A LA MAGNIFIQUE BLANQUE
L'abbé, estant en son pontificat, Après avoir chanté Magnificat, Fait à sçavoir à ses joyeux suj^posts, Autres aussi aimans vuider les pots.
Que dans ce jour il veut sans nul caquet Dans la viétour faire son grand banquet, Où l'on voirra tous ses gros orfessiers Estre assemblez dans la halle aux merciers, Qui avec luy jugeront de voix ranque, Les gaillards prix de sa gentille blanque. i Parquoy, Conards, pour avoir mill' plaisirs Qui seront là ensuivant vos désirs, Venez soudain, car l'abbé qui tout peut, Vous traittera, et ainsi il le veut.
De bons morceaux et friandes poulailles De bons levraux, de canards et de cailles, Et de cent mil millions d'autres mets Que n'avez veus et ne voirrez jamais, Et avec ce, de ses gros poix cauchois, Dont maillotins aiment avoir le choix.
Vous asseurant qu'il ne vous coustera Que dix beaux sols, et si chacun aura Bien à disner avec force risée ; Et, sur le soir, la petite brisée.
Parquoy venez et vous serez contens, Ayant receu cent mille passetemps,
Ainsi signé : par deux nez embrenez.
Payant dix sols vous serez bien disnez.
DE l'abbaye desconards 109