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CHAPITRE PREMIER

LES TONDANTES TRICHOPHYTIQUES

| I er . — Caractères généraux des tondantes triehophytiques communes.

§ II. — La tondante peladoïde, bénigne. — Tricbophyton (endothrix), à mycélium fragile, à culture acuminée.

§ III. — La deuxième tondante commune. Tricbophyton à mycélium résistant à culture cratériforme.

§ IV. — Les tondantes dues à des espèces rares de trichophyton endothrix.

§ V. — Les tondantes d'origine animale. Trichophytons ectothrix.

Après la longue étude qui précède, je me suis trouvé en possession d’un nombre considérable de documents cliniques, histologiques et mycologiques dont il ne s’agissait plus que d’examiner les concordances pour être conduit à des conclusions.

Chacun de mes malades avait à son dossier une observation clinique minutieuse des lésions au moment de l’examen, observation relatant les commémoratifs, la marche clinique de l’affection, etc...

J’avais dans le même temps constitué une véritable bibliothèque de préparations microscopiques, comprenant plusieurs préparations pour chaque malade.

Enfin j’avais gardé, pour chaque cas, des cultures adultes sur tous milieux, en les scellant pour empêcher leur dessiccation, après les avoir tuées à l’aldéhyde formique pour empêcher qu’en vieillissant, elles ne perdent de leurs caractères.

On conçoit que la synthèse clinique, histologique et bactériologique devait, dans ces conditions, atteindre à une rigueur vraiment expérimentale et qu’elle se réduisait presque à un simple travail de statistique.

Je ne voudrais pas obscurcir, par un détail minutieux, une exposition de faits, déjà complexes par eux-mêmes. Je montrerai cependant, une fois pour toutes, comment cette statistique de mes cas épars aboutit à leur synthèse et je prendrai pour exemple : les tondantes triehophytiques.

Lorsque j’ai arrêté ma première statistique des trichophyties de tous sièges (en février 1893), j’ai dit qu’elle se montait à 54 cas, qui se trouvaient causés par 19 espèces.

Mais de ces 54 cas, 36 seulement étaient des tondantes et correspondaient à 11 espèces.

De ces 36 cas de tondantes, 8 cas étaient uniques et un double : 10 cas.

Restaient 26 tondantes, causées en nombre à peu près égal par 2 espèces trichophytiques.

Comme, depuis cette époque, cette proportion s’est intégralement maintenue, je puis l’énoncer sous une forme plus générale :

2 espèces trichophytiques causent 72 0/0 des tondantes à grosse spore. Les autres sont causées par des trichophytons rares, dont presque tous relèvent d’une origine animale.

Les 2 espèces de tondantes communes relevant des trichophytons mégalosporon endothrix se divisent ainsi :

30 0/0 sont causées par le trichophyton endothrix a mycélium fragile et fournissent sur le milieu d’épreuve une culture acuminée ; 42 0/0 sont causées par le trichophyton endothrix à mycélium résistant et fournissent sur le même milieu une culture cratériforme.

En étudiant alors les dossiers cliniques des malades dont provenaient ces cultures, ils se groupaient aussi naturellement entre eux par leurs détails, que les préparations microscopiques par la morphologie du parasite, les cultures par leurs formes objectives. Ils ont fourni les deux types cliniques que nous allons présenter.

§1- —Caractères généraux des tondantes a grosse spore communes.

Les tondantes à grosse spore endothrix ont un certain nombre de caractères communs qu’il importe d’établir d’abord. De ces caractères, les uns concernent l’épiderme de la région malade, les autres le cheveu lui-même.

1) Le premier de ces caractères est la fugacité de la circination épidermique qui précède Venvahissement parasitaire du cheveu.

Ce cercle est accusé par un soulèvement épidermique si peu turgescent, de si peu de relief, qu’il peut passer inaperçu même

sur une tête dont les cheveux sont tenus ras. Il existe cependant, mais pour le démontrer, il faut souvent recourir à un artifice. Si l’on badigeonne de teinture d’iode la région sur laquelle il se trouve, il s’accusera par une couleur beaucoup plus foncée que la peau voisine. C’est qu’en ce point les couches épithéliales sont soulevées et que la teinture colorée s’infiltre dans ces interstices *.

Sans user de ce moyen qui dénature les caractères objectifs du cercle trichophytique, on peut le voir à '’^il nu en le plaçant en jour frisant. C’est un cercle parfaitement rond ou ovalaire que recouvrirait une petite pièce de monnaie. Sa circonférence est très légèrement saillante, squameuse et un peu plus rosée que le cuir chevelu avoisinant.

Dans le plus grand nombre des trichophyties à grosse spore, dans les trichophyties communes, c’est à cela que se borne toute la lésion épidermique du cuir chevelu. Il est indubitable que si la maladie ne présentait pas dans les autres régions quelle peut atteindre un cercle plus accusé, plus évident que celui-là; si d’autres trichophyties, identifiées à celles-là, n’étaient pas caractérisées par une circination plus visible, la lésion du cheveu, dans la tondante commune, eût été décrite comme initiale, et le cercle qui la précède serait passé inaperçu.

2) Le deuxième caractère général des tondantes à grosse spore communes vient appuyer le premier. Quand l’envahissement des cheveux est accompli , le cuir chevelu des plaques malades est ordinairement sain et propre.

A ce moment, la maladie n’est plus constituée, exactement, que par la lésion pilaire. Ét comme l’épiderme s’est renouvelé, quand le cercle trichophytique a disparu, il est même quelquefois plus propre et plus net sur la surface malade que dans les parties

Ce livre ne traitant pas de la thérapeutique delà teigne tondante, je n’insiste sur ce procédé que parce qu’il aide au diagnostic, une déduction thérapeulique s’en déduit pourtant, trop importante pour être passée sous silence.

Si l’on se fie à l’œil nu pour la recherche des points trichophytiques d’une tête, il arrivera que de légers cercles trichophytiques de ce genre ne seront pas vus d’emblée et mis en traitement. Le médecin s’en apercevra une ou deux semaines plus tard quand la déglabration commencera!...

Un badigeonnage complet de tout le cuir chevelu donne immédiatement au médecin l’appréciation exacte de l’étendue et de la gravité des lésions.

Et ce moyen, du même coup, supprime tous les points d’inoculation secondaires où l’épiderme est déjà envahi et le cheveu encore respecté.

respectées du cuir chevelu. Su coloration est redevenue celle du tégument voisin. Son épaisseur propre ne diffère pas de celle des parties voisines ; bref, l’affection du cheveu persiste seule.

Quant au cheveu, envahi par l’un quelconque des trichophytons endothrix,il présente toujours trois caractères invariables.

Il est cassé court , il est gros et il est nu.

Sa longueur au-dessus de l’orifice pilaire est de 2 à 3 millimètres. Et ce caractère prend une valeur singulière si on oppose à la plaque de tondante trichophytique la plaque de tondante à petites spores.

Car, dans la tondante à petites spores, les cheveux, qui sont d’ailleurs fins et engainés, atteignent toujours, si on les laisse pousser librement, une longueur de 5 à 7 millimètres.

Sur le cheveu trichophytique à grosse spore, étant donné sa brièveté de longueur, la grosseur de son diamètre n’en apparaît que davantage. Pour la mettre en évidence, on peut placer près du cheveu malade, laissé en place, un cheveu sain de la même tête. Il paraît d’un volume deux fois moindre.

Enfin les cheveux malades sont nus, c’est-à-dire qu’en examinant même à la loupe la tige des cheveux à l’orifice pilaire, on n’en voit pas un seul qui présente sa base engainée. Jamais on ne retrouve à sa base cet étui blanchâtre si caractéristique dans la tondante à petite spore. Si l’on épile le cheveu à la pince et qu’on le dépose sur un papier blanc pour le mieux examiner, on se rendra compte de la constance de ce caractère négatif qui ne présente pas d’exception.

Tous ces caractères, pour être bien vus, demandent un examen minutieux du cuir chevelu, examen fait à la loupe, et qui comprend l’épiderme, le cheveu encore en place, et aussi le cheveu épilé. 11 va sans dire que si ces caractères sont et demeurent constants, dans les trichophyties tondantes communes, il suffit d’un traitement quelconque ou d’une seule épilation pour les altérer à jamais.

La description d’une tondante ne doit être tentée (de même qu’un diagnostic extemporané à l’œil nu) que sur des lésions intactes, telles que le parasite seul les a faites.

Chercher à faire un tableau clinique de la tondante, en s’aidant de lésions déjà traitées, c’est vouloir introduire la confusion dans une étude qui se présente comme facile si on la pratique sur des lésions vierges de traitement.

Tous les dermatologistes savent à quel point une seule application médicamenteuse peut rendre laborieux le diagnostic d’une dermatose, il n’y a aucune raison, bien au contraire, pour faire une exception à cette règle en ce qui concerne les tondantes.

Cette règle est au contraire ici d’une importance capitale, et la différenciation des tondantes serait depuis longtemps faite si la longueur de la maladie et l’inanité des traitements n’amenait pas à chaque médecin dix teignes tondantes déjà traitées pour une seule lésion neuve.

3.) J’insisterai sur un dernier caractère qui peut être observé dans toutes les tondantes à grosse spore. Il n’est pas constant, c’est vrai, mais quand il existe il est pour ainsi dire pathognomonique et sa valeur par ce seul fait est considérable.

Dans la majorité des cas , la tondante à grosse spore s'accompagne d’inoculations à la peau glabre. Ce sont de petites macules lenticulaires qui varient de 3 millimètres à 1 centimètre de diamètre, roses, très peu surélevées au-dessus de la peau , et dont la surface est marquée par un pointillé rouge plus foncé.

C’est la trichophytie accessoire des teigneux , si bien mise en. lumière par mon éminent maître, M. le D 1 ' Besnier.

Ces petits placards peuvent siéger en tous points. On les trouve surtout à la nuque où ils sont quelquefois multiples, souvent au niveau de la saillie de la septième vertèbre cervicale (proéminente), quelquefois à l’ourlet de l’oreille, à l’angle externe de l’œil, je l’ai vue au bout du nez, sur la joue, etc.

Je le répète, ces inoculations accessoires de la peau glabre ne sont pas constantes, mais elles sont fréquentes, et quand elles existent elles permettent d’affirmer que la tondante du cuir chevelu est une tondante trichophytique (à grosse spore).

A plus forte raison, si l’enfant porte sur lui soit aux partiesdécouvertes, soit sur le tronc une large circination parfaitement formée, de trichophytie, à plus forte raison, dis-je, sera-t-on en droit d’affirmer que sa tondante est due à un trichophyton (mégalosporon).

Et de même, si l’inoculation à la peau glabre, sans exister sur l’enfant lui-même, existe sur quelqu’un des siens.

En résumé : les tondantes à grosse spore ordinaires ont un certain nombre de points communs dans la physionomie d& leurs lésions.

C’est d’abord le peu d’importance et la fugacité du cercle trichophytique, qui précède la lésion pilaire.

Quand ce cercle a disparu, c’est l’intégrité de l’épiderme de la région où les cheveux sont envahis.

Quant au cheveu de la tondante à grosse spore, il est court, il est gros, il ne présente pas l’engainement pseudo-épidermique que montrent les tondantes à trichophyton ectothrix et surtout la tondante à petites spores.

Enfin, il suffit souvent, pour faire le diagnostic des tondantes trichophytiques, d’examiner le cou ou le visage de l’enfant, et quand on y trouve une plaque de trichophytie accessoire de la peau glabre, le diagnostic est certifié.

§11. —La tondante peladoide bénigne. —Trichophytie a grosse spore,

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