‹ Les triomphes de l'abbaye des ConardsChapitre 50 sur 59 · GOPPIE DES LETTRES PATENTES · texte numérisé non relu

GOPPIE DES LETTRES PATENTES

Que le grand escallier Benest envoyé, selon son arrest, â toutes personnes plaisantes.

LE TESTAMENT D'oUYNET.

Benest, maistre passé, sans estre oncq'escollier, Par la grâce de Dieu bon pignerre escallier; Estallant en hyver au coin de la grand crosse. Marqueur joëur de paume, exempt de tout reproche ; Au jeu de la Cornière et de Joûcnne aussi; Marchand de poisson frais et salé, qu'icy On porte au vieil marché, sur les quais et viétour ; Secrétaire ordinaire estably à son tour, Desplenc gros et menu arrivant pour le bec Des bourgeois de Rouen du lieu de Caudebcc ; Le prime coustumier de Rouen à Cancalles, De vendre c t d'achep ter tous les paniers d'escalle Iluitres proprement puantes que l'on a vVpportez au bord du fossé de Pula, Et d'où sort le parfum excellent à merveilles, Le haut de Bouvereul expose par grands seilles; Mesmes du beau persil qu'on jette par panniers Sans la ruelle, ou bien au trou des Cordelliers. Second et seur compteur pour en avoir les hances A son profit et gain des raffles et des chances, De trois grisons trottans sur quelque ais ou traiteau Du temps bon et mauvais le grand portemanteau,

Soit de pluyc ou de vent, suit de neige ou de gresle,

De gelée ou de froid, lors que letems se mcsle,

Sans lever de la table escorni fleur certain,

De la crosse, la botte, escurant pot d'estain,

Du coquet, de chrestien et d'austres lieux qu'on prise,

Quand il void que la nappe y est sur table mise,

Ferme de la bavicre et de la moiie autant

Ou plus qu'on en ait peu trouver icy constant,

La vie ou bien après le trépas du bon Pierre,

Surnommé le Cloutier, à présent mis en terre ;

De lleuldes, Baudouyn, du sçavant Jean Allais

Et du ferme Tison, qui fust prins au Palais ;

Grand ambassadeur mis à pctis frais et gages,

Pour faire tous les ans les beaux pellerinages

Saint Vincent, saint Aignen, et de sainte Venice,

Saint JuUian, Boisguillaume avecques sa génisse,

Le capitaine en chef et premier coronal

Des bandes des porteurs, tant d'amont que d'aval.

De lanternes au bout d'un long baston fichées.

Et chacun an par luy bien mirelifiquées,

Des connincs, fallots, tartevelles et cymbales,

La veille et jour des Rois, jusques dedans les halles;

Protecteur, producteur, conducteur de Michelle,

Trainée ou attachée au bout d'une ficelle.

De Janot, de Roger, de la filleresse

Et du bon Simonnet avecques sa maîtresse;

Le plus parfait qui soit entre tous les insignes,

Enjaulleur, endormeur de mûllots et gelines^

A Pitres, Romilly, Sotteville et Yonville,

Bonsecours et Croisset, la Bouille et la Nouville ;

Greffier seur et gardian gênerai du grand seau,

De la belle donnée ordinaire à tout veau.

De treshaut. trespuissant et brave en tout honneur

Tallebot Oûinet, en son vivant seigneur

Du haut clocher, du croc et de la broùillerie,

Du branslecul aussi et de la baverie,

Qui mourust au matin d'un jeudy absolut;

DE l'abbaye des conards 89

A tous icy, px'escns et advenir, salut :

Comme ainsi soit exprès que ledit Oûinct,

Appelle maistre Pierre avec luy du Quignet,

Ait par son testament et volonté dernière

Fait un fort beau délais, par sa main aumosniere,

D'un nombre effrayé d'or, de monnoye d'argent,

Qu'il avoit conquesté sur le grand prest Kegent ;

A tous ceux mesmement, à celle qui sans estre

N'ait de perc et de mère en ce monde terrestre,

De franche volonté se prescnteroycnt nuds,

Le jeudy absolut, pour estre revestus

Honnestement, depuis le pied jusqu'à la teste,

Par un don fait gratis trois jours devant la fcste

De Pasques, tous les ans; pourquoy faire il convient

Que quiconques de prés ou de lointrtains lieux vient

A Rouen pour jouyr d'un si beau bénéfice.

Se retire devers le clerc siège d'office

Pour estre présenté audit garde du seau

Sans qu'il se soit lavé dans mare ny ruisseau.

L'ordonnance de quoy, en maints endroits congnuë,

Auroit loyallement esté entretenue,

Toujours de poinct en poinct, du depuis son decez

Jusques à maintenant, qu'aucuns fuis en procez.

Malicieusement cuidans par sacrilège

A leur gré faire mettre en bas tel privilège,

Envoyent ceux qui vont en ce jour ordonné

A la mare du parc se laver pieds et jambes, Afin d'aller plus droit et trotter mieux les ambles, Avecques un petit et certain escriteau.

Ne respectant l'honneur qu'on doit à un tel seau. Quoy faisant, un chacun des attendans, qui pense Avoir de son travail joyeuse recompense, Est deceptivement frustré de recevoir Les beaux abillemens qu'il s'attendoit d'avoir; Pour lesquels gransabus garder que plus n'adviennent Plusieurs gens de sçavoir et des grands qui se tiennent,

90 LES TIUOMPIIKS

Considérant tel cas, s'assembler ont voulu Au chasteau de plaisir que nous aurons esleu. Pour avoir leurs advis, premier qu'en toile affaire Ordonnance quelconque a nostre vouloir faire. Les lieux doncques du gros et du mouu baliil. Et les chambres qui sont exemptes du péril: Des choses que la braye a souvent estrenez, Entre les plus hastifs, communes et privez^ Jointes au grand conseil du heurt de Bouvereul. De Fescamp et du long du vieil pallais tout seul. Ayant délibéré meurement par ensemble, Ne nous ont point voulu dire ce qu'il leur semble Sans préalablement pour le tout defTinir, Faire autres grands seigneurs avecques eux venir Desquels tous et les noms avec leur seigneurie, Icy mis par estât sans nulle menterie.

Et tout premièrement le grand duc de Feraille, Le noble, trespuissant et haut duc de Mitraille; Le plaisant, magnifique et gros duc de Sornettes, Et le mirelifique et gras duc de Clochettes ; Les contes de Série et de la Boucherie. Les contes de Surie et de la Baverie, Les contes du Moulin et du Pontharitaine, Et du Trou Hamelin et ceux de la Fontaine; Les contes signalez du bateau de la Boitille, Avec l'outrocuidé conte de la Gargouille; Les contes de Toutu, les contes de Perrette, Qui fait aux morfondus redresser la brayette ; Les beaux contes du Pray et ceux de la Laissive, Le vieil conte de l'Ogre, en puissance excessive Sur tous autres avec les contes de Taverne, Qui conduit les gentils enfants de Maugouverne, Le joly gentillet baron du Trou Jumeau, Joint avec le sçavant baron du Maquerau. Le baron Sans Soulier et des Escornifflages, Le baron de Souffre et de Cerche-Advantages, Le fin baron d'Orlieu du Trou de la Fessieï-e,

DE l'ahbaye des conards 'JI

D'Orcon, du Landion, Landie et delà Tierciere, L'honorabilissime admirai du Ponnant D'Aiibettc, la Reulle et du Beau-Trou-Puant, Du Trou-Pernelle mcsme du Trou de Baugis, Qui son pouvoir estend jusques à Montargis; Le subtil entre tous reformateur Saucisse,

Qui n'a jamais daigner gaiirner la eh ;

L'habile ingénieux reformateur des c....,

Qui toujours boire veut jusques à voir les fous;

Le grand reformateur de tous les reformards,

Qui le corps atout plein de verolle de Mars;

Tous les vendeurs qui sont de ces bestes à corne,

N'osant oncques marcher sinon que sur la forne;

Tous les vendeurs aussi de la beste à deiLx dos

Qui tirent fînemont la moelle des os,

Et plusieurs braves gens sans sçavoir et sans sens.

Que mareschaux sans fers, capitaines sans gens.

Que cordonniers sans cuyr, que soldats sans argent,

Que sans sucre espiciers, que sans livre régent,

Et sommairement tous les marchands sans avoir.

Marchandise, ou pecune, et gens sans rien sçavoir;

Parquoy, après avoir retiré leurs advis.

Sur longs propos tenus ensemble mains devis.

Nous avons trouvé bon, par juste convennance,

De faire pour jamais la présente ordonnance.

C'est dudit Oiiinet que. fuyant les délais.

Fait présent Jean le noble et Pierrot à sifflets,

Collin à la morue et autres bons notaires,

Leurs adjoints et comme luy notables secrétaires,

Pour l'advenir, tous ceux et celles sans babils

Qui voudront estre ainsi revestus des abits

Et des accoustremens dont a de coustume

De vestir tous les ans, mieux qu'un oiseau de plume.

Ceux qui veulent aller, pour avoir la donnée,

Audit jour absolut d'Oûinet ordonnée.

Se viennent présenter, soit d'hyver ou d'esté,

A toute heure du jour, pour estre bien traitté.

Droittement au logis où pend une grand botte, Où lesdits vestemens, sans poussière ni crotte, Mais au long estendus, beaux, longs et de plein lay, A un chacun seront délivrez sans delay, Ne payant toutefois pour truage preiîx, Pour l'enrichissement, sinon deux soubs et fix. Et d'autant que besoin est que chacun cognoissc La présente ordonnance, à chacune paroisse Et carfours de la ville^ et les parvis des champs, Nous voulons qu'elle soit affichée avec chants, Et plaisantes chansons, pour estre mieux gardée. Et de tous les passans à profit regardée, Nonobstant mandcmens, modifications Qvielconques du contraire, et les restitutions Qu'on pourroit sur ce faire, attendu qu'à loisir, Sans nous en repentir, tel est nostre plaisir. Donné à Bouvereul sur le Heurt, le huitième D'avril, mil cinq cens quatre vingt et cinquième, Et de nostre bon règne, après jet et calcul. Bien deuëment (nihil) signé: Du Baise-Cul. Et plus bas est escrit: Gresillon, Astarot Et scellé delà cire au grand abbé Fagot^ En laqs de soye jauno,^et de vert et de gris, Bleu, rouge et orangé ; et dessus les replis Est escrit: De par nous, Benest, le grand Messerre, Par la grâce de Dieu Escallier et Pignerre.

Ainsi signé en faisant la donné.

Ce jeudy absolut de Oûinet ordonnée.

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