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VIENT APPUYER LES PREUVES DE LA PLURALITÉ TRICHOPHYTIQUE

Le premier point qui mérite de fixer l’attention dans l’examen comparatif d’un grand nombre de trichophyties cutanées, c’est l’extraordinaire diversité d’aspect qu’elles présentent suivant les .cas.

Ce fait clinique est indéniable. Personne du reste ne le conteste, et il suffit d’examiner les pièces de trichophytie du musée Baretta pour avoir sur ce point des témoignages irrécusables. On y voit des placards de folliculite agminée trichophytique, des placards de lésions dysidrosiformes (Herpès iris vésiculeux de Biett), des lésions circinées dont la surface semble eczémateuse; etc., etc...

Parmi ces pièces on en trouve à peine deux ou trois semblables entre elles.

Dans la pratique, sans qu’il soit besoin de faire aucune sélection parmi les malades, la même étrange diversité se rencontre. Ce n’est pas l’exception, c’est la règle. Et l’on peui dire que sur deux malades pris sans aucun choix, trouver deux trichophyties cutanées qui se ressemblent pleinement est un hasard qui ne se présente jamais.

Je ne parle évidemment ni du siège différent de deux lésions, ni des différences deleur diamètre, mais de leur aspect d’ensemble — deleur lésion élémentaire — et de la disposition relative de leurs éléments. C’est à ce point que la trichophytie cutanée ne peut pas se prêter à une description unique; qu’elle nécessite plusieurs descriptions successives et différentes.

Assurément, on comprend que l’attention des dermatologistes se soit appliquée à différencier les trichophyties des autres dermatoses plutôt qu’à remarquer les différences des cercles trichophytiques entre eux. Mais cependant ce point, pour secondaire qu’il paraisse être, mérite bien d’être discuté. Si ces lésions diverses ont une même cause, pourquoi ne sont-elles pas identiques ?

Ce premier fait clinique : le polymorphisme des trichophyties cutanées, devient plus remarquable encore, si on l’oppose à celuici : que, sur un même individu portant plusieurs lésions trichophytiques cutanées , les différentes lésions sont identiques entre elles.

Cette identité est parfaite; il y a parité de couleur, de forme, égalité d’infiltration du tégument, disposition identique des éléments pustuleux, vésiculeux ou squameux suivant le cas. Si le plus âgé des cercles prend un double liséré érythémateux, tous les autres le reproduiront. L’aspect vernissé, ou plissé ou écailleux, ou la teinte bistrée que le centre d’une lésion vieille portera, toutes les lésions le présenteront. C’est là une affirmation que l’on vérifie à chaque instant. Parmi les moulages de trichophytie du musée Baretta, certaines pièces comportent jusqu’à dix et douze cercles trichophytiques, tous semblables. Le moulage a été fait sans préoccupation théorique d’aucune sorte, avec la seule idée de copier la nature le plus servilement possible... 1

Mais pourquoi donc cette similitude, si rare entre les lésions de deux individus différents, est-elle de règle, on peut dire absolue, entre les différentes lésions d’un même individu?

Et pourquoi ne trouve-t-on nulle part la discussion de ces faits généraux dans les théories unitaires?

Il est cependant facile de voir qu’ils circonscrivent étroitement le champ des hypothèses plausibles.

Très peu de causes— quatre seulement— peuvent expliquer à la fois la similitude des cercles trichophytiques du même individu et la multiformité du cercle trichophytique en général :

1° Ou bien il y a plusieurs trichophytons créant chacun une lésion spécifique:

2° Ou bien la variété des lésions dépend des infections secondaires, de leur nombre et de leur nature ;

3° Ou bien c’est la virulence variable du parasite qui fait les lésions variées;

4° Ou bien c’est la réaction du tégument attaqué qui est « individuelle » et qui donne à la lésion son aspect.

Les deux premières hypothèses se justifient (comme hypothèses du moins) par leur seul énoncé. En ce qui concerne la troisième, la variabilité de la virulence est une règle trop générale dans le parasitisme, pour qu’on puisse penser a priori que les trichophytons y fassent exception.

1. Pour la similitude de plusieurs lésions trichophytiques du même individu, voir au musée de l’hôpital Saint-Louis les moulages : 372, 444, 707, 750, 814, 897, 1,210, 1,357, 1,422, 1,679, etc., etc... Deux exceptions à cette règle seront discutées plus loin.

ANALYSE EXPÉRIMENTALE 89

Enfin, quant à la dernière, nous voyons chaque jour, en physiologie générale et en anatomie pathologique, accorder plus de part à la réaction de l’organisme, soit dans la détermination symptomatique de la maladie, soit dans la forme objective des lésions. Toute une théorie dés dermatoses vient de s’édifier, reposant sur cette idée que dans les dermatoses d’origine interne c’est la réaction spéciale, « individuelle » du tégument qui détermine la forme objective des lésions (Brocq); aucune de ces causes donc ne peut être écartée d’emblée, toutes sont admissibles et doivent être étudiées par voie expérimentale.

Or, dans ht trichophytie, les faits d’une précision expérimentale abondent et se présentent d’eux-mêmes à l’observation. Je vais en choisir quelques exemples que je prendrai aussi disparates que possible...

Mais avant de passer à l’étude de ces faits nouveaux, je récapitulerai brièvement les observations cliniques qui précèdent, pour leur opposer les faits bactériologiques qui y correspondent, on verra s’ils se contredisent :

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