LES TRICHOPHYTIES DE LA BARBE
A. Considérations générales. Trichophyties épidermiques et trichophyties pilaires. Les trois trichophyties pilaires de la barbe.
De prime abord, le polymorphisme clinique des trichophyties de la barbe semble se prêter difficilement à une catégorisation des faits. Mais ce polymorphisme est plus apparent que réel, si l’on veut bien distraire d’emblée tous les cas de trichophytie circinée exclusivement épidermiques, des trichophyties pilaires de même siège.
Il y a, en effet, des trichophyties circinées tégumentaires qui surviennent sur les régions pilaires des joues et du menton, mais qui n’envahissent pas le poil, qui ne l’envahissent jamais.
Ce sont là des cas qui, en dépit de leur localisation aux régions pilaires, ne sont en réalité que des trichophyties proprement épidermiques. Leur nature est jugée par le traitement. Deux applications de teinture d'iode ont raison du processus trichophytique qui est resté constamment superficiel, quelle qu’ait été d’ailleurs sa durée.
Parlant des trichophyties de la barbe, je ne puis passer celles-ci sous silence, vu leur siège. Cependant, je les éliminerai tout d’abord, parce que, malgré ce siège, ce sont des trichophyties épidermiques banales.
J’userai, pour appuyer mon dire, d’une comparaison prise dans le sujet même qui m’occupe. J’ai vu et tous les dermatologistes ont vu des cercles trichophytiques occupant la région sourcillière. Cependant je ne crois pas qu’on ait décrit de trichophytie pilaire du sourcil. En tous cas, je n’en ai jamais rencontré. Eh bien, dans les deux cas, dans les trichophyties épidermiques du menton et des joues, comme dans les trichophytons épidermiques de la région sourcilière, il s’agit de trichophytie circinée
« des régions glabres », ayant accidentellement pour siège une région pilaire.
La culture vient vérifier ce que j’avance, et au sourcil, comme dans la barbe, on obtient dans ces cas l’une ou l’autre des espèces, proprement humaines (endothrix).
Il est donc logique, et je dirai même nécessaire, de rayer des trichophyties de la barbe, les trichophyties exclusivement épidermiques occupant ce siège. Et, pour mieux définir ce que je prétends étudier : J’appelle trichophyties de la barbe celles qui ont pour siège, non seulement les éléments épidermiques, mais encore le poil adulte de la région.
Or, toutes les fois qu’ayant ensemencé la racine des poils de la barbe trichophytique j’ai obtenu une culture trichophytique, jamais il ne s’est agi d’une espèce de l’un ou de l’autre des deux groupes que j’ai appelés trichophytons humains, et pour lesquels je ne suis en droit de soupçonner aucune origine animale.
Toutes les fois, au contraire, qu’il s’est agi de trichophytie seulement épidermique de la barbe, c’était une espèce d’origine humaine qui causait la maladie.
Inversement, toutes les fois qu’un poil adulte de barbe m’a donné une culture trichophytique, c’était celle de l’un des trichophytons spéciaux dont l’origine animale m’est démontrée (quinze cas) ou (dans trois cas) extrêmement probable.
Les trichophyties pilaires de la barbe peuvent être rangées en trois catégories cliniques :
1° Il y a les trichophyties à dermite profonde et circinée, le sycosis circiné ;
2° Il y a les trichophyties à dermite légère et humide, et disséminée ;
3° Enfin il y a les trichophyties sèches, en apparence presque exclusivement pilaires, où la dermite ne se traduit que par une saillie acuminée du follicule, analogue à celle de l’ichthyose pilaire.
Telles sont les trois modalités cliniques qu’ont affectées les trichophyties pilaires de la barbe que j’ai observées. A chacune correspond un trichophyton particulier :
1° Au sycosis circiné, le trichophyton pyogène du cheval — à cultures blanches - que nous connaissons déjà ;
2° A la trichophytie à dermite humide et disséminée, un trichophyton spécial à culture jaune, craquelée, vermiculaire;
LES TRICHOPIIYTIES HUMAINES
3° Aux trichophyties sèches à forme d’ichlhyose pilaire un trichophylon à culture rose.
J’ai prouvé, par la culture directe du cheval, l’origine équine du premier.
C’est aussi sur le cheval que j’ai vu et suivi le second, dans une épidémie considérable de chevaux d’armée (Orléans).
Le troisième me paraît d’origine aviaire, car deux fois, d’importants commémoratifs sont venus appuyer cette présomption. Je dois dire cependant que je n’ai pas, pour ce groupe, la •certitude absolue que donne une culture faite en parlant de l’animal même que le malade incrimine.
Les dix-huit cas de trichophytie pilaire de la barbe que j’ai nbservés et cultivés m’ont fourni :
Onze fois le trichophyton à cultures blanches ;
Quatre fois la seconde espèce à culture jaune, craquelée, verra iculaire ;
Trois fois l’espèce à cultures roses.
Vérifiant la culture, l’examen microscopique du poil malade montrera invariablement, dans les trichophyties de la barbe, un trichophyton ectolhrix « formant une couche végétale, entre la gaine du poil et le poil lui-même, de telle sorte que le poil est enfoncé dans une gaine exclusivement formée de cryptogames, ■comme un doigt dans un gant » *.
Faut-il ajouter que cette observation, — qui est constante, — •qui avait empêché avec raison Gruby d’identifier la mentagre et la tondante se trouve aujourd’hui justifiée par la différence d’origine des deux maladies : origine humaine pour l’une, origine animale pour l’autre.
B. Le sycosis de la barbe. — Trichophyton ectothrix pyogène ,
— à culture blanche, — du cheval.
Il n’est pas de dermatologiste en qui le nom de sycosis n’évoque toute la symptomatologie de l’affection à laquelle il a ■été appliqué. Et bien que, par une déviation du sens étymologique, ce nom ait pu être donné sans distinction par quelques -auteurs à toutes les formes de trichophytie de la barbe, ce qui est regrettable, pour la très grande majorité des dermatologistes, ■ce mot désigne encore, comme à l’origine, les seules trichophyties