‹ Les triomphesChapitre 1 sur 37 · LA MER · texte numérisé non relu

LA MER

Où se traîne la basse et terrestre misère. Comme l'aigle royal tient la foudre en sa serre, Je prendrai ton navire extatique en mes mains, Et sur tous mes sommets, mes vallons, mes chemins, Changeants comme l'azur où ronflent les planètes, Dans le fracas des eaux, dans mes ardeurs muettes, Sous le règne brûlant du midi tropical, Dans ma noire tempête au souffle de chacal, Quand mon fiévreux orgueil se magnifie et corne, Aux soleils du Cancer ou bien du Capricorne, Sous l'hémisphère Sud ou sous celui du Nord, 0 Poète, bravant le destin et la mort. Défiant l'éclair fauve aux langues de bitume, Sous les minuits glacés, sous le midi qui fume Comme un vin généreux dans une coupe d*or, 0 Poète, rempli d'un implacable essor, Bondissant comme un dieu vers le zénith de flammes, Tenant ^ut l'infini sous le vol de tes rames, Appelant la tempête et t'inspirant, joyeux, De toutes les fureurs de l'abtme et des cieux, Suprême, échevelé par le souffle des brises. Comme un vainqueur passant sur des cités conquises, Tu suivras sur l'ampleur de mon gouffre vermeil. Le sillage exaltant et pourpre du soleil.

LE POÈTE il

Le Poète

Page 1