OBSERVATIONS CLINIQUES
I. — Les trichophyties cutanées se présentent cliniquement sous les aspects les plus dissemblables, le seul caractère circiné des lésions permet leur diagnose et leur rapprochement.
OBSERVATIONS MYCOLOGIQÜES
I. — La trichophytie cutanée peut être causée par un nombre considérable d’espèces parasitaires distinctes dont les caractères de culture sont différents, mais qui appartiennent à la même famille et au même groupe botanique.
II. — Le polymorphisme des lésions trichophyliques n’est pas l’exception clinique, mais la règle. Il est excessivement rare, sur deux malades pris au hasard, de trouver des lésions trichophytiques qui se ressemblent.
III. — Sur un même individu, au contraire, portant plusieurs lésions trichophytiques cutanées, les différentes lésions sont de tous points identiques entre elles.
IL — Il est rare, sur deux individus pris au hasard, de trouver dans leur lésion trichophytique cutanée la même espèce trichophytique.
III. — Toutes les lésions trichophytiques du même individu fournissent à la culture une même espèce trichophytique toujours identique à elle-même.
Cette simple confrontation montre que les faits cliniques et bactériologiques, loin de s’opposer, se conjuguent étroitement.
Toutes les hypothèses énoncées plus haut restant à vérifier, -ce tableau ne conduit à lui seul à aucune conclusion absolue. Une remarque précise s’en dégage du moins :
C’est que l’opinion uniciste qui tond ensemble toutes les trichophyties dans une unité artificielle, si elle exprime grossièrement le fait de la parenté des trichophytons, ne peut expliquer en aucune façon le polymorphisme clinique de la tri- -chophytie cutanée, tandis que la multiplicité des espèces le justifie sans aucun effort de logique :
Les trichophyties se ressemblent parce que leurs parasites •causais sont analogues, mais elles diffèrent parce qu’ils ne sont pas identiques.
J II. — L’espèce trichophytique de certaines tondantes peut être
RECONNUE AU SIMPLE EXAMEN OBJECTIF DE LA LÉSION : La tondante
peladoïde.
Au moment d’étudier une tondante trichophytique spéciale, •il faut se demander d’abord si la multiformité que nous avons remarquée dans les lésions trichophytiques de l’épiderme se retrouve dans les lésions pilaires de même origine.
Les tondantes à grosse spore sont-elles aussi polymorphes <jue les trichophyties circinées? Tous les unicistes répondront hâtivement que sauf certains cas exceptionnels (Kerion de Celse), les tondantes sont identiques entre elles.
Cette objection ne nous arrêtera pas beaucoup, car nous -savons déjà qu’on a pu confondre entre eux les tableaux objectifs, si différents de la tondante à petites spores et des tondantes trichophytiques. A plus forte raison, l’observation clinique ne s’est-elle pas arrêtée à différencier les tondantes trichophytiques entre elles.
Cette réponse ne prouve donc qu’une seule chose, c’est que l’examen objectif différentiel des trichophyties pilaires n’a jamais -été pratiqué. Nous allons voir s’il est praticable.
Assurément, il ne faut pas s’attendre à rencontrer dans un organe d’un cinquième de millimètre de diamètre, le cheveu, d.es lésions différentielles visibles sans effort à notre œil nu.
D’autre part, beaucoup de maladies ont des caractères communs, ■bien moins en raison de la similitude de leurs causes , que par la
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
simplicité des réactions morbides de l’organe qui est attaqué. Le cheveu, étant un organe simple, ne peut pas être le siège de manifestations morbides diversifiées à l’infini.
Enfin, dans les maladies qui nous occupent, non seulement la partie du cheveu attaqué par les triehophytons endothrix est la même, mais ces parasites sont, comme structure, et vraisemblablement comme besoins physiologiques, aussi proches que possible les uns des autres. La lésion qu’ils provoquent dans le cheveu ne paraîtra-t-elle pas identique?
Il existe une tondante à grosse spore, fréquente et fréquemment épidémique, qui, avec des lésions exclusivement pilaires, présente à l’œil nu des caractères singuliers, reconnaissables même à distance.
Comme les autres tondantes trichophytiques, elle débute par une lésion épidermique et circinée: mais au cuir chevelu ce cercle est très éphémère : en quelques jours il disparaît et la lésion des cheveux persiste seule.
La plaque trichophytique, une fois constituée, est irrégulière, et caractérisée par ce seul fait qne le poil malade est cassé exactement au niveau de la peau; qu’il ne fait pas au-dessus de la peau la moindre saillie.
Tous les poils malades se présentent semblables. Ce sont de gros points noirs aux orifices folliculaires ; des points noirs identiques à des comédons.
La plaque trichophytique serait donc absolument rase si tous les cheveux étaient malades, mais parmi eux il reste des cheveux absolument sains qui ont gardé toute leur longueur.
Ceux-ci une fois enlevés par l’épilation, la plaque semble criblée de grains de poudre ; chaque grain est l’extrémité grossie d’un poil malade.
Quand on examine à la loupe cette surface, on remarque, parmi les points noirs égaux, quelques points plus gros : c’est l’extrémité d'un poil, horizontalement incurvée dans l’épiderme et y faisant un demi-tour de spire : on dirait l’extrémité d’un clou qu’on aurait tordu en le rivant.
On conçoit combien est impossible l’épilation de cheveux semblables. Avec des peines extrêmes, on peut enlever à la pince quelques fragments de racines, en arrachant avec elles le petit lambeau d’épiderme qui les enchâsse :
LES TRICII0PI1YTIES HUMAINES
L’examen microscopique montre alors invariablement qu’il s’agit d’un trichophyton endothrix, — à spores rondes, — à mycélium fragile, (à culture acuminée).
La raison de la lésion spéciale du cheveu apparaît claire. Quand un trichophyton remplit complètement le cheveu, — ce qui est la règle, — la résistance du cheveu à la fracture, c’est uniquement la résistance propre des filaments mycéliens juxtaposés.
Si ces filaments sont à ce point solides que l’ébullition dans la potasse et les manipulations du montage ne les déchirent pas, le cheveu gardera une certaine résistance, il dépassera quelque peu l’orifice pilaire.
Si, comme dans ce cas, au contraire, les spores simplement juxtaposées n’offrent aucune adhérence entre elles, le cheveu n’a plus que la résistance propre de sa cuticule, le moindre contact le ramènera incessamment à la hauteur même de l’orifice pilaire.
Cette espèce de teigne est commune, elle représente environ 1/3 des tondantes trichophytiques; il est impossible de suivre l’une des polycliniques de l’hôpital Saint-Louis sans en réunir une douzaine de cas en quelques semaines.
Le diagnostic de l’espèce trichophytique, du tableau microscopique que le cheveu présentera, de la culture à laquelle il donnera naissance, peut se faire à coup sûr après le seul examen — à l’œil nu — de la plaque malade.
J’étudierai plus loin cette tondante, je n’insisterai donc ici que sur quelques détails spéciaux.
Elle est très contagieuse aux régions glabres, sous la forme de trichophytie circinée. On la rencontrera donc souvent en épidémies familiales, même chez les adultes. Mais sa contagion à l’enfant, sous forme de tondante, est fréquente aussi. Et il arrivera que deux enfants, frère et sœur, en seront atteints.
Dans ce cas, que l’on observe avec attention les caractères objectifs et microscopiques du cheveu malade, l’identité sera aussi parfaite entre les cheveux des deux enfants, qu’entre les cheveux de la même tête. On retrouvera sur chacun des contaminés les mêmes racines coupées au niveau de l’orifice folliculaire, donnant l’aspect d’une peau acnéique criblée de comédons
Le parasite sera le même trichophyton endothrix à spores grosses et rondes , égrenées une à une dans la préparation.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
Ce fait n’est pas unique pour moi, c’est toute une série de contagions familiales qui l’appuie. Que devient dès lors l’hypothèse émise plus haut : que la forme d'une trichophytie dépend peut-être d’une réaction propre à l’individu contaminé? Faudra-t-il arguer de la consanguinité des enfants pour expliquer la forme semblable de leurs cheveux trichophytiques?
Mais les faits démentent même cette hypothèse, car les contagions d’école ou d’hôpital présentent les mêmes similitudes.
Chargé, par l’Assistance publique de Paris, du traitement d’une épidémie hospitalière de teigne, j’ai rencontré les faits suivants : deux divisions, filles et garçons, se trouvaient atteintes.
Les garçons avaient reçu deux sortes de germes : celui de la tondante à petite spore qui avait fourni le plus grand nombre de cas et une trichophytie (à grosse spore) dont j’aurai à reparler.
Mais la division des filles était exclusivement atteinte par le trichophyton à grosse spore, à mycélium fragile, celui dont je parle.
L’aspect de toutes les plaques malades était au dernier point identique; tous les enfants présentaient le cheveu cassé dans l’épiderme même : on aurait dit des plaques rasées, si les cheveux malades n’eussent été sensiblement plus gros à l’orifice pilaire que les cheveux sains.
Ici une réaction semblable du cheveu au parasite ne peut plus s’expliquer par la consanguinité des enfants contaminés. Aucune autre raison que l’identité du contage n’y peut suffire. Et l’identité du contage est prouvée non seulement par la clinique, mais par l’examen microscopique et aussi par la culture.
Et cette identité (comme dans une expérience animale, contrôlée par les animaux témoins) se trouvait doublement vérifiée par ce fait, d’une épidémie séparée de la première, seulement par un mur, et dans laquelle une autre forme de cheveu correspondait à une autre forme de parasite, et aussi à une autre forme de culture.
LES T11ICII0PI1YTIES HUMAINES
| Ifl. — Certaines espèces trichophytiques créent en tous sièges
UNE LÉSION d’aspect IDENTIQUE ET RECONNAISSABLE
La folliculite circinée trickophytique.
Je crois l’exemple qui précède suffisant pour établir le rapport strict d’une forme cryptogamique définie à une lésion clinique objectivement différenciable.
De même que certaines formes de cultures peuvent faire affirmer l’aspect microscopique que cette espèce cryptogamique fournissait dans sa lésion, de même certaines lésions, par leur seul aspect objectif, peuvent faire prévoir quelle est la forme microscopique du trichophyton qui la cause.
De tels faits, si on les généralisait, conduiraient à cette proposition :
Qu’il y a une correspondance absolue entre chaque trichophytie (dans ses deux ou trois manifestations) et chaque tricho phyton;
Que l’étude expérimentale conduira dansl’avenir àreconnaître pour chaque espèce trichophytique ses lésions propres. Ainsi serait établie un jour la seule synthèse rationnelle que comporte le sujet. Ce jour-là, il y aurait dans le groupe nosographique qu’on appelle la trichophytie, autant de maladies qu’il y a de trichophytons. Cette vue de l’esprit, pour le moment du moins, n’est que théorique.
Cependant certains faits, d’un intérêt majeur, l’appuient avec une régularité singulière. Et ce sont ces faits qui vont maintenant nous occuper.
Je vais étudier en particulier l’une des trichophyties de l’homme, la folliculite agminée trichophytique, montrer l’identité et la spécificité de sa forme objective en tous les sièges où elle se rencontre, l’identité et la spécificité de son parasite, enfin mettre en relief l’origine primitivement animale de la maladie, qui n’est chez l’homme que le résultat d’une contagion accidentelle.
Cet exemple appuiera indirectement la preuve clinique de la pluralité des trichophytons. De plus, sans en tirer de généralisation prématurée, il montrera que si la spécificité de tous les trichophytons est discutable, la spécificité de certains trichophytons est rigoureusement prouvée.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
L’espèce cryptogamique dont il s’agit est le trichophyton (mégalosporon) pyogène du cheval. C’est une espèce animale, donc un trichophyton ectothrix. Elle forme le centre du premier et principal groupe des trichophytons animaux, celui des trichophytons à cultures blanches, qui correspond aux trichophyties suppurées.
A. La lésion humaine. — Ses différents sièges.
Sa lésion sur l’homme est tout à fait spéciale. Ses caractères élémentaires peuvent se résumer ainsi :
1° La lésion occupe le follicule pileux. C’est un e folliculite et une périfolliculite ;
2° Son processus très évidemment inflammatoire va jusqu’à la suppuration des follicules envahis;
3° Ces lésions inflammatoires folliculaires sont agminées en un gâteau de forme ronde, nettement circonscrit;
4° Ce placard fait sur la peau saine voisine une saillie considérable. A son niveau le derme est le siège d'une infiltration profonde.
Cependant si la lésion élémentaire fondamentale est toujours la même, les folliculites agminées ne se présentent pas toujours avec une apparence objective identique.
a) Il y en a qui offrent l’apparence d’un plateau rond ou ovale (fîg. 110), nettement délimité à son pourtour, saillant audessus de la peau, plateau d’aspect fongueux exulcéré dans toute son étendue, avec des abcès folliculaires disséminés dans toute sa surface.
p) D’autres présentent un aspect très exactement anthracoïde. C’est une surélévation du tégument ayant la forme d’un dôme; l’épiderme lisse et comme vernissé existe dans toute sa superficie, mais sur le fond de cette tumeur, qui est d’une couleur lie de vin, se détachent des points supputés nombreux qui sont encore des abcès folliculaires.
y) Enfin une troisième forme pourrait vraiment simuler une tumeur épithéliale, un cancroïde. Elle peut faire sur la peau voisine jusqu’à une saillie d’un centimètre. Elle est d’un rouge foncé, mamelonnaire, bourgeonnante, criblée d’orifices et d’anfractuosités, ulcérée sur toute sa surface. Le malade présente même souvent les ganglions de la région gros, durs et douloureux. (Voir le moulage n° 1733 du musée de l’hôpital Saint- Louis.)
Quoi qu’il en soit de son aspect, la lésion ainsi constituée peut être très large, de 10 à 12 centimètres de diamètre. Il peut y en avoir une seule, ce qui est le plus ordinaire, ou plusieurs et j’en ai compté jusqu’à sept sur le même individu. Elle peut affecter tous les sièges, mais d’ordinaire on la rencontre sur les parties découvertes; sur les régions découvertes revêtues de poil : cuir chevelu, barbe; sur les partie glabres : aux mains, aux avant-bras ; elle occupe le plus souvent la face dorsale des mains ou le dos du poignet.
Au début, l'affection est invariablement confondue avec un furoncle ou un petit anthrax (l’absence de douleur spontanée vive pourrait cependant faire écarter ce diagnostic), en sorte que le patient se présente toujours au médecin en pleine évolution de la maladie.
La guérison demande de trois à six semaines quand la folliculite trichophytique a son siège sur les régions glabres et trois mois environ quand elle se rencontre sur une région pilaire : cuir chevelu et barbe. Comparée aux tondantes rebelles qui durent souvent plusieurs années, celle-ci se présente donc en dépit de ses apparences graves, comme une maladie très bénigne.
En effet la cicatrisation superficielle est toujours rapide : toute la surface malade se recouvre d’un épiderme lisse, extrêmement mince. Alors l’épaississement du derme simule un disque enchâssé dans l’épaisseur du tégument. Peu à peu la rougeur violacée de la surface s’atténue, ainsi que l’empâtement profond, dernier signe qui disparaisse. (Voir moulages 1693 et 1709 au musée de l’hôpital Saint-Louis.)
Mais les follicules pileux de la région sont en partie détruits, leur place est indiquée par une petite dépression glabre souvent pigmentée, et la cicatrice reste marquée au cuir chevelu et dans la barbe par une alopécie partielle mais permanente.
Les teignes trichophytiques du groupe que nous étudions, — du groupe des trichophytons ectothrix à culture blanche, — sont les seules dont l’évolution spontanée puisse créer une alopécie définitive.
B. Les opinions médicales sur le sujet.
La lésion que je viens de décrire est trop spéciale pour n’avoir pas attiré dès longtemps l’attention du médecin.
a) Au cuir chevelu, elle est connue depuis Gelse sous le nom de kérion. Il est possible que cette désignation ait compris, à l’origine, non seulement cette maladie spéciale, mais beaucoup d’autres. Cependant une tradition médicale constante lui a exclusivement réservé ce nom.
Depuis Bazin, son origine trichophytique est reconnue et i’unilé du trichophyton étant jusqu’en ces derniers temps indiscutée, pour expliquer la symptomatologie du kérion on invoquait seulement l’influence des infections secondaires staphylococciques. Il va de soi qu’elles existent dans une pareille lésion ouverte et non protégée : seulement leur présence n’est pas la cause de ses caractères objectifs.
b) Dans la barbe, on avait décrit, bien avant que la nature cryptogamique des teignes fut en question, 1 esycosis ou menlagre. Sous ce nom on désignait les eczémas pilaires qui dans ce siège prennent souvent une forme exulcérée et végétante, rappelant un peu, sauf la circination, la lésion que nous avons décrite. Et la relation de ces dermites avec les polyadénites scrofuleuses ayant été remarquée, on en avait fait des eczémas d’origine strumeuse, parmi lesquels la trichophytie spéciale dont nous parlons restait confondue.
Quand certains de ces sycosis durent être classés parmi les teignes, on garda l’hypothèse de la strume pour expliquer leur forme végétante (Vidal). Enfin, on étendit cette hypothèse au kérion du cuir chevelu lui-même, et il demeura admis que le kérion et le sycosis trichophytiques devaient à la diathèse du malade leurs symptômes spéciaux (G. Thin) *.
c) Quant à la même lésion de la peau glabre, les idées médicales étaient plus imprécises encore. Il n’y a nul doute que plusieurs fois on ait porté le diagnostic vrai sur la lésion tégumentaire que nous avons décrite plus haut; mais ce qui est certain, c’est que dans un grand nombre de cas son origine trichophytique a, été niée.
Ses caractères formels sont si particuliers, qu’on voulut en faire une entité morbide spéciale, et, vu ses caractères histologiques, on la nomma périfolliculite agminée.
L’hypothèse de la trichophytie fut émise : l’examen microscopique et même la culture étant restés négatifs, on affirma que la
1. George Thin, Pathology and treatment of ringworm. Londres, 1887, p. 85.
LES TIUCHOPIIYTIES HUMAINES
lésion n’était pas trichophytique. Et l’on admit l’existence d’une périfolliculite cigminée, circinée, non trichophytique.
En résumé, notre part dans la question aura été de réunir sous une même dénomination et de rattacher à une même origine animale, non seulement le kérion Celsi des cheveux et le sycosis circiné de la barbe, dont la parenté n’était pas niée, bien que leur origine et leur spécificité fussent inconnues, mais encore d’identifier à ces lésions la périfolliculite agminée des régions glabres, lésions dont la ressemblance avec les précédentes n’avait pas été mise en lumière, et dont l’origine trichophytique elle-même était l’objet de controverses
C. Lé étude clinique montre V origine équine de la maladie Dès le début de ces études, dès qu’il me fut démontré expéririmentalement que l’unité trichophytique n’existait pas, qu’il y
1. L’étude de la folliculite agminée fut commencée par M. le professeur Leloir, de Lille (1884) ; il en fournit une description anatomo-pathologique très exacte et qu’on ne peut que répéter. Il reconnut la spécificité de l’affection, mais au lieu de la rapprocher des kérions et sycosis, il nia l’origine trichophytique et crut à l’action spéciale d’une bactérie dont il fournit la description.
La question fut reprise par M. Joanhès Pallier (Les péri folliculites suppurées, 1889 dans sa thèse inaugurale. C’est une monographie de la périfolliculite agminée) considérée comme non trichophytique. Le microbe de M. Leloir n’y est plus considéré comme spécifique et le parasite de la lésion serait inconnu. L’origine animale est invoquée parmi d’autres idées pathogénétiques.
Un troisième travail sorti comme le précédent du service de M. le D r Quinquaud (Dépéret-Muret, Thèse de Paris, 1891), traite des périfolliculites conglomérées trichophytiques, mais il ne parle que du kérion Celsi et du sycosis de la barbe. Los périfolliculites agminées de la peau glabre n’y sont signalées que comme une maladie différente; et cependant la ressemblance objective et histologique entre les deux lésions est telle que l’auteur se base sur l’absence de trichophyton à l’examen microscopique pour en faire le diagnostic différentiel.
En réalité le trichophyton existe dans toutes ces lésions, mais il est rare que des filaments mycéliens nombreux se rencontrent dans la préparation, à moins que les produits de raclage examinés ne contiennent un poil malade ce qui est loin d’être la règle.
La culture, au contraire, est toujours probante. Si les premières cultures faites par M. Leloir en 1884 ne lui avaient pas donné le trichophyton, c’est parce que les isolements avaient été faits dans des milieux liquides où la culture mixte du trichophyton et des staphylocoques est impossible, le trichophyton n’y pousse pas, et s’il a déjà poussé avant l’ensemencement de staphylocoques, il y meurt: ce fait que nous avons exposé ailleurs (Soc. de dermatol. 16 fév., 1893) suffit à expliquer l’échec des premières recherches.
Il est juste de faire remarquer que M. Leloir avait raison en décrivant l’affection comme spécifique, bien qu’il ait méconnu sa cause. Nous ferons aussi remarquer que nous excluons du débat la forme serpigineuse décrite par M. Leloir; nous n’àvons rencontré et étudié que la forme circinée.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
avait plusieurs trichophytons, je dus chercher si chacun n’était pas caractérisé par une lésion spéciale, de caractères objectifs différentiables, et la première remarque que je fis dans ce sens eut pour sujet précisément l’espèce trichophytique que je vais étudier
Il n’en pouvait être autrement, car il n’y a pas de trichophytie plus singulière, objectivement plus reconnaissable que la folliculite circinée.
J’acquis donc et très rapidement la certitude que cette lésion, quel que fût son siège, avait toujours le même parasitecausal. Et comme la culture de ce trichophyton spécial est parfaitement reconnaissable à l’œil nu, que jamais je ne l’avais retrouvé dans des trichophyties épidermiques ordinaires, je fus bientôt forcé de conclure, non seulement que cette espèce donne lieu à la folliculite circinée, mais qu’elle y donne lieu toujours , et aussi qu’il n’y a pas d’autre trichophyton qui s’en accompagne. Et ces propositions furent vérifiées par dix-sept cas consécutifs ayant leur observation, leurs préparations microscopiques et leurs cultures, quelques-uns même, leur moulage ou leur cliché photographique.
Bien que j’eussenoté chaque foisla professionde ces malades, qui dans presque tous les cas étaient en contact constant avec des chevaux, je n’avais pas fait encore ce rapprochement quand un malade me le mit lui-même sous les yeux. Son observation vaut la peine d’être rapportée.
« A la policlinique hospitalière de JVL le docteur E. Besnier survint un nommé Houd... : il portait dans la barbe, sur le cou, une lésion qui semblait composée de trois furoncles agminés, et de lui-même, sans interrogation, il l’annonça comme étant du horse-pox.
« J’appris alors qu’il était employé à la Compagnie générale des voitures et affecté au service des chevaux malades ; qu’un des chevaux présentait des boutons sur les naseaux, boutons que le vétérinaire avait appelés du horse-pox.
« Que vraisemblablement cette lésion de la barbe, contractée ces jours derniers, devait être rapportée à celte origine... »
L’examen microscopique montra des fragments de tubes mycéliens, en abondance ; la culture me redonna le type trichophy tique déjà connu de moi bien que j’ignorasse encore son s origine. L’examen du cheval me montra une lésion presque
LES TRICHOPilYTIES HUMAINES
identique à celle que je connaissais sur l’homme, et sa culture fournit le même parasite.
C’est alors qu’en me reportant à mes notes, je pus me convaincre que l’origine animale, certaine dans ce cas, était plus que probablement la même dans les autres, comme je pus aussi le vérifier dans les cas de même nature qui survinrent encore par la suite.
J’ai en ce moment, dis-je, dix-sept observations se rapportant au même parasite, à la même folliculite agminée. Parmi les malades, voici les professions que je relève : deux charretiers, un relayeur d’omnibus, un haleur de bateau, un aide-vétérinaire, un entraîneur, un artilleur, deux cochers, deux manœuvres et un palefrenier, l’employé à la Compagnie générale des voitures, dont je viens de parler. Ma dernière observation est celle d’un chiffonnier qui se lavait le visage dans le seau même de son cheval que pourtant il savait malade.
Bref, sur dix-sept cas de contagion, douze se rapportent à des hommes ayant avec les chevaux des rapports continus, deux seulement se rapportent à des enfants (kérion Celsi) et un seulement à la femme dont la contamination par ce trichophyton paraît tout à fait exceptionnelle. Dès que l’étiologie de la maladie me fut connue, les détails complémentaires purent être abondamment recueillis : les charretiers pansaient leurs chevaux euxmêmes, l’aide-vétérinaire n’avait soigné que des chevaux et des chiens malades ; le haleur de bateau couchait (c’était en hiver) dans l’écurie du cheval de hâlage, écurie située dans le chaland même, comme on sait; l’artilleur savait que, parmi les chevaux de sa batterie, il y avait eu quelques cas d’herpès, etc...
De plus, quand j’étudiai les travaux antérieurs sur ce sujet, je retrouvai, citée dans les observations de M. le professeur Leloir, deM. Joannès Pallier, etc. la même constatation, le rapport déjà explicitement formulé, de la périfolliculite agminée (qu’on ne savait pas trichophytique) et d’une profession exposant au contact des chevaux. Enfin, en me reportant aux moulages de cette affection existant au musée de l’hôpital Saint-Louis, les deux pièces les plus typiques (n os 897 et 1081) se rapportent à un cocher et à un palefrenier... Il me semble, bien que je n’aie eu qu’une seule fois l’occasion de cultiver le parasite provenant directement du cheval malade, qu’une telle réunion de faits atteint à la valeur d’une preuve expérimentale directe.
En résumé, l’origine équine de la maladie humaine paraît cliniquement indiscutable dans le plus grand nombre des cas ; c’est le point que je voulais d’abord établir.
D. Vérification expérimentale de cette hypothèse .
La maladie chez le cheval.
Je n’ai eu, dis-je, qu’une seule fois l’occasion de voir la maladie chez le cheval : la lésion occupait l’angle inférieur et la partie externe du naseau.
Et il est à noter que dans deux autres cas, où sans avoir vu la lésion j’ai pu avoir quelque renseignement sur elle, elle occupait à peu près le même siège. Dans les trois cas elle avait débuté à la tête.
Dans le cas que j’ai pu observer, la lésion formait un placard large de 6 centimètres environ à peu près circiné et d’aspect général furonculeux.
La lésion, guérie dans sa moitié antérieure, n’avait laissé qu’une plaque érythémateuse un peu indurée, trace delà folliculite passée. La partie postérieure était encore en activité. Son rebord était couvert d’une croûte adhérente engainant les poils et les agglutinant à leur base. Par places la croûte était épaissie et acuminée, semblant recouvrir autant de lésions distinctes ; cet aspect grossièrement analogue en ces points à des boutons de vaccine en régression, justifiait assez l’erreur diagnostique du vétérinaire.
Enfin, en dehors de ce rebord croûteux, sur la moitié postérieure de l’aire occupée parla lésion, on pouvait voir une dizaine de pustules acuminées, émergeant du disque de dermite qui, chez le cheval comme chez l’homme, forme le fond de la lésion.
Ces pustules toutes semblables, de disposition assez régulière, à peine grosses comme un grain de chènevis, laissent voir quand on les ouvre par grattage un infundibulum assez profond et taillé comme à l’emporte-pièce.
ün voit par cette description que la ressemblance entre la lésion du cheval et celle de l’homme est fort accusée.
Il paraît que chez le cheval elle n’est pas d’une évolution très lente 1 .
\. Elle ressemblerait en cela à la périfolliculite agminée des régions glabres chez l’homme, et non au sycosis parasitaire de la barbe, cette dernière modalité devant à la profondeur d’implantation des poils malades une plus grande résistance au traitement.
Sur l’animal que j’ai observé, la lésion s’était formée en quelques jours, et sa durée totale, après traitement par une pommade mercurielle simple, n’a pas dépassé cinq semaines.
Elle n’a pas laissé de cicatrice, malgré l’induration très apparente du derme, et la profondeur de chaque petit abcès folliculaire. C’est un point que j’ai pu vérifier, ayant examiné le cheval deux mois plus tard. Il ne m’a pas paru non plus qu’elle ait déterminé localement de l’alopécie ; en tous cas, pas d’alopécie totale.
Elle existait seule et n’a causé, ni sur l’animal, ni sur ses voisins d’écurie, de contagion secondaire. Le cheval était âgé de dix ans 1 .
Sur cette lésion je prélevai du pus et des poils dont l’ensemencement redonna une culture identique à celle que la lésion humaine m’avait fournie si souvent déjà.
Tels sont les faits cliniques qu’il m’a été possible d’observer. Je les résumerai par ces trois propositions :
I. Identité de la folliculite circinée humaine, identité de forme, d’aspect, d’examen microscopique, identité de culture,
4. Je dois iusisler sur la rareté relative de cette maladie chez le cheval.
La profession des malades atteints de cette affection semblant incriminer presque toujours une origine équine, j’ai cru longtemps que l’affection chez le cheval était fréquente ; c’est une erreur.
Les chevaux présentent très fréquemment une mycose connue en médecine vétérinaire sous le nom ancien d’herpès contagieux. C’est une affection, non pustuleuse, à peine croûteuse, dépilante, à localisations multiples, principalement située sur la croupe, le dos et les flancs. Cet herpès contagieux est dû à un microsporum Audouïni d'espèce au moins très voisine de celle de l’enfant avec laquelle je l’étudierai. C’est donc une mycose qui n’a rien à faire avec celle dont je m’occupe ici.
Je connais enfin une autre espèce de trichophyton du cheval, que j’ai eu l’occasion d’étudier récemment dans une épidémie considérable de chevaux de l’armée.
Cette espèce, qui appartient aux trichophyties (à grosse spore) ectothrix, est caractérisée d’une part par son extrême contagiosité pour l’animal et même pour l’homme, et, d’autre part, par la grande extension, on peut dire la confluence des lésions sur le même sujet.
J’étudierai cette espèce avec les trichophyties de la barbe.
Chacune de ces espèces, objectivement comme en culture, présente des caractères très différentiels. Il est probable que le cheval peut en présenter encore d’autres, si l’on en juge du moins par la multiplicité des trichophyties de l’homme ; mais je n’ai encore observé chez lui que celles-là.
Je devais en présenter succinctement le tableau, autant pour prévenir toute confusion que pour mettre les affections trichophytiques sous leur vrai jour. L’unité que l’on avait mise dans le sujet est toute factice. Sa complexité réelle est extrême.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
identité de morphologie du parasite, quel que soit le siège de la lésion, au cuir chevelu, à la barbe et sur la peau glabre.
II. Origine équine de la maladie humaine, rendue probable par l’enquête médicale et l’examen des commémoratifs.
III. Origine équine démontrée par l'observation du cheval malade, de sa lésion et de la culture qu’elle a fournie.
Après l’examen de ces faits, je dois maintenant rendre compte de l’expérimentation qui les a prouvés.
Je laisserai de côté, complètement, l’histologie pathologique de la lésion; elle a été faite par d’autres, et de telle façon, qu’il n’y a plus à y revenir.
Ce qui nous intéresse n’est pas d’ailleurs le mode de réaction cellulaire des tissus envahis, mais bien le moyen de reconnaître la présence et les caractères du parasite :
1° Par l’examen microscopique extemporané dont je parlerai d’abord :
2° Par la culture;
3° De prouver par les inoculations le pouvoir pathogène du parasite, et son pouvoir pyogène;
4° Enfin de donner les caractères qui permettront de reconnaître cette espèce trichophytique à l’examen de sa culture.
E. Examen microscopique du parasite dans la lésion.
Qu’il s’agisse d’une trichophytie épidermique ordinaire ou d’une trichophytie pilaire, en général, rien n’est plus facile que de retrouver Je parasite à l’examen microscopique extemporané de la squame ou du poil.
Les trichophylies à dermite profonde font exception à cette règle, et si quelquefois le parasite peut être mis en évidence facilement, dans le plus grand nombre de cas il est difficile d’obtenir extemporanément une préparation probante.
Ce fait provient de ce que la localisation des trichophytons pyogènes dans le tégument est spéciale. Ce sont des trichophyties profondes, non pas des trichophyties épidermiques.
Supposons que la folliculite circinée siège à la barbe, si l’on examine sa surface, ordinairement elle est déglabrée; si, par exception, les poils existent encore, ils ne sont pas cassés, ils ont gardé leur longueur; de plus, eu les épilant à la pince, on observera plusieurs particularités, très spéciales à cette
forme de trichophytie : le poil vient entier, avec sa racine complète, il a gardé sa couleur il n’oppose aucune espèce de résistance à l'épilation. Enfin, si l’on pratique l’examen microscopique de ce poil, cet examen sera invariablement négatif.
Tous ces faits sont en contradiction flagrante avec ceux que fournit l’examen des trichophyties pilaires banales.
Ordinairement, en effet, le poil d’une tricophytie sèche de la barbe n’est pas tombé spontanément, il est cassé à 2 ou 3 millimètres au-dessus de la peau. L’épilation l’amène incomplet (le poil s’étant rompu au-dessus de sa racine); enfin, il paraît gris, terne, décoloré, et son examen microscopiquelemontre couvert de chaînes mycéliennes sporulées. Ici , le poil est mort., il est détaché, de sa base, mais il n’est, pas tricophytique,
A quels éléments de diagnostic microscopique faudra-il donc s’adresser pour se faire une certitude?
Il faudra chercher au bord même de la lésion, dans sa zone d’envahissement, non pas un cheveu ou un poil long, adulte, mais un poil follet. Le follet qui est envahi par le triehophvton, reprend les caractéristiques vulgaires du poil trichophytique ; il est cassé et quelquefois si près de la peau, qu’il ne traduit sa présence que par un très petit cône épidermique, visible seulement au jour frisant.
C’est ce petit cône qu’il faut pincer; la pince amènera une racine de 2 millimètres de longueur, autour de laquelle les filaments mycéliens se touchent tous.
Enfin, s’il est impossible de trouver, après un examen minutieux de toute la bordure de la lésion, un seul poil malade, c’est le pus d’une vésicule qu’il faudra prendre pour en examiner une goutte entre deux lamelles, sans coloration. On choisira une vésico-pustule encore non ouverte, et l’on préparera plusieurs lamelles qu’on examinera successivement. Il est rare de n’y pas trouver quelque amas mycélien volumineux qui certifiera le diagnostic.
Ainsi, il faut rejeter de l’examen le poil adulte, la squame, les déchets épithéliaux de raclage, et le pus de la surface. L examen de la squame est négatif, parce que l’épiderme s’exfolie par irritation de voisinage et non par un parasitisme direct. L’examen du poil adulte est négatif parce qu’il est mort sans être envahi. Le pus d’une vésico-pustule, ou l’examen des poils follets de la bordure fournissent seuls des préparations probantes.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
J’ai pris le cas le plus difficile, celui d’une lésion de région pilaire et d’une lésion arrivée à son plein développement. Tout autre cas est meilleur. La lésion jeune montre des poils malades en abondance, ou bien des vésico-pustules non rompues; la lésion des régions glabres a, pour ainsi dire, constamment sur son pourtour une zone de poils follets qui sont atteints, et des vésico-pustules naissantes. Mais cette difficulté de démontrer au microscope la présence du parasite, difficulté si rare quand il s’agit de toute autre trichophytie, explique bien l’erreur des premiers observateurs.
a) Examen du pus. —L’examen extemporané du pus ne montre guère, ordinairement du moins, qu’une très minime quantité d'éléments parasitaires, et cela, quelque moyen qu’on emploie pour les déceler.
Le même pus, qui en culture donnerait sur chaque strie une ligne ininterrompue de colonies, peut ne montrer dans chaque préparation qu’une ou deux files d’une dizaine de spores.
Cette contradiction apparente cesse quand on se sert, pour l’examen du pus, d’un fort éclairage artificiel *. Alors on voit au milieu des globules blancs et des hématies des quantités de débris mycéliens très grêles et très courts, qui passaient inaperçus à la lumière solaire.
Dans ces conditions, il semble qu'on pourrait espérer beaucoup des colorations artificielles. Cependant, les colorants nucléaires (bleu de méthylène, etc.) ne donnent aucun résultat. Et les colorants de fond (éosine, fuchsine en solution aqueuse), quoique moins mauvais, sont loin de donner des préparations excellentes.
Cette difficulté de coloration, encore plus évidente quand il s’agit des coupes, a été remarquée par tous les auteurs qui se sont occupé des maladies cryptogamiques (tuberculose asper gillaire, actinomycose).
p) Examen du poil. — A l’examen microscopique du poil on observera d’abord que le poil n’est envahi par le parasite que dans ses couches superficielles, mais que toute sa partie radiculaire est revêtue d’une gaine épaisse de filaments mycéliens sporulés. Un examen plus détaillé montrera nettement que les
\. Gaz d’éclairaga naphtaliné. — Condensateur de lumière Abbe. Le diaphragme ne doit avoir qu’un millimètre ou deux d’ouverture.
10G LES TllICHOPHYTIES HUMAIiNES
spores sont agrninées en chaînes régulières, caractère invariable des trichophvtons (à grosse spore).
Hors ces caractères, on pourra rencontrer des différences d’un sycosis trichophytique à un autre sycosis trichophytique. Ainsi, dans la plupart des cas, la spore est très grosse, mais régulièrement grosse (8-9 g). D’autres fois, les filaments mycéliens contiennent parmi des spores égales de 7 à 8 g une spore très grosse de 10-11 p-de diamètre (fig. 103).
Enfin quelquefois, dans un sycosis d’aspect ordinairement très bénin et peu végétant, on trouvera ces spores relativement petites dont nous avons déjà parlé, en étudiant les trichophylons ectothrix dans le cheveu, ces spores que leuragmination en chaîne de direction ascendante pourront seules différencier des petites spores du microsporum Audouïni, dont les spores placées irrégulièrement en mosaïque envahissant la surface du poil de haut en bas 1 .
d. «... Elles simuleraient vraiment un trichophyton à petites spores ( microsporum Audouïni) aux yeux de celui qui ne connaîtrait pas cette espèce. Mais là encore ce n’est qu’une espèce différente du même groupe, et la culture évitera toute méprise. Elle redonnera le type si caractéristique et si spécial des cultures que je vais décrire. Du reste un examen plus attentif montrerait par places, même pour cette espèce, des files de spores régulières et des spores à double contour. » (R. Sabouraud. Les trichophytons animaux sur l'homme. Les trichophy lies pilaires de la barbe. Annales de dermatologie, juillet 1893, page 827.)
Il se peut qu’on trouve ces descriptions stériles et aussi trop abondantes, je tiens à montrer cependant, par un exemple, que le moindre détail inobservé peut suffire à fausser toute une suite de recherches méthodiques.
M. le D r H. C. Slomann, de Vejl (Danemark), a publié, dansla. Gazette des hôpitaux de Copenhague (n° 33, 1893), « deux cas de kerion de Celse » dont un lui avait fourni des éléments d’étude microscopique.
Il y trouva des spores relativement petites, hors du cheveu, et, ne connaissant pas l’existence des trichophytons ectothrix, il crut avoir rencontré le parasite à. petites spores, le microsporum Audouïni.
Il en conclut que le microsporum Audouïni, contrairement aux résultats de mes. recherches, peut causer le kerion de Celse. Bien plus, le môme cas s'accompagnait d’une plaque de folliculite agminée du front. L’auteur conclut encore que, contrairement à mes observations, le parasite à petites spores peut s’accompagner de cercle trichophytique confirmé de la peau glabre.
Et, cependant, l’auteur lui-même mentionne plus haut que d’après ce que j’ai dit : « le microsporum ne se montre jamais sous la forme de rameau mycélien sporulé », et dans le cas qu’il rapporte:
« Les cheveux examinés contenaient surtout des filaments mycéliens remplis, de spores. Ces filaments formaient notamment une couche extérieure à la substance corticale du cheveu et occupaient cette substance corticale jusqu’au dessous de la cuticule... En outre, toute la partie radiculaire de la tige était entourée d’une couche épaisse de spores, en partie disposées irrégulièrement, en partiedisposées en files régulières, entre le cheveu même et la gaine intérieure de sa racine.
Si l’auteur eut connu à ce moment le travail cité plus haut, déjà paru à cette,
ANALYSE EXPÉRIMENTALE 107
Ces différences dans l’aspect microscopique du poil que je prends soin de signaler pour qu’on ne cherche pas à tort à réfuter par elles ma description si je la faisais unique, ont une valeur grande en ce qu elles correspondent à des espèces multiples du type trichophytique ectothrix, à dermite profonde , à cultures blanches. J’ajoute une fois de plus que pour un même cas tous les poils de la lésion offrent, à l’examen microscopique, un parasite d’aspect morphologique identique.
F. Caractères objectifs des cultures.
Je limiterai autant que possible la description de ces cultures que des épreuves photographiques compléteront :
Les cultures de ce groupe trichophytique sont les plus vivaces que je connaisse. Sur moût de bière au 1/3 ou au 1/5, elles couvrent une superficie d’un décimètre carré en cinq semaines, ensemencées sur une gélose au centre d’un grand matras à fond plat de Gayon.
Sur moût de bière au 1/2, la culture adulte est blanche. (Elle paraît cependant d’une couleur un peu saumonée quand on l’examine à distance.) Son centre est marqué par un ombilic saillant légèrement duveteux, entouré d’une aréole poudreuse blanche et compacte. Enfin cette aréole est bordée par d’énormes rayons divergents également blancs et poudreux (fig. 111).
A côté de ce type se rangent les trois ou quatre variétés correspondant aux formes mycéliennes diverses que le cheveu, des kérions ou le poil des sycosis montrait tout à l’heure. J’en reparleraiplusloin. Peut-être pourrai-je, dans l’avenir, rattacher chaque forme clinique de sycosis à chacune de ces variétés. En tous cas, la différenciation plus complète de ces types siproches-
(’poque, il n’eut pu conclure sur cet examen microscopique, extrêmement exact d’ailleurs, que « ces faits ne s’accordent pas du tout avec les résultats » de mesobservations. Il n’est au contraire pas possible de les justifier davantage; son» texte et le mien sont identiques et peuvent se superposer. La moindre culture eut rectifié son erreur qui n’est qu'une erreur d'interprétalion. 11 s’agissait de l 'espèce de trichophyton rnégalosporon ectothrix , à cultures blanches , à spores relativement petites, mais agminées en chaînes , dont je viens de parler. Je n’avais si précisément décrit ses caractères microscopiques que pour rendre impossible cette erreur très facile à faire en l’absence d’examens microscopiques multipliés.
Il n’en demeure pas moins que, si tous les observateurs avaient examiné les trichophyton s avec un soin semblable à celui que montre la description de M. Slomann, beaucoup d’erreurs, encore aujourd’hui consacrées, n’auraient pluscours depuis longtemps.
408 LES TRICHOPIIYTIES HUMAINES
par leurs cultures, leurs formes botaniques et leurs lésions, ne doit pas m’arrêter ici.
Sur tous milieux, la culture de ces espèces forme une couche blanche, un revêtement poudreux dont la consistance propre rappelle celle d’une épaisse toile d’araignée.
Sur pomme de terre, c’est une large traînée blanche couverte de la même couche de poudre ressemblant à de la farine ou du plâtre 1 (fig. 112).
Sur le milieu d’épreuve, la culture adulte a la forme d’un gâteau blanc absolument rond. Le centre est couvert d’un duvet court, le pourtour présente ces dépressions rayonnées régulières, fréquentes dans les cultures trichophytiques à grosses spores sur ce milieu, et qui forment autour de la colonie comme un rebord godronné.
Tels sont les caractères de ce tricbophyton sur les milieux de culture. Comme toutes les espèces du même groupe, sa culture est douée d’une vitalité, d’une rusticité très supérieure à celle de tous les autres.
G. Inoculations.
Les inoculations de cette espèce tricbophytique, comme celles detousles trichophytonsen général, sont assez souvent négatives. On diminuera le nombre relatif des insuccès en se servant de la méthode spéciale que nous indiquerons plus loin.
L’inoculation à l’homme amène le quatrième jour un point rougeâtre déjà turgescent, qui augmente le cinquième jour. Son extension est rapide. Quelquefois cependant, après avoir marqué nettement la végétation du parasite par une plaque circinée rouge, purigineuse, d’un centimètre de diamètre, la lésion rétrocède d’elle-même et disparaît. Dans le cas contraire, elle augmente, marquant chaque orifice folliculaire d’un point rouge. Vers le huitième jour, la réaction inflammatoire est déjà très vive quoique presque indolore et seulement prurigineuse. Le râclage de l’épiderme montre le parasite en pleine végétation.
Sur le cobaye, l’inoculation est très facilement positive, mais
1. Quelquefois, sur pomme de terre, certaines variétés de ce type prennent, après quelques jours, une forme vermiculaire et tourmentée un peu rose. Mais c’est une forme toute passagère et qu’il est facile par des transferts de ramener à la culture absolument plane du début.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
je ne l’ai vu suppurer qu’au point même d’inoculation: sa marche est progressive et serpigineuse.
La maladie est exfoliante et dépilante, mais le poil repousse après elle, son extension est indéfinie ; des inoculations nouvelles se produisent incessamment, dès que les lésions anciennes sont en voie de guérison. J’ai gardé pendant cinq mois un cobaye inoculé, dont la maladie livrée à elle-même continuait toujours son évolution.
Le peu de ressources d’un service hospitalier, sous le rapport des inoculations animales, ne m’a pas permis de suivre ces expériences sur d’autres espèces que le cobaye. Cependant le cobaye, comme on va le voir, bien que chez lui cette trichophytie ne s’accompagne pas de folliculite suppurée, a pu me servir à prouver l’action pyogène des trichophytons à dermite profonde.
H .Les trichophytons de ce groupe sont pyogènes.
Un certain nombre de trichophyties cutanées, et celle-ci en particulier, à un moment de leur évolution, sont bordées à leur circonférence de vésicules plus ou moins fines assez régulières. Ces vésicules, qui avaient fait rapprocher la trichophytie de l’herpès fébrile également vésiculeux, et fait donner à la maladie son premier nom d’herpès contagieux, peuvent sécher sur place, ou s’ouvrir sans passer par le stade de purulence.
Mais quand la trichophytie tégumentaire est causée par l’une des espèces pyogènes, et spécialement par celle que nous étudions, la purulence de la vésicule se produit constamment, sans nulle intervention de microbes étrangers.
Ce passage à la purulence de la vésicule du début, dont le contenu primitif est presque séreux, est l’expression de la vie propre du parasite. C’est en surface le même phénomène d’apport leucocytaire qui se passe dans la profondeur, causant l’empâtement du derme, sous-jacent à la lésion.
Je ne veux pas dire que dans toutes ces trichophyties toutes les pustules contiennent le parasite à l’état de pureté. Ce que je prétends, c’est qu’il existe et à l’état de pureté, dans le plus grand nombre ’.
1. Dans un très grand nombre de Itérions et de sycosis de ce genre, la recherche des microbes pyogènes banals est constamment suivie d’insuccès. Les préparations n’en montrent pas et les cultures ne donnent aucune colonie bactérienne. — On peut dire que toute vésico-pustule encore fermée fournira une
HO LES TllICHOPHYTIES HUMAINES
Ce fait, affirme il y a déjà longtemps par M. Duelaux *, peut être prouvé facilement avec toute trichophytie de ce groupe, sur laquelle aucune application thérapeutique n’aura été faite encore, et qui ne sera pas d’une évolution trop avancée.
Les cultures faites en strie sur gélose au moût de bière avec le pus d’une vésico-pustule non ouverte donnent lieu à des lignes ininterrompues de colonies sur tous les tubes. La lésion ne fournissant pas sur une série de cinq ou six tubes, la moindre colonie d’une bactérie pyogène quelconque.
Or, le développement du trichophyton étant toujours plus lent que celui des staphylocoques, il n’est pas douteux que ces cultures ne soient extrêmement probantes. La moindre impureté de ce genre se trahirait au premier coup d’œil.
Cette expérience est facile à répéter et extrêmement démonstrative.
Expérimentalement, les cultures de ces trichophytons en milieu pauvre, étant filtrées grossièrement mais aseptiquement et inoculées sous la peau du cobaye, peuvent ne donner lieu à aucune réaction appréciable.
Mais si le milieu de culture était fortement peptonisé (7 0/0), le liquide filtré après une culture d’un mois causera très ordinairement la suppuration, une suppuration a-microbienne 2 .
culture exclusivement cryptogamique, tandis que dans d’autres cas où la lésion est ulcérée sur toute sa surface, l’infection staphylococcique est au contraire pleinement constituée, et la recherche du trichophyton plus difficile. On peut trouver les ganglions de la région, gros, durs et douloureux alors même que l’infection staphylococcique secondaire ne peut pas être mise en évidence. Il serait d’un grand intérêt de savoir si la culture de ces ganglions donnerait lieu, dans ce cas, à des colonies trichophytiques. Je ne me suis pas cru autorisé à pratiquer l’extirpation de ces ganglions dans le seul but de pratiquer une recherche scientifique.
1. « Pour le trichophyton tonsurans, on trouvera le plus souvent la semence pure dans les phlyctènes purulentes qui entourent parfois la plaque d’herpès. » (Feulard, Teignes et teigneux, p. 96.)
2. La différence de ces deux résultats peut donner lieu à diverses interprétations. Je crois que plus la culture est peptonisée, c’est-à-dire azotée, plus il s’y forme d’ammoniaques; on connaît le pouvoir chimiotactique des ammoniaques.
Ges expériences sont continuées en ce moment pour rechercher la variabilité de virulence du trichophyton et ses causes.
Les inoculations intrapéritonéales, variables suivant l’âge des cultures, leur milieu, etc., sont également à l’étude.
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
f. Conclusions.
J’arrêterai ici l’étude de ce trichophyton spécial. La fréquence de son inoculation spontanée à l’homme justifiait l’extension des détails dans lesquels nous sommes entrés à son sujet. Mais ses particularités botaniques, son origine saprophyte possible, seront discutées ailleurs. Je terminerai donc seulement cette étude en résumant la part d’information qu’elle a apportée à notre enquête.
1° Parmi les trichophy totis (mégalosporon) ectothrix il existe une espèce spéciale : le trichophyton ectothrix pyogène du cheval, à cultures blanches, qui peut chez l'homme attaquer le cuir chevelu, la barbe et la peau glabre, causant en chacun de ces sièges une périfolliculite agminée et circinée.
2° C’est la teigne tondante spéciale de l’enfant, connue sous le nom de kérion Celsi.
C’est la trichophytie pilaire de la barbe, connue sous le nom de sycosis trichophytique.
C’est enfin cette lésion considérée jusqu’ici comme différente et comme spéciale, sous le nom de périfolliculite agminée des régions glabres.
3° Ces trois lésions sont de caractères objectifs et histologiques semblables.
| IV. — Le groupe clinique des trichophyties suppurées a dermite