DE LA MAGNIFIQUE BLANQUE
On ne sçauroit de fortune mieux faindre
Le grand pouvoir, ne son image paindre,
Qu'en deserivant le hazard plein de ris
Qui, de présent, est joué dans Paris,
Nommé la blnnque; auxquels lieux plusieurs hommes
Y ont gaigné d'or et d'argent grands sommes,
Pour petit prix qu'ils avoyent au jeu mis;
Et sans faveur d'amis ou ennemis,
Autres y ont du leur mis grand'partie,
Et dessus eux toute perte est sortie.
N'en rapportant que courroux seullement.
Ce jeu se fait à tous egallement :
Car, d'vm costé, sont les noms et devises
De ceux qui font d'argent les grosses mises.
De l'autre part sont les escriteaux blancs.
Qui, aux premiers, sont du tout ressemblants,
Parmy lesquels sont mis les bénéfices
Aux rencontrans gracieux et propices.
Ce sont joyaux, bagues, chaisnes doreures.
Carquans, anneaux, couppes, tasses, ceintures,
Et autres biens dont les poix et les prix
Sont dans aucuns de ces billets escrits.
Un aveugle est entre les deux vaisseaux,
A ses deux mains tirant les escriteaux
Des deux costez, desquels il fait la inonstre:
Dont il advient que, s'il y a rencontre
De la devise et bénéfice aussi,
C'est à celuy dont la devise ainsi
Est rencontrée, et des autres le reste
Se trouve blanc, sans que rien s'y acqueste.
Je ne sçaurois pour fortune prouver,
Pource que maints par luy se trouvent riches,
Les autres nuds, et demeurez en friches.