‹ Les trichophyties humainesChapitre 50 sur 59 · II. — Étude microscopique · texte numérisé non relu

II. — Étude microscopique

Qu on imagine une baguette enduite de colle et saupoudrée de sable fin, tel est au microscope l’aspect du cheveu atteint par 1 emicrosporum Audouini.

Ce qui, à l’œil nu, apparaît comme un étui blanchâtre autour

1. Nous ne revenons pas sur la collerette basale qu’offrent les cheveux des tondantes trichophytiques d’origine animale.

LA TEIGNE A PETITES SPORES

du cheveu, n’est pas, comme il semblerait, un fourreau de cel Iules épidermiques, c’est un tissu ou un feutre, uniquement composé des éléments agglomérés du parasite.

Si l'on examine un cheveu malade, après l’avoir dégraissé dans l’éther et lavé à l’alcool, puis éclairci par une essence, sa surface paraîtra couverte en totalité d’une innombrable quantité de petites sporules rondes, toutes égales, toutes contiguës, dont la réunion ne dessine aucun filament régulier, mais qui sont au contraire irrégulièrement juxtaposées comme les cailloux d’une mosaïque. Et cette comparaison paraîtra plus juste quand on examinera le cheveu à un plus fort grossissement. Car alors chaque spore apparaîtra entourée d’un mince espace clair. Ainsi préparé, un cheveu montre des spores de 2 g environ, à peine plus grosses qu’un staphylocoque.

Si l’on veut prendre une connaissance morphologique plus complète du parasite, on traitera le cheveu par une dissolution aqueuse de potasse à 10 0/0. On recouvrira la préparation ainsi faite d’une lamelle, et on chauffera presque jusqu’à ébullition. La préparation extemporanée ainsi obtenue donnera de très utiles renseignements :

1° Sur l’habitat et la disposition générale du parasite;

2° Sur la morphologie propre de chaque élément parasitaire;

3° Sur les rapports de ces éléments entre eux.

I. Habitat et disposition du parasite par rapport au cheveu. — A un assez fort grossissement (Obj. 7, Ocul. 3, Leitz) on verra que la vis micrométrique peut établir dans le cheveu trois plans superposés.

Le premier (plan supérieur) est uniquement composé des sporules juxtaposées que nous connaissons. — Disposées sur une couche, elles ne forment pas d’amas superposés et elles ne laissent point non plus entre elles d’espace libre. Et cette juxtaposition ne montre aucune série linéaire de spores , aucun filament mycélien sporulé. C’est une couche uniforme de spores égales, disposées sans ordre (fig. 152).

Au premier abord. Gomme le cheveu situé au-dessous de cette couche de spores projette sur elle son ombre régulière, on pourrait croire les spores situées à la fois dans le cheveu et autour de lui. C’est l’erreur que j’avais faite dans ma première description *.

i. Pour ceux qui pourraient douter de l’identité de notre ancien trichophyton microsporon et du microsporum Audouïni de Gruby, il n’est pas inutile d ajouter

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Mais en abaissant peu à peu la vis, on arrivera au deuxième plan (plan moyen), qui est au niveau du cheveu lui-même; et la substance même du cheveu semblera alors complètement intacte. Sa cuticule seulement et ses bords sont érodés. Alors la gaine parasitaire ne s’apercevra plus que sur les bords du cheveu et « par sa tranche » (fig. 1S3).

Enfin, si l’on abaisse encore l’objectif, on retrouvera (plan inférieur), derrière le cheveu, la môme gaine que l’on observait au devant de lui. Mais ses détails seront moins précis parce que l’œil ne pourra la voir qu’au travers du cheveu interposé.

L’ensemble de ces constatations établit d’une façon certaine la disposition du parasite. Ses spores forment une gaine continue autour du cheveu, et ne le pénètrent pas dans sa substance.

Tous les cheveux de la même tête présenteront le même tableau, la même spore et la même disposition des spores autour d’eux.

Sans doute, suivant le degré d’action de la solution potassique, certains détails paraîtront plus ou moins nettement. Si le cheveu est trop peu éclairci et dissous, l’action de la potasse ayant été insuffisante, le détail morphologique du parasite apparaîtra moins précis. Si, au contraire, le cheveu a été dissocié, la gaine et le cheveu étant morcelés, l’habitat du parasite sera moins facile à reconnaître.

Mais avec un peu d'habitude de ces manipulations, on parviendra à faire une préparation extemporanée parfaitement probante. Et l’aspect du cheveu parasité sera celui que je viens de dire.

Il reste un point important à établir dans la disposition générale du parasite autour du cheveu : c’est la direction de sa croissance. Se dirige-t-il indifféremment de bas en haut ou dé haut en bas, ou sa croissance se produit-elle au contraire suivant une direction déterminée?

La question semble difficile à résoudre, puisque les spores du parasite, toutes égales et semblables, n’indiquent nullement par leur forme leur mode de propagation.

Cependant cette démonstration est facile. Il faut chercher sur les bords d’une plaque en activité un cheveu engainé dans

que je n’ai redressé cette erreur, que Gruby n’avait pas faite, qu’aprèsla connaissaace et la lecture du texte de cet auteur, comparé à lexatneu de mes propres préparations.

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sa partie aérienne, et que l’épilation cependant extirpera en totalité, avec son bulbe pilaire. Qu’on porte un tel cheveu sous le microscope, on verra que la gaine parasitaire est d’une épaisseur parfaitement égale dans toute la portion aérienne du cheveu, tandis que dans sa partie radiculaire elle s’amincit progressivement. A 1 ou 2 millimètres de l’orifice pilaire, cette gaine, jusque-là complète et sans interstices, ne montrera plus, sur la racine pilaire, que des îlots de spores, îlots séparés par de larges intervalles. Et plus bas, la racine tout à fait normale ne montrera plus aucune spore.

Ainsi, la croissance du microsporum Audouïni s’effectue de haut en bas, de la portion aérienne du cheveu vers sa partie radiculaire, et la racine est la dernière partie intacte du cheveu 1 .

Ce point de la physiologie du parasite est, comme nous le verrons, d’une importance capitale dans la différenciation de la mycose que j’étudie et des mycoses déjà connues et décrites : favus et trichophytie.

II. La spore et le mycélium du microsporum Audouïni. — Examinons maintenant, non plus la disposition du parasite par rapport au cheveu, mais la morphologie propre de l’élément parasitaire.

J’ai dit que le cheveu, traité d’abord par l’alcool, ne montrait que de très fines spores de 2 [/., séparées les unes des autres par un très mince espace clair. Quand on traite, au contraire, le cheveu par la solution aqueuse de potasse, les éléments parasitaires, au même grossissement, semblent avoir augmenté de volume (3 p.), et, en particulier, l’espace intersporulaire semble plus large. Il est certain, en effet, que l’action du liquide a pour résultat de gonfler la cellule cryptogamique, et ce détail avait été parfaitement vu par Gruby.

Si l’on a poussé un peu loin le chauffage du cheveu dans la solution potassique, en appuyant légèrement le doigt sur la lamelle couvre-objet, on dilacèrera le cheveu. Qu’on cherche

4. Nous avons dit que si l’on épile une région atteinte par le microsporum Audouïni, les cheveux, quand ils repoussent sous un pansement protecteur (coton iodé et calotte de caoutchouc), reprennent leur gaine parasitaire aérienne. Dans un cas semblable, la gaine parasitaire, constituée dans le follicule pilaire, a forcément dû accompagner le cheveu dans sa croissance, et de bas en haut, mais ceci n’infirme en rien ce que nous venons de dire, quant à la direction propre du parasite. Le cheveu, en repoussant, entraîne mécaniquement avec lui la gaine parasitaire qui lui est adhérente, mais ceci ne prouve aucunement que la croissance du parasite ne s’effectue pas en sens inverse de la croissance du cheveu.

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ensuite dans une telle préparation, on trouvera presque sûre ment un point où la gaine parasitaire se sera détachée du cheveu, et, comme un pan de manteau flottant, ne lui sera plus rattachée que par un bord. Le mince voile constitué par le parasite se trouvera ainsi en pleine lumière, et la morphologie de ses éléments deviendra parfaitement nette 1 (fïg. 154). Alors on observera que chaque spore est constituée de deux parties, une masse ovalaire centrale un peu obscure, et une enveloppe hyaline assez épaisse, parfaitement claire et transparente, limitée par un bord à peine visible, sans double contour. Ces détails apparaîtront mieux encore si l’on a fait glisser sous la lamelle une goutte d’eau éosinée au A, parce que la spore végétale se colorera légèrement plus que le milieu ambiant.

Faut-il considérer la cellule ainsi constituée comme présentant un noyau central, entouré d’un prôtoplasma moins condensé, — cellule qui ne présenterait pas d’enveloppe? Ou, au contraire, faut-il considérer comme une enveloppe cette partie périphérique de la cellule, — enveloppe épaisse, transparente et hyaline, entourant le protoplasma cellulaire central?

Évidemment, c’est cette seconde opinion qu’il faut admettre, car le chauffage dans la solution potassique ne détruit pas cette partie périphérique, ce qui doit être, si cette enveloppe, au point de vue histo-chimique, est proche des celluloses, tandis qu’il devrait l’altérer si c’était un protoplasma sans enveloppe

Quoi qu’il en soit, la cellule ainsi formée est régulière et ovale, la partie centrale et la partie périphérique ont des contours très exactement parallèles.

Chacune des spores de la gaine, en raison de cette forme ronde ou ovale, donne à toutes les spores qui l’entourent un point de tangence presque égal. Il s’ensuit que, même en supposant que ces cellules naissent bout à bout, comme des cellules mycéliennes, leur forme rend leur série linéaire indistincte. Elles paraissent donc toutes juxtaposées comme le seraient des lentilles serrées en mince couche sur un papier, sans qu’on puisse distinguer, entre ces cellules, aucune agrégation en filaments.

Et en ce qui concerne l’épaisseur de la gaine qu’elles forment, quand on examine le cheveu, en mettant exactement au point l’axe même du cheveu, et qu’on observe alors la gaine parasi-

1. Cet examen doit être pratiqué avec un éclairage artificiel intense, — et un diaphragme extrêmement étroit. Obj. immersion 1/12.

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taire par la tranche, cette épaisseur semble de 15 ou 20 [x (fig. 155). C’est là encore une erreur d’optique.

Quand un fragment de cette gaine est détaché du cheveu, (fîg. 154) et renversé hors de lui, on peut observer qu’elle est constituée par une couche très mince de spores. Si elle semble épaisse quand on la regarde par la tranche, c’est qu’on en voit en réalité une coupe biaise, et il suffit, pour le prouver, d’observer que toutes ses parties ne sont pas au point en même temps.

Ces spores forment-elles la totalité du parasite? Ne présentet-il pas une autre forme, une forme mycélienne, par exemple?

Grüby, dans sa description du microsporum Audouïni, décrit le parasite comme formé de tiges , de branches et de sporules. Cette description est vraie, parfaite en soi, et je viens, il y a peu de jours, de la contrôler de tous points. Le seul tort de Grüby, tort qui a bien nui à sa découverte, fut de mettre également en valeur dans sa description, si prodigieusement exacte : d’une part, la gaîne de spores, qui apparaît au premier coup d’œil dans un examen extemporané, même grossièrement pratiqué ; et, d’autre part, des tigelles mycéliennes si grêles qu’une technique extrêmement fine et délicate permet seule de les mettre en lumière.

Toute la description qui va suivre n’est plus applicable à un examen extemporané. L’examen extemporané, tel qu’il peut être pratiqué d’ordinaire, ne montre pas ce que nous allons décrire. Pour voir les tiges du microsporum Audouini, voici la technique que je recommanderai.

Il faut choisir un cheveu de tondante à petites spores, en voie de guérison. Sur les bords d’une plaque, on pourra extirper le cheveu entier, avec son bulbe pilaire, en opérant par un traction lente et progressive.

On place le cheveu dans une goutte de la solution de potasse, à 40 0/0, onle recouvre d’une lamelle, puis on désagrège sa gaine de spores, en frottant légèrement la lamelle contre la lame, sans écraser le cheveu, et cela pendant assez longtemps pour que le liquide compris entre les deux feuilles de verre prenne une teinte opaline autour du cheveu, ce qui annoncera la désagrégation des spores périphériques.

On enlève alors le cheveu, ce qui se fait sans difficulté, car il doit avoir gardé sa consistance relative. On le porte dans une autre goutte de la solution de potasse, sur une nouvelle lame.

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Si on examine de suite et sans chauffer la préparation, on observera que le cheveu, débarrassé de la majeure partie de ses spores, montre une surface rappelant l’écorce régulièrement craquelée de certains arbres, celle de l’ormeau, par exemple, dont les parties saillantes forment des losanges très allongés.

Qu’on chauffe alors la lame avec précaution, sans aller jusqu’à l’ébullition, mais assez pour qu’on puisse écraser le cheveu par une légère pression sur la lamelle.

Si, alors, on examine la préparation avec un objectif n° 9 (Leitz), ou mieux avec un objectif à immersion 1/12, on observera que ce cheveu, qui semblait si intact quand il était entier, est rempli de tigelles d’une extrême ténuité. Les plus grosses, qui sont les plus rares, ont le diamètre des spores à peine (2 g), les plus fines sont aussi ténues que les rameaux de V Actinomyces en ■culture. C’est dire qu’elles ont à peine un millième de millimètre de diamètre.

Sur les plus grosses tiges, qui occupent la partie centrale du cheveu, on voit nettement les septa mycéliens, distants de 15 à 18 [/. environ, et aussi la paroi de ce tube mycélien, paroi marquée par un bord mince très légèrement ombré.

Quant aux tigelles les plus minuscules, disposées sur les précédentes aussi irrégulièrement que les brindilles d’une branche d.’arbre, elles sont tellement fines que leur enveloppe cellulosique n’est plus visible. Les septa semblent aussi ne plus exister sur elles.

A propos de ces détails morphologiques, je dois insister encore sur trois points, et je le ferai d’autant plus explicitement que mes préparations trop récentes ne pourront pas être reproduites photographiquement, pour appuyer mes affirmations de preuves sans réplique :

1° Dans l’examen extemporané du cheveu, on ne verra que la gaine de microspores formant au cheveu un étui ;

2° Si l’on ne parvient pas d’abord à décortiquer le cheveu de cette gaine, ou n’obtiendra pas, quoi qu’on fasse, une préparation montrant les tiges mycéliennes du microsporum Audouini dans le cheveu;

3° Dans un cheveu, débarrassé de sa gaîne de spores, mais non écrasé, on ne verra pas trace des tiges mycéliennes, bien que Von puisse croire, tant le cheveu est devenu diaphane, que l'œil m perçoit jusqu’au moindre détail, et que la substance du

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cheveu est intacte. C’est, seulement, en écrasant ce cheveu débarrassé de spores, que l’on pourra observer ce que je viens de décrire « après Grüby ».

J’insisterai enfin sur un dernier détail qui à lui seul explique bien des erreurs... C’est que l’examen dans l’eau ou dans la solution de potasse, ou dans l’acide formique, montre ces détails avec la dernière évidence, alors que toutes les préparations montées dans la glycérine ne les montrent pas. C’est que l’indice de réfraction de ces tiges mycéliennes et celui du milieu glycériné sont si proches que les tiges y disparaissent presque complètement.

Je ne puis m’empêcher, une fois de plus, après avoir constaté ces détails morphologiques d’une si extrême finesse, d’exprimer mon admiration pour l’observateur d’il y a cinquante ans, qui, avec les instruments d’alors, a pu les décrire. Et je dois déclarer en toute simplicité, que si son texte ne m’avait pas conduit à les chercher en modifiant mes techniques, je ne les aurais vraisemblablement point vus. Peut-être même, après tant d’autres, les aurais-je niés!

B) Examen microscopique différentiel . — Telle est, dans son détail, la description du cheveu atteint de microsporum Audouini. Il est facile, même en passant sous silence tout ce qui dans cette description est un peu difficile à contrôler, de dire en quoi ses caractères le différencient des parasites trichophytiques d’origine humaine et animale.

Parlons d’abord des trichophytons (mégalosporon) les plus fréquents dans les tondantes, les trichophytons endothrix. Ils sont constitués par des cellules sporulées beaucoup plus grosses, de 5-6 p., de diamètre , toujours agminées en files régulières, en filaments mycéliens toujours distincts. De plus, tous ces filaments sporulés sont contenus dans l’épaisseur même du cheveu. Enfin, les filaments trichophytiques croissent dans la direction même du cheveu, c’est-à-dire de bas en haut, comme le prouve la direction des bifurcations mycéliennes.

Ainsi donc, entre le microsporum Audouini et le trichophyton endothrix il n’y a que des différences, différences nombreuses et radicales :

1° Différence de dimension de la spore, l’une n’ayant que 2-3 y., et Tautre S-7 ^ de diamètre;

2° Différence de situation ou d’habitat, puisque les spores du

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microsporum Audouïni sont situées autour du cheveu, et celles du tncliophyton dans le cheveu lui-même;

3° Différence d’agmination des spores, celles du microspo rum Audouïni paraissant distribuées l’une près de l’autre, sans agmination en files; celles du trichophyton, toujours placées bout à bout et constituant des filaments ou chapelets;

4° Enfin il y a différence dans la direction même que suivent les deux parasites, le microsporum se dirigeant de la tige du cheveu vers sa racine, de haut en bas, et le trichophyton se développant dans la direction même du cheveu, de bas en haut.

En somme, les deux parasites diffèrent si totalement l’un de l’autre, dans leur ensemble et dans leur détail, que la confusion faite entre eux pendant si longtemps, et j’ajouterai, surtout après la différenciation si explicite de Grüby, demeure réellement invraisemblable 1 .

La différenciation du microsporum Audouïni et des trichophytons extothrix se présente assez rarement puisque ces derniers causent rarement une tondante. Cette différenciation est du reste aussi facile que la précédente, bien que l’habitat des deux parasites, le revêtement qu’ils forment l’un comme l’autre au cheveu puissent au premier abord paraître identiques.

Mais la grosseur de la spore et surtout la présence despores en files et en chapelets réguliers, ce grand caractère commun des trichophytons, assurera sans peine le diagnostic.

Et j’appuierai d’autant plus sur ce caractère de la disposition des spores en files régulières et parallèles que — nous l’avons vu —certaines espèces ectothrix pyogènes ont une spore mycélienne relativement petite, 4-5 p., et que dans ce cas la présence du filament sporulé est le caractère différentiel pathognomonique.

IIL — Cultures.

La culture du microsporum Audouïni est facile sur tou s milieux usuels de laboratoire. Cependant certains de ces milieux sont préférables, soit au point de vue mycologique, parce qu’ils four-

<c Les cryptogames qui constituent la teigne tondante (trichophyton mégalosporori) diffèrent tellement de ceux qui constituent la phyto-alopécie microsporum Audouïni), qu’il est impossible de confondre ces deux maladies. Leur siège même, leur développement et le rapport qu’ils offrent avec le tissu des cheveux diffèrent également... » (Grüby, loc. citât.)

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nissent une culture de caractères particulièrement tranchés, soit au point de vue taxonomique, parce qu’ils permettent au végétal de développer plus complètement ses organes de reproduction.

a) Technique. — On pratique ces cultures de la façon suivante: un cheveu malade est épilé et déposé sur une lame de verre flambée. Avec une aiguille coupante, on sépare, de la portion aérienne du cheveu, sa portion radiculaire qui est sectionnée à nouveau, en autant de tronçons que possible.

Chacune de ces parcelles est portée avec la baguette de platine, sur le milieu nutritif. Parmi les cultures pratiquées ainsi, et sans plus de précautions, la grande majorité sera pure d’emblée de toute association bactérienne et aussi de toute association cryptogamique (fig. 186).

p) Culture spécifique sur pomme de terre. — La culture la plus caractéristique que l’on puisse obtenir du microsporum Audouïni est la culture en strie sur pomme de terre. En sept ou huit jours, la strie est devenue une traînée grise, puis d’un brun rougeâtre rappelant une traînée de sang qui aurait pénétré le milieu par imbibition, sans faire aucun relief à sa surface. Au bout de dix ou douze jours, sur cette strie commence à paraître un duvet rare et court qui s’épaissit par places en petits bouquets. Sur ce milieu la végétation de ce cryptogame est pauvre.

Cependant j’insiste sur la grande valeur de ces cultures et voici pourquoi : c’est que, sur le même milieu, le favus produit une culture saillante et tourmentée, de surface contournée cérébriforme, d’une consistance rappelant celle de la pâte de carton; le trichophyton endothrix une mince couche plate poudreuse et jaune; le trichophyton eclothrix de même une mince couche plate, poudreuse et blanche.

La différenciation de ces parasites sur ce milieu nutritif ne laisse donc rien à désirer; les caractères objectits constants de leur culture y suffisent. Mais, en outre, il y a, entre les trichophytons et le microsporum Audouïni sur ce milieu, une différence d’ordre physiologique d’une bien autre importance.

Sachant que le trichophyton ne peut plus être considéré comme un parasite d’espèce unique, sachant qu’il faut comprendre sous ce nom une véritable famille d’espèces très multiples, on pourrait être tenté, malgré les nombreuses dissemblances déjà notées entre les trichophytons (mégalosporon ) et le microsporum Audouïni , d’en faire deux individus distincts d’une même famille.

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Or, tous les trichophytons connus, quelle que soit leur espèce et leur groupe, endo ou ectothrix, quelle que soit l’origine de leur semence : cheveu, ongle, poil ou squame, ou encore que cette semence soit extraite d’une culture; tous ces trichophytons, dis-je, donneront sur pomme de terre une culture qui mourra au bout de dix-huit jours, de vingt jours au maximum après son ensemencement. C’est là, nous l’avons dit, une règle absolue et qui ne souffre aucune exception.

Pendant ce temps, la culture du microsporum Audouini végétera lentement et faiblement à la vérité, mais pendant un temps bien plus long.

Après deux, trois mois, la semence prise sera toujours vivante. Et ce fait est constant, comme le fait inverse de la mort des trichophytons, en trois semaines sur le même milieu.

Il ÿ a là, entre ces deux ordres de parasites, une différence d’autant plus saisissante, que, sur tous autres milieux, la vie active des trichophytons persiste pendant des mois. Sur pomme de terre, seulement, leur durée de vie est aussi brève, et sur ce milieu seulement aussi, leur mort arrive à une époque fixe et certaine d’avance.

y) Cultures sur moût de bière gélose. — Sur tous milieux d’ailleurs, les cultures du trichophyton (mégalosporon ) et du microsporum Audouini sont distinctes, mais les milieux peu azotés et fortement sucrés sont de beaucoup ceux qui montrent cette différenciation avec le plus d’évidence. Sous ce rapport, le milieu le plus simple et le plus usuel, qui se trouve un des meilleurs, est le moût de bière

La semence du microsporum Audouini, déposée sur le moût de bière gélosé, au bout de trois ou quatre jours, pénètre dans le milieu et y forme une touffe de mycéliums radiés, qui, vus par transparence, rappellent dans l’épaisseur du milieu l’aspect soyeux de la graine du peuplier. Quelques jours après, au centre delà colonie, émerge une touffe de rameaux aériens duveteux; et ce bouquet central demeurera permanent. Puis, après un temps, un premier cercle duveteux apparaîtra, laissant entre lui et le centre de la culture un cercle glabre (fig. 137, 138, 139). Puis un deuxième et un troisième cercles semblables se formeront. Lorsqu’on laisse les cultures vieillir, leurs cercles glabres intermédiaires deviennent un peu duveteux à leur tour. Enfin, après plusieurs mois, ce duvet toujours permanent perdra de sa

LA TEIGNE A PETI1ES SPORES

blancheur absolue, deviendra d’un blanc moins pur. Tels sont les, caractères spéciaux, et je dirai : spécifiques, des cultures du microsporum Audouini.

Yeut-on de leur spécificité une preuve nouvelle, qu’on porte leur semence sur une gélose maltosée suivant la formule de notre milieu d’épreuve, et la culture se présentera comme un tapis duveteux, amiantacé, qui ne rappelle en rien l’aspect arborescent de la périphérie des cultures trichophytiques (fig. 160, 161, 162.. 163, 164, 165).

IY. — Mycologie.

Portons maintenant ces semences sous une lamelle, dans une goutte de moût de bière ou de bouillon :

a) Développement de la culture , mycélium. — Les spores-mères pousseront d’abord une série d’articles courts, fort semblables à elle-même, puis c’est de cette série de cellules rondes ou ovoïdes que partent les rameaux mycéliens vrais (fig. 168).

Dès les premiers jours, on peut apercevoir les différences majeures entre le port et la forme du mycélium trichophytique et de celui du microsporum Audouini.

D’abord le trichophy ton donne lieu à des rameaux mycéliens extrêmement touffus, abondants et comme feutrés (fig. 133) ; le microsporum Audouini, au contraire, a des filaments espacés qui ne forment jamais à l’œil un obstacle impénétrable.

En second lieu, les filaments mycéliens du trichophyton sont réguliers, d’un diamètre sensiblement égal (environ 3-4 jx). — Les cellules mycéliennes du microsporum Audouini sont au contraire toutes renflées en massue à une de leurs extrémités, en sorte nue le mycélium de la culture apparaît comme moniliforme (fig. 169).

On objectera, je sais, qu’on ne peut attribuer au mycélium une grande valeur dans une différenciation d’espèces en mycologie. Cependant, une particularité aussi spéciale et aussi constante que celle de ces renflements mycéliens réguliers mérite bien d’être signalée.

Peu à peu, à mesure que la culture du microsporum Audouini devient adulte, les renflements mycéliens augmentent de diamètre et prennent plus d’importance dans le port d’ensemble du

végétal; ces renflements atteignent alors 9-12 (a de diamètre et quelquefois davantage (fig. 170).

p.) Sporulation externe. La culture demeure ainsi pendant plusieurs jours. Puis, vnrs le dixième jour environ, à sa périphérie, les terminaisons mycéliennes cessent d’être moniliformes ; elles émettent de longs filaments terminaux, contournés en tous sens comme des lanières de fouet (fig. 171, 172) qui peuvent s’entrecroiser de toutes façons, mais en laissant toujours beaucoup d’espace entre elles.

Arrivé à ce point qui annonce la sporulation prochaine, le développement de la culture s’arrête souvent tout à fait. Mais dans les milieux fortement azotés et sucrés (maltose 3,8 0/0, peptone 1 0/0), le développement de la culture continue, et voici comment s’opère la sporulation externe. En un point des filaments contournés terminaux, point le plus souvent incurvé en crosse, un épaississement latéral se produit sur une longueur de 18 à 18 [a environ. Puis il se développe, d’un seul côté de la branche fructifère, une série d’excroissances, tantôt obtuses, et l’hyphe sporifère prend alors la forme d’une lame de scie, tantôt au contraire assez effilées et ressemblant exactement aux dents d’un peigne (fig. 173). Sur ces pédicules prennent naissance les spores externes, chaque denticule ne supporte qu’une seule spore. J’ajouterai que ces spores sont très sessiles et que la plupart des hyphes sporifères n’en ont plus, une fois la préparation montée. Cependant, avec quel quesoin, on peut assez facilement en retrouver quelques-unes encore en place (fig. 174).

Tel est le mode de sporulation externe du microsporum Audouini. On voit à quel point cet appareil de forme pectinée ‘ s’éloigne de la grappe sporifère des Trichophytons et des Bothrytis.

Je n’insisterai point sur la taxonomie proprement dite du microsporum Audouini ; elle sera mieux déterminée plus tard par les mycologues que par moi.

D’ailleurs, je n’ai trouvé sur ce champignon, en culture, aucune ébauche de fruit supérieur pouvant donner un indice sur sa classification définitive. Je m’en tiendrai donc sur ce point à la description que je viens de faire. Le seul but de cette étude est de différencier d’une façon définitive le trichophyton et le microsporum Audouini, et je crois que sur ce point la clinique, l’examen microscopique, la culture, la physiologie de ces deux parasites sont en parfait accord.

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Y. — Inoculations,

Je ne parlerai des inoculations animales que pour mémoire, car elles sont restées négatives. Sur le tégument glabre de l’homme, les inoculations donnent lieu cependant à une légère rougeur non circinée, accompagnée d’une légère exfoliation épidermique. Ce sont là des lésions en tout semblables aux efflorescences épidermiques qui accompagnent très rarement, comme nous l’avons vu, l’évolution de cette tondante.

Dans cette lésion, après quatre jours, on retrouve des éléments mycéliens jeunes, néo-formés, puis la lésion, abortive,, disparaît spontanément.

La culture de retour, extraite de la lésion inoculée, n’est possible que pendant quatre ou cinq jours au plus. Encore s’en faut-il beaucoup que ces cultures soient uniformément positives. Une telle lésion est trop peu spéciale, et le laps de temps entre l’inoculation et la culture de retour trop restreint, pour qu’on puisse interpréter ces résultats comme des inoculations sûrement positives.

Mais, si l’on considère la localisation exclusive de la maladie au cuir chevelu, et si l’on remarque entre quelles étroites limites d’âge cette maladie est comme parquée chez l'enfant, on ne saurait pas non plus se faire une arme des résultats négatifs de l’inoculation expérimentale, pour soutenir que le parasite causal de la maladie n’est pas celui que nous décrivons.

Le total de nos observations de microsporum Audouini se monte à 192. Invariablement le même aspect du cheveu a correspondu à la même culture, et cette culture est obtenue d’emblée, pour ainsi dire sans un manque... Inversement, sur l’aspect de la culture, je puis affirmer (et je l’ai fait maintes fois sur des cultures provenant d’autres laboratoires que le mien) l’aspect du cheveu qui leur avait donné naissance. Dans ces conditions, je crois qu’il est difficile de mettre en doute le rôle parasitaire actif du champignon cultivé.

Malheureusement, la contagiosité extrême de l’affection, et sa longue durée, interdisent formellement au médecin toute inoculation expérimentale du microsporum sur le cuir chevelu de l’enfant, qui paraît son terrain nécessaire de germination.

J’espère cependant que cette difficulté pourra prochainement être tournée : L’homme n’est pas le seul hôte des cryptogames de cette famille. L’ « herpès contagieux vulgaire » des poulains est fourni par une espèce parasitaire au moins très voisine de celle que nous venons de décrire, et dont les organes de sporulation externe sont identiques (fig. 166, 167).

Le cheval adulte, — qui peut, ainsi que je l’ai prouvé, abriter au moins deux espèces de trichophyton (mégalosporon) et qui est très souvent pour l’homme adulte un agent de transmission de ces deux trichophyties spéciales, — peut, dans ses deux premières années, contracter aussi un microsporum Audouïni aussi différent de ses tricliopliylons propres que le microsporum Audouini de l’enfant est différent des tricliophytons de l’enfant.

L’espèce équine de microsporum diffère par quelques caractères secondaires du microsporum de l’enfant; cependant sa culture en strie rougeâtre sur pomme de terre (caractère spécifique) est rigoureusement identique à celle de l’homme. Or l’inoculation de cette espèce est très facilement positive sur le cheval. Peutêtre sera-t-il possible de transmettre aussi au cheval l’espèce d’origine humaine, et de donner ainsi la preuve de son rôle parasitaire actif, preuve que l’on n’est pas en droit de chercher à fournir par l’inoculation directe de l’enfant.

YI. — Conclusions.

Je conclurai très brièvement cette dernière partie de mon travail qui n’est ici qu’un appendice à l’étude des trichophyties. Et je dirai :

I. —Sous le nom commun de teigne tondante trichophytique on a confondu, jusqu’à ce jour, deux maladies complètement et absolument distinctes, d’une fréquence à peu près égale, et qui n’ont de commun que de s’attaquer l’une et l’autre au cheveu.

IL — L’une de ces tondantes est effectivement causée par les mêmes parasites cryptogamiques qui créent les trichophyties d’autres sièges. Elle mérite donc de conserver son nom de tondante trichophytique.

III. — L’autre, que j’appelle tondante spéciale de Grüby, du nom de celui qui décrivit pour la première fois son parasite, est causée par le microsporum Audouini (Grüby), et ce parasite n’est

PAS UN TRICHOPHYTON.

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

INTRODUCTION

Sur le rôle actuel du parasitisme dans la pathogénie générale. I

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