‹ Les triomphes de l'abbaye des ConardsChapitre 33 sur 59 · UMBRE DE QUI VOUS VOUDREZ · texte numérisé non relu

UMBRE DE QUI VOUS VOUDREZ

Là où bien de fortune abonde, Souvent l'on y voit pour manger Abondance de petit monde Pour le dissiper et ronger ; Car, tout ainsi qu'à l'an'angcr Le père avoit prins soing et cure Ainsi prend l'enfant d'es^changer Son bien à rien : c'est sa nature.

'j6 les triomphes

Suivoyent en grande magnificence de pompe et triomphe, sept chariots faits par bon art d'architecture en forme de théâtres d'antique, conduits subtillement par certains instrumens estans dedans lesdits chariots, qui n'estoyent veuz pour les enrichisemens et syrages d'iceux. Y avoit corniches fort bien enrichis, avec leurs frises et arquitraves de grand art, et au bas une solebasse ou mouleure fort riche, suivant la corniche haute. Entre lesdits deux corps de mouleure y avoit croutestes et autres inventions d'escompartimens bien paints et de grand œil. Et dessus lesdits chariots estoyent les amenagemens servans à la matière, et chaires pour asseoir les personnages, faites en manière d'enroullemens d'escompartiment de grand invention. Aux costez y avoit quatre tables d'escompartiments, élégies hors des' corps, non semblant tenir du corps desdits théâtres, au dedans desquelles estoyent escrits les noms des personnes.

A la conduite desquels marchoyent au devant, huit hommes portant chacun un fallot flambant, que suivoyent quatre tabours et un phiffre, vestus de robbes de frise couleur d'esglentine, en façon de femme, ayans col-

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lels et devanteaux ou tabliers de toille blanche, en leurs testes un chaperon vert de g^entille façon ; ayans derrière le dos des battoirs à lessive ; après lesquels estoit le porte-rebus ou enseigne, en semblable abit, monté sur un pallefroy richement enharnaché, en laquelle enseigne estoit figuré un grand escompartiment où estoit escrit en lettre romaine comme s'ensuit :

LA BUEE ou LAISSIVE DE L ABBE.

Autre personnage, nommé Affccfion mondaine, abillé bravement et de mesmes, marchoit après sur une haquenée richement accoustrée ; lequel en passant dispersoit aux passans un dizain, et en certains lieux faisoit lecture d'iceluy, et d'une ballade, ainsi que pourrez voir ci-aprés par ordre.

Au premier chariot, se monstroit un personnage abillé en religieuse, au plus prés du naturel, laquelle cousoit et assembloit le linge. Aux deux costez de laquelle dedans lesdits escompartimens estoyent escrits ces mots : Reliffion assemble.

Sur le derrière du chariot estoit un autre

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personnage représentant l'Eglise , abillé d'une longue robbe blanche sans cousture, avoit longs cheveux. Son afful estoit un chapeau de laurier, doré de fin or , en semblance de vierge décorée d'une palme ; devant elle, une cuve dedans laquelle elle eschangeoit du linge ; et aux costez des escompartimens dudit chariot estoyent escrits ces mots : L' Eglise eschange.

Au second chariot, sur le devant, estoit le personnage de Foy, vestuë d'une robbe blanche, un roquet par dessus, un couvre chef en sa teste et par dessus un domino ou cappe de sargette, ainsi que religieuse. Et au derrière estoit le personnage de Vérité, vestuë d'une robbe blanche et autres abillemens decens et conformes, et teurdoyent le linge jouxte que contenoit leur escrit, contenant ces mots : Foy et Vérité teurdent.

Au devant du troisième chariot, Ambition estoit assise sur un siège haut eslevé, qui asseoit le linge en une cuve estant devant elle. Son abit estoit de deux couleurs : de satin jaune paille et pers, ayant aesles artificielles sur les espaulles, et es costez de la teste estoit escrit : Ambition assiet.

Simonie occupoit le derrière du cliariot,

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vestuo d'une robbc fort juste, couleur d'enfumé, accoustrée en chambrière ayant masque de vieille herese, et afi'ul de mesmes, laquelle prenoit dedans deux grands panniers du linge et le bailloit à Ambition, qui asseoit le linge comme dessus, ainsi que tenoyent ces mots : Simonie baille le linge.

Au quatrième chariot estoit un personnage nommé Avarice, laquelle estoit vestuë d'une robbe fourrée de peaux de dos de gris, à manches estroittes, ceinte d'une ceinture large en laquelle pendoit une grand'bourse à boutons d'argent ; en sa teste un couvre chef, et par dessus un grand chapperon viollet ; dont elle allumoit le feu sur lequel y avoit un trepié soustenant une chaudière pour faire boijillir l'eau de ladite laissive, ayant pour escrit : Avai^ice allume.

Au milieu duquel chariot estoit Hypocrisie, masquée de masque soubsriante, vestuë d'une coste de satin cramoisi à manches decouppées, bouffez de taffetas, enrichis et broudez de fil d'or, à l'italienne fort brave ; et par dessus, la couvroit une grande foaille de sarge perse, tenant une grosses patenostres qu'ell' barbetoit, et faignoit faisant souvent le signe de la croix. Et de l'autre

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main puisoit avec un pot de chambre dedans ladite chaudière, l'eauë bouillante qu'elle versoit dedans une cuve plaine de linge, et fournie de chères cendres et autres ustencilles à ce nécessaires. Et ausdits escompartimens estoit escrit : Hipocvisic verse.

Au cinquième chariot se monstroyent deux personnages, l'une nommée Faveur, ayans pour abis, par dessus une cotte de taffetas changeant, une robbe d'escarlate de frise grise, à manches decouppez bouffans le taffans le taffetas incarnat violet, à mode moresque renoué de ferons d'or, et bravement coiffée à la tudesque. L'autre, nommée Richesse, vestuë par dessus d'une cotte de damas cramoisi, d'une robbe de satin broché, son afful enrichy de pierrerie, et au reste mignonnement accoustrée. Au milieu d'elles avoyent un baquet oîi elles lavoyent le linge. Leur escrit estoit : Faveur et Richesse lavent.

Noblesse, au sixième chariot, triomphoit vestuë d'une cotte de velours rouge, et par dessus ayant une robbe de damas noir doublé de velours, un collet de chapperon de velours noir, le bras dextre armé, l'espée au costé ; laquelle avoitun battoir à lessive qu'elle

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teiloit, baltoit le linge sur une selle; cL est.oil, escril: NoLJcsso bat.

A l'autre part dudit chariot, estoil le personnage de Pauvreté abilléc d'une vieille robbe descirée ; en sa teste uncouvrecheTde grosse toille usée, s'appuiant sus une potence, ayant soubs son devanteau salle à demy, une escuelle de bois pendue en sa ceinture; laquelle prenoit le linge que Noblesse avoit b;î'tu, et l'estendoit sur des cordes; et estoit escrit: Pauvreté estend.

Au septième et dernier chariot, sur la part de devant, estoit Folle Amour triompham-' ment vestuë d'une robbe de satin blanc doublé de damas cramoisi violet, à point de velom^svert; mancherons de velours jaune paille decouppez, semez de perles et pierreries, renouez de boutons d'or de façon nouvelle; et par dessoubs une cotte de velours vert, un afful fort riche et de singulière invention, ayant un collet de crespe ouvré de fil d'or de Gypre, autant brave et riche qu'il est possible de voir; laquelle séchoit du fin linge devant le feu; et estoit escrit ainsi qu'aux autres: Folle Amour seiche.

A l'autre part dudit chariot estoitun personnage représentant dame Justice, non moins

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richement parée de robbe et cotte que Folle Amour, ayant un afful enrichi d'orfèvrerie, une chaine d'or au col, une autre de quoy elle estoit ceinte. Un voile de Rne toille de crespe, en forme débande repliée sur la teste. A son costé sencstre une balance, et du costé dextre une espée ; devant elle une table sur laquelle plioit le linge que Folle Amour seiche ; oii estoit escrit aux escompartimens : Justice plie.

Et est à entendre que devant un chacun desdits chariots y avoit tabours et phiffres, avec bon nombre de fallots. Et estoit ceste bande autant bien en ordre et la mieux masquée et assouvie qu'il estoit possible de voir, et faisoyent chacun en son regard sy bien leur devoir et office avec si grand œil et grâce, qu'ils contentoyent joyeusement les regardans.

Par ceste bande estoit donné le dizain, duquel en certains lieux estoit faite lecture avec une ballade, ainsi que devant est dit, dont la teneur ensuit.

Pour subvenir aux affaires urgens De noslrc abbé, sans matière lassive, Et rcsjouirnos marquis et regens Luy avons fait ce jourd'liuy laissivc.

DE L vnn.VYE DES CONAHDS

DIZAIX.

Religion assemble les drappeaux, L'Eglise cschange, et Foy et Vérité Y teurdent fort ; Simonie en fardeaux Le linge baille, et dame Pauvreté Le linge cstend ; puis, par Activité, Ambition assiet, et Avarice Le feu allume ; en tout plie Justice ; Faveur, Richesse y lavent par esbat ; Hipocrisie, a de verser, l'office ; Folle Amour seiche, et Noblesse après bat.

Ballade où par ordre est escrit Ce qu'entend le dizain subscrit.

Religion assemble en un grand sac Force drappeavix soubs sainte Vérité, Et pour emplir de bribes son bissac, Blasme Avarice et presche Charité.

L'Eglise eschange, en grand authorité, Linge sacré, et le portent par faits Petits asnons et grands asnes parfaits.

Vérité teurd, et Foy par chemins droits. Tant qu'on les blasme en France et Normendie. Et de tels gens se sert en maints endroits, Le père abbé et dame Conardie.

Ambition assiet dedans le bac, ^

Montée en haut j^ar curiosité :

Lors Simonie et d'abhoc et d'abhac Le linge baille soubs grande falsité.

Puis Avarice, en chanaps. ville et cité. Le feu allume avec soufflets infets ; Hipocrisie en vaisseaux putrefaits Verse et reverse, et tousjours fait la croix, A celle fin que bonne on la die, Pour dcmonstrer quell' sert du bout des doits. Le perc abbé et dame Conardie.

Richesse lave, et Faveur en un lac Prenant plaisir en toute volupté, Avec leurs chiens suivent la beste au trac, Et tout leur train selon leur volonté.

Noblesse y bat en pompe et gravité.

Et Pauvreté, honteuse en dits et faits, Tousjours estencl, dont tels sont les effets Que grief travail luy tout parolle et voix; Favite d'argent luy contraint qu'ell' mendie. Voila comment se sert en maints endroits Le perc abbé et dame Conardie.

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