‹ Les triomphes de l'abbaye des ConardsChapitre 51 sur 59 · SOUBS LE REGNE DE FAGOT · texte numérisé non relu

SOUBS LE REGNE DE FAGOT

El prcmioronuMit les deffences de l'abbé de ne porter masque sans son congé.

De yixv l'abbé aimant mieux sur sa terre Boire bon vin que bière en Angleterre.

( 'Iiacuii ne peut ignorer que la court N'ait deffendu par arrcst magnifique.

A toutes gens ayant long nez ou court, De ne troubler son règne pacifique, Ny de porter sans sa grâce autcntique Masque de jour ny de nuict nullement. !Sur peine à tous que leurs biens on confisque. Comme inlVacteurs de son commandement

Et néanmoins un tas de pignollets^ Godelureaux et nobles faits en haste, Contrefaisans les petits sotelets, Portans chacun au coste une latte Pour eschauffer la froideur de leur ratte, S'en vont masquez de maison en maison, Ainsi que gueux dansans devant la jatte. Tant qu'il n'y a ny ordre ny raison.

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Brefj il n'est pas jusques aux savetiers, Ayant cinq sols vallant par leur pratique, Ny mcsmement tous ces petits courtiers D'humaine chair et varlets de boutique Qui^ desdaignant sa grandeur mirifique.

Ne vont masquez comme les gens d'honneur, Sans avoir prins de l'abbé scientifique Permission honorant sa grandeur.

Pour ce, l'abbé, qui ne craint point les frais, S'est tellement fasché de telle chose.

Qu'il acuidé lascher dedans ses brais Une senteur plus douce qu'une rose.

11 a juré par le texte et la glose De ses ilaccons, tous pleins de vin vermeil, Ch... par tout s'aucun entreprendre oze Mascarader sans congé du conseil.

Accourez donc, Espagnols et Anglois, Et vous aussi de la basse Bretaigne, Italliens, Flaraens et Navarrois, Guepins aussi que l'amour accompagne.

Et venez tost, sur peine de la taigne. Rendre jubé à ce pontife grand

A celle fin que la v on gaigne,

Comme à trois dez on fait argent comptant.

Signé de par l'abbé, où null' chose ne manque: Ces Suisses ont mis les raistres à la blanque.

Geste deffence faite et criée, les maquereaux n'osèrent plus entreprendre de porter masques, sans le congé de l'abbé. Ains vcnans à la foulle au marché aux Veaux, ap-

UE i/ahuayi; 1)i;s cunauus 95

porter Ibrce deniers au cat, et liards à la marionnette, pour avoir privilège d'aller masquez lessoirs, furent receus dudit abbé trésinhonorablement avec caresses singulières, comme pets à l'allemande bien assaisonnés de douces vesses. Et là, fut commandé par ledit abbé, à tous ses ords fessiers et porte falots, aller publier la semonce de Saint Ju lien, dont la teneur ensuit.

CRIEE POUR 8AINT .11 i.IEN

DE PAR l'abbé.

L'abbé, qui sait comme le temps prospère, Croit et decroit comme les champignons.

Voyant que l'an que la bonne Rogerc Fist mettre aux champs ses vaillans champions, Luy fut ravy par ses petis mignons Dix jours sus l'an, entreprend ceste année D'un jour tout seul, pour voir ses biberons. A Saint Julien faire leur destinée.

Car en ce lieu il veut trouver la Manque

De ses joyaux de nouveau retrouvez,

Dont vous voirrez le pourtrait qui ne manque.

Que d'apporter vos escus coullorez ;

Et puis après ses prix seront jugez

A ceux qui mieux auront mis leur devise,

Et fussent-ils fols, badins, estimez.

Ils les auront s'ils nelaschent la prise.

Et pour autant, d'un cœur devotieux, Le gros et gras conseil se délibère D'aller demain en arroy sompteux, A ce bon saint comme les autres faire, En ensuivant sa coustume ordinaire, Et puis dessus le mont saint Avertin, Ayant ouy toutes ses asnes braire, Il sacrera ses gens de bon matin.

Premièrement quatre grands cardinaux, Deux bons huissiers et quatre gros Suisses, Qui sont venus par delà les monts hauts Faire à l'abbé honneur et services.

Aiitres aussi, grands mangeurs de saucisses, Que l'on voirra sacrer honnesteraent :

Car l'abbé sait que luy seront propices, Et se tiendra entr'eux asseurement.

Sus donc, Couards de noste vieille escrime ! Accourez-y comme gens advisez, Et amenez vers nous, sans aucun crime, Ceux-là, qui sont du couvent divisez, A celle fin que tels, mal advisez.

Soycnt reformez aA'ecques discipline, Telle pour vray que donner veuë avez.

Par la Plichere et la Rousse et Queline.

Vous, cardinaux, qui puis trente bons ans Avez jette vostre froc aux orties, Accourez-y comme ses vrais enfans, Jj'accompagnans gaillards comme des pies. Là, vous aurez un nombre de roupies Dont nostrc abbé vous recompensera.

Et à chacun un couple de toupies Pour vous garder du grand chaut qu'il fera.

DE LAIiBAYE DES CONARDS 97

Petits poupins qui jour et nuict cerchez D'avoir co bien de gaicner la verollc, 11 ne faut pas qu'en ce jour relaschez D'y accourir si lamour vous affolle.

Là, vous verrez de nostre abbé l'escolle Où l'on apprend mouver le croupion, Et comme aussi les dames on bricollc.

Lesquelles sont do sa suhjection.

Petites sœurs de l'ordre saint Fessin, Faillirez-vous de visiter la place?

^çavez-vous pas que ce jour est sans fin, Fait et créé pour vostre bonne grâce?

Avcz-vous peur que l'abbé vous dédiasse D'auprès de luy, ny tout homme cocu ?

N'en croyez rien, car gens de telle race Il aime mieux que le trou de son cul.

Vous mesmement qui l'amour démenez Secrettement sans qu'on s'en donne garde, Accourez-y, mais gardez vostre nez Du mal commun plus fin que la moustarde : Car quelquefois un courtaut se bazarde En divers lieux pour avoir appétit, Qui, estant pris d'une façon hargarde.

Baisse le nez de rage et de despit.

Là vous voirrez mille joyeusotez Qui vous feront tant esgueuller de rire. Que vous tiendrez vos deux poings aux costez Pour vous garder que plus ne vous empire ; Et puis après, l'abbé, qui n'a que frire, Viendra soupper avec ses suscepots Dedans l'Escu où il tient son empire.

Riant, dansant, vuidant pintes et pots.

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Ainsi signé, au mont Saint Avertin :

Les vieils huissiers n'ont plus part au butin.

Estant revenus de Saint Julien et les cérémonies accomplies, fut délibéré par l'abbé et son conseil, faire semondre tous les habitants de la ville, et mesmes les estrangers, pour venir prendre le jubé. Ce qui fut fait avec grand compagnie de chevaux, falots, fleutes, phiffres et tabourins , de saucisses et autres instruments non encore veus. La teneur de la dite criée est telle :

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