IV. Caractères des cultures
Inoculé en strie sur pomme de terre , le trichophyton à mycélium résistant se présente sous la forme d’une multitude infinie de toutes petites étoiles poudreuses d’un jaune brun léger. Chacune de ces étoiles pourrait être couverte par une fine tête d’épingle, elles font à peine de relief visible sur le milieu. La poudre d’un blanc jaune , blanc crème, qui les forme est plus fine à leur pourtour et fait autour d’elles comme des rayons.
Sur le trajet même de la strie, ces étoiles sont confluentes par places, mais latéralement à la strie, il y en a toujours des multitudes qui sont isolées.
Sur gélose au moût de bière au 1/2. La culture adulte se présente comme un soleil de poudre jaune. Sa couleur est exactement celle que l’on connaît sous le nom de jaune de Naples. Son centre forme ordinairement une élévation régulière comme un segment de sphère, recouverte en totalité de poudre jaune (fig. 72, 80).
Cette poudre compacte couvre autour du centre une aréole d’un centimètre environ. A son pourtour se forment de très nombreux rayons arborescents, partie noyés dans l’épaisseur du milieu, partie visibles en surface et marqués de poudre jaune.
Ces rayons prennent plus d’importance dans l’ensemble de la culture à mesure qu’elle vieillit (fig. 78, 80).
Sur gélose-peptone maltosée (formule du milieu d’épreuve) la culture est on ne peut plus caractéristique. C’est une cupule à fond plat de un centimètre de diamètre et dont les bords, hauts de 6 à 7 millimètres, sont verticaux en dedans, légèrement inclinés et talués en dehors (fig. 81, 83).
Ce large godet ou cratère est entouré d’une aréole poudreuse avec de fins rayons divergents à son pourtour.
La cupule se forme avant l’aréole, et on peut arrêter le développement de la culture avant sa formation (fig. 81).
La couleur de cette culture est d’un blanc crème, l’aréole du pourtour, en vieillissant, prend une teinte rousse un peu ocreuse.
| IV. — Les tondantes dues a des espèces rares de trichophyton (mégalosporon) endothrix.
Les deux espèces trichophytiques dont je viens de parler font à elles seules 72 0/0 des tondantes à grosse spore qui s’offrent à l’observation.
A la vérité, chacun de ces deux types présente quelques variétés. On trouve des cas dont les cultures, bien que se rapportant manifestement à l’un ou à l’autre des deux types précédents, présentent et gardent héréditairement, d’une façon qui semble indélébile, quelque signe secondaire particulier, dans leur formé, leur couleur, etc. Ces différences sont le plus souvent si minimes qu’elles ne permettent réellement pas, malgré leur persistance héréditaire, de croire à autre chose qu’à une race différenciée d’un même type familial 1 .
Mais de temps à autre, à des intervalles éloignés, on trouve des tondantes, causées par . des parasites mycéliens sporulés, endothrix, très proches au point de vue botanique des deux espèces qui précédent et dont la culture, cependant, diffère si notablement de celle des deux types endothrix vulgaires, qu’il est impossible de les confondre avec eux (fig. 98, 99, 100).
L’origine de ces cas reste pour moi un problème. Aucune des espèces trichophytiques que j’ai observées, n’ayant jamais varié dans ses caractères de culture sur un même milieu ; chaque type, quel qu’il soit s’étant toujours présenté à moi comme fixé ; la perpétuité de ces espèces dont les cas de contagion sont si rares demeure inexpliquée.
Et cependant la différence spécifique de ces parasites m’est prouvée non seulement parleur culture spéciale, non seulement par l’examen microscopique du parasite, comme je l’ai dit, mais aussi par la clinique. Car ce sont deux de ces parasites — endothrix spéciaux — qui ont fourni chacun, une des deux plus graves
1. La culture de ces variétés, portée sur tous les milieux, ne peut jamais être prise pour intermédiaire entre celles des deux types endothrix vulgaires, intermédiaire aux cultures cratériformes et acuminées, elle se rapporte toujours soit à l’un, soit à l’autre de ces deux types. Il faut d'autant plus mentionner l’existence de ces races spéciales qu’on ne rencontre jamais de ces cultures différentes entre elles dans une épidémie, si nombreuse qu’elle soit. Dans ce cas, au contraire, toutes les cultures sont pleinement identiques et demeurent héréditairement semblables.
LES TLUCH0PI1YTIES HUMAINES
tondantes à grosse spore que j’ai observées. La duree de 1 une a été de dix-huit mois, l’autre de deux ans, durée que les tondantes dues aux tricliophytons endothrix vulgaires n’ont jamais atteinte d’après mes observations.
Il y a donc, à côté des deux types tricbophytiques des tondantes à grosse spore commune, un nombre restreint d’espèces endothrix différentes que l’on rencontre à des intervalles très éloignés.
J’en ai isolé deux espèces, — l’une sur deux frères, — identique sur les deux contaminés, l'autre exemplaire resté unique.
J'ai dit que je croyais les trichophytons endothrix d’origine humaine, peut-être y a-t-il à cette règle des exceptions. Ce serait l’hypothèse la plus plausible pour expliquerlarareté de ces parasites sur l’homme, rareté égale à celle de certains trichophytons animaux.
Quoiqu’il en soit, ces faits sont tellement rares encore, qu’ils ne donnent d’éléments suffisants ni à leur étude clinique différentielle, ni à l’étude de leur origine.
Leur rareté les réduit au point de vue médical à des curiosités pathologiques et enlève ainsi à leur étude la plus grande partie de son intérêt.
| Y. — Les tondantes d’origine animale. — Triciiophyton
MÉGALOSPORON ECTOTHRIX.
Les tondantes d’origine animale sont rares, mais l’espèce trichophytique qui les cause peut être très différente, c’est dire que leur aspect clinique peut varier, et que, par conséquent, on n’en peut pas faire une description unique.
Toutes les fois qu’une tondante se présente avec un ou plusieurs caractères cliniques anormaux, on doit penser à une tondante d’origine animale.
Ces caractères anormaux sont nombreux, mais le premier comme importance est l’existence à la surface de la plaque, d une surproduction quelconque. Toute trichophylie tondante s’accompagnant spontanément d’une folliculite même légère, de suppuration quelconque, d’épidermite, d’impetigo surajouté, à plus forte raison de prolifération papillaire et de kerion, est le résultat d’une inoculation de teigne animale.
En outre je dirais volontiers la même chose, sans l’affirmer encore toutefois, caries cas en sont rares, pour les trichophyties pilaires qui s’accompagnent d’une trichophytie circinée épidermique, de même siège : trichophytie circinée vésiculeuse, squameuse ou croûteuse nettement visible même à distance 1 .
En dehors de ces éléments surajoutés au tableau ordinaire de la tondante, quand une trichophytie des cheveux forme des plaques immenses, ordinairement un peu roses et irritées, avec un ou plusieurs cercles trichophytiques concomitants d’autre siège, la même idée doit rester présente à l’esprit du médecin.
En tous cas, quels que soient les caractères objectifs de la plaque trichophytique, l’examen microscopique certifiera ou infirmera cette hypothèse.
Si le parasite à grosse spore en chaîne mycélienne est tout entier contenu dans le cheveu, c’est une des trichophyties étudiées plus haut. Inversement, si le parasite à grosse spore forme une gaine au cheveu entre sa racine et son étui épidermique folliculaire, il s’agit certainement d’une espèce trichophytique animale et la culture ne sera plus celle des tondantes à grosse spore vulgaires.
Les espèces trichophytiques animales que l’on rencontre avec le moins de rareté sous la forme delà tondante appartiennent au groupe des trichophytons à culture blanche. C’est ordinairement l’espèce équine que nous avons étudiée plus haut; elle se traduit par le kérion. Ce peut être aussi le trichophyton du chat (un cas) dont nous avons décrit la lésion spéciale. Enfin, j’ai retrouvé une fois aussi au cuir chevelu une espèce très fréquente comme trichophyton de la barbe, que nous étudierons plus loin.
Toutes ces tondantes, dues aux trichophytons ectothrix sont d’une remarquable bénignité, et leur évolution est complète en quelques semaines. Je ne les ai pas vues durer plus de trois mois.
i. Nous avons dit que le cercle épidermique des trichophytons endothrix au cuir chevelu était à peine visible et très fugace.