III. — Spores externes isolées. —Spores en grappes
La spore externe du trichophvton est plus petite que sa spore mycélienne. Elle n’a guère que 3-4 [x. de diamètre. Elle est oblongue, de forme régulière, elle est portée sur un pédicule court, ordinairement un peu fuselé, c’est-à-dire plus large en son milieu qu’à son attache avec la spore, et qu’à son attache avec le mycélium. Ce rameau fructifère simple n’est visible que quand la spore externe siège isolément sur une tige mycélienne non terminale. Et c’est ce qui s’observe fréquemment (fîg. 134).
La spore externe n’est pas, en effet, au moins dans toutes les espèces, supportée par une hÿphe sporifère différenciée. Tous les rameaux mycéliens, au delà d’une certaine longueur, peuvent devenir sporifères, ils portent des spores isolées (fig. 135).
Certains rameaux en sont même couverts sur une longueur déplus d’un millimètre, ils prennent ainsi un aspect très élégant (fîg. 136).
Ce premier caractère rapproche les spores externes du trichophyton des Acremonium (Link) qui ont cependant plus de régularité dans la disposition de leurs spores. A cause de cette irrégularité, le rameau sporifère du trichophyton ressemble davantage à ceux des Sporotrichum (Link) avec la réserve que, dans ces derniers, la spore est presque sessile l .
Les rameaux mycéliens terminaux du trichophyton cultivé sont stériles ou sporifères. Quand ils sont sporifères, ils se terminent par une grappe. Ces grappes peuvent se former non seule-
1. Nous avons dit que M. Costantin (loc. cit.) rapproche le microsporum Audouinï des Sporotrichum. Nous verrons plus loin que le microsporum Audouïni de Grüby n’offre pas le même type de sporulation externe.
ment sur les tiges terminales, mais sur des rameaux courts, latéraux à la tige terminale (fig. 138).
La grappe est formée des mêmes spores externes, supportées par les mêmes pédicules ou stérigmates que les spores isolées sur la longueur des tiges mycéliennes ; et les spores en grappe sont souvent assez proches entre elles pour masquer la branche qui les supporte. Dans le centre de la préparation, les grappes sont si nombreuses, qu’elles se touchent (fig. 133); sur les bords de la préparation, elles sont plus distinctes. Suivant les espèces trichophytiques, les grappes sont plus ou moins tassées et globuleuses, ou au contraire formées de spores espacées (fig. 135,136).
Tantôt l’hyphe sporifère est rectiligne et alors la grappe ressemble à la tige florale d’une digitale ; ou au contraire l’hyphe est flexueuse et le port de la grappe plus élégant (trichophyton du chat). La dimension des grappes varie aussi suivant les espèces. Certaines espèces ont des multitudes de bouquets de spores composés chacun de quatre à six spores au plus (trichophyton du Soudan). D’autres ont des grappes énormes contenant vingt spores et davantage (trichophyton du cheval) (fig. 136, 138).
Mais tous les trichophytons mégalosporon qu’il m’a été donné d’observer m’ont présenté les spores externes pédiculées sur les rameaux mycéliens avec tendance marquée à l’agmination en grappe.
La comparaison, faite depuis longtemps déjà par M. Duclaux, du trichophyton aux Botrytis s’impose donc en ce qui concerne les trichophytons (à grosse spore). Cependant les cultures comparatives de Botrytis Bassiana que j’ai faites m’ont montré plusieurs particularités qui, non seulement distinguent le Botrytis Bassiana des trichophytons à grosse spore, mais suffisent peutêtre à faire distinguer leurs familles.
Les Botrytis ont un mycélium infiniment plus fin que les Trichophytons (fig. 147). Leurs spores sont au moins deux fois plus petites. Leur port général est également fort distinct, au microscope et eu culture. Les hyphes sporifères des trichophytons sont surtout terminales, celles des botrytis surtout latérales, réparties à peu près régulièrement sur le trajet des rameaux mycéliens. Enfin les botrytis montrent fréquemment au niveau des septa mycéliens une couronne de spores, et ce caractère chez eux est familial. Une seule espèce trichophytique m’a présenté des figures analogues et même, chez elle, elles sont fort rares. (Espèce aviaire.)
ANALYSE EXPÉRIMENTALE
J’ajouterai que je n’ai jamais vu de formes chlamydosporées chez les botrytis, tandis que les chlamydospores sont extrêmement fréquentes et régulières dans certaines espèces trichophytiques, régulières à ce point que leur forme permet de reconnaître l’espèce qui les a portées.
1Y. Chlamydospores.
Certaines espèces trichophytiques et spécialement les espèces d’origine animale que j’ai réunies sous le nom de trichophytons à cultures blanches , émettent à partir du sixième jour des formes fuselées multiloculaires spéciales que je crois être des chlamydospores (fîg. 139, 140, 141).
Elles ont une forme oblongue, ou massuée, ou régulièrement fuselée, un diamètre de 7-1S g et une longueur de §0 à 60 g. Elles ont un double contour évident, sont supportées par un pédicule long et grêle, souvent incurvé, et leur extrémité est quelquefois terminée par un éperon ou renflement (fig. 140).
Elles sont divisées en trois, six ou sept loges quadrilatères et régulières, par des cloisons transversales.
Le plus souvent l’enveloppe générale de cette fructification est unie; quelquefois elle présente une incisure au niveau de chaque cloison. Le protoplasma des locules est un peu granuleux, il ne présente pas de noyau.
Quant au siège de ces formes chlamydosporées, il est extrêmement variable, j’en ai vu terminer un filament mycélien (fig. 141), d’autres supportées latéralement au filament par leur pédicule. On les trouve quelquefois dans une grappe, à la place d’une spore externe, ou au milieu d’une grappe qu’ils séparent en deux, ou enfin à la place de l’hyphe sporifère elle-même et formant la base d’une ou plusieurs grappes (fig. 140).
Ces formes sont susceptibles de germer dans le liquide même où elles ont pris naissance, et il n’est pas rare de les trouver munies à leur extrémité ou même latéralement d’une pointe de mycélium jeune, à peine cloisonné.
Ce qui m’a conduit à les interpréter comme de simples chlamydospores, c’est non seulement leur fréquent rapport avec les spores externes, mais leur forme spéciale quand elles ne contiennent qu’une seule loge ou deux loges seulement. Alors, leur