I. Examen clinique
Le début paraît extrêmement bref, parce que le cercle trichophytique qui précède l’envahissement parasitaire du cheveu est peu marqué et fugace. Entre sa disparition spontanée et la déglabration subite de la plaque il s’écoule un laps de temps de douze à quinze jours environ. Le plus souvent, tout ce premier stade de la maladie, le plus important, puisque c’est la période où la thérapeutique pourrait être active, passe complètement inaperçu, et le premier symptôme dont on s’avise, c’est la déglabration de la plaque malade.
Sur sa surface, les cheveux commencent à tomber en très grand nombre, isolément et un à un parmi les cheveux sains. Ils se cassent au ras de la peau, comme des arbres coupés au ras de terre et forment une alopécie disséminée en clairière. En quelques jours, leur chute dessine une plaque ordinairement énorme, irrégulière de contours, et dont la peau saine et lisse paraît criblée de points noirs. Elle garde sur sa surface un certain nombre de cheveux sains et entiers.
Cette plaque toujours grande, de 5 à 7 centimètres de diamètre ordinairement, n’est jamais tout à fait ronde ; le plus souvent elle n’a même aucune forme déterminée, parce que ses prolongements se poursuivent plus ou moins parmi les cheveux sains. Aucun cheveu cassé ne fait de saillie au-dessus de la peau. Ils se sont tous rompus au niveau même de l’orifice pilaire. Cependant, de-ci de-là, deux ou trois cheveux ont gardé leur longeur absolument normale. Ces cheveux sont respectés. Et ce détail frappe extraordinairement, quand il s’agit d’une fillette à cheveux longs.
Quant aux très nombreux points noirs, ils représentent les cheveux malades, qui se montrent aux orifices pilaires. Leur nombre fait ressembler la plaque à la peau d’un acnéique, couverte de comédons. Cet aspect est absolument spécial; quand on l’a remarqué une fois, on ne saurait le méconnaître.
Je nomme cette trichophytie peladoïde, parce qu’au premier coup d’œil elle rappelle extrêmement la pelade à cheveux fragiles (Besnier) dans laquelle les racines pilaires mortifiées, tuées sur place, sont demeurées dans leur follicule. Mais ici ces racines sont infiniment plus nombreuses. Leur aspect spécial demande une description.
Supposons que l’on sème des graines sous une lame de verre. Leurs germes se dirigeant vers la lumière, mais rencontrant un obstacle qu’ils ne peuvent traverser, se contournent en tous sens suivant le plan horizontal de la lame de verre qui les recouvre.
Eh bien, les points noirs de la tondante peladoïde se forment par le même mécanisme. L’épiderme de la plaque est lisse, légèrement vernissé; les points noirs qui sont les racines pilaires, loin de faire une saillie au-dessus de lui, sont inclus dans son épaisseur. Et en s’aidant d’un grossissement un peu fort, on peut voir que chacun est l’extrémité supérieure, aérienne, de la
racine, couchée ou incurvée dans l'épaisseur de la couche corme épidermique. Cette extrémité couchée horizontalement est rectiligne ou curviligne, le plus souvent elle ressemble à la boucle d’un point d’interrogation.
Parmi ces gros points noirs, il y en a de plus petits, qui sont un cheveu cassé que l’on voit seulement par la tranche. Telle est exactement la plaque alopécique delà tondante peladoïde.
La dimension et la forme de la plaque sont excessivement variables. J’ai vu fréquemment une seule plaque immense. J’ai vu aussi cent plaques minuscules sur la même tête, et dans ce cas les points d’attaque sont tellement petits et tellement multiples que le cuir chevelu semble atteint d’une alopécie généralisée en clairière. Chaque point malade montre de trois à dix cheveux cassés. Cette dernière forme est exceptionnelle et l’on peut dire que les inoculations secondaires au cuir chevelu sont peu nombreuses. Par contre, les inoculations à la peau glabre voisine sont presque de règle.
La marche de la maladie est assez rapide, depuis son début jusqu’à sa terminaison. La régression se fait progressivement des bords de la plaque vers son centre qui est le dernier point guéri; quelquefois la plaque en guérison garde deux ou trois petits centres distincts, isolés sur la plaque déjà guérie, ils comprennent encore chacun deux ou trois racines malades.
La régression s’annonce par la disparition des points noirs, par l 'éviction des racines malades, et à leur place le tégument semble un peu diminué d’épaisseur et comme atrophié. Peu à peu, les cheveux sains repoussent à la place des cheveux expulsés et la guérison définitive est obtenue. Elle survient entrois mois, en six mois. Je n’ai jamais vu la maladie dépasser une durée de dix mois, encore ce laps de temps est-il exceptionnel, quel que soit d’ailleurs le traitement suivi.
Cette teigne, que l’adulte et l’enfant peuvent contracter à la peau glabre, seulement, sous forme de trichophytie circinée, s’observe comme tondante ordinairement chez l’enfant, mais je l’ai observé chez l’adolesceut de douze, treize, quinze ans. — Deux fois je l’ai rencontré au cuir chevelu , dans le cheveu, chez l’adulte (dix-sept ans dans un cas, vingt-deux ans dans l’autre). Cette dernière malade, une jeune fille, a fait l’objet d’une présentation de M. le D r Thibierge à la Société de dermatologie, présentation accompagnée de préparations microscopiques et de cultures.