agit de filaments non sporulés , leur subdivision se fait aussi par dichotomie, mais quand les cellules mycéliennes sont sporulées, jamais cette division ne s’opère par dichotomie, mais par tri et tétratomie, un seul filament donnant naissance à trois ou quatre files de spores nouvelles.

Au niveau de ces divisions, toutes les cellules sont courtes, anguleuses toujours, mais polyédriques, en sorte que la naissance de ces trois ou quatre rameaux secondaires ressemble d’une façon frappante au squelette du tarse chez l’homme.

Avec ces simples noti ons sur la morphologiedu favus et du trichophyton à grosse spore dans le cheveu, nous pouvons donc

1. Je ne répéterai pas une fois de plus les caractères différentiels donnés entre le trichophyton à grosse spore et le microsporum Audouïni, non seulement parce que je les ai donnés déjà, mais et surtout parce qu’il n’y a entre ces deux parasites aucune ressemblance, « leur siège même, leur développement et le rapport qu’ils offrent avec le tissu du cheveu diffèrent également » (Grüby.)

ANALYSE EXPÉRIMENTALE 67

mettre en relief les différences qui permettent de les distinguer, sans même tenir compte de leur habitat dans le cheveu que nous allons exposer dans un instant.

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