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LES INVOCATIONS

Les Invocations

Oh I sur la nuit terrible et sombre de ton goufïre, Surmontant la faiblesse inquiète qui souffre, 0 Mer, comme un héros ivre d'un vin de feu, Emporte-moi, serein et grave, vers le dieu Grandiose et puissant qui vous brûle et consume, Et met dans l'âme humaine oii la flamme s'allume. Et s'exalte et palpite en un souille sans fin, L'illumination vaste d'un but divin, Magnifique et sacré, suprême et volontaire. Et dominant la tourbe infâme de la terre !

0 Symbole de force et d'orgueil, océan, Enfièvre-moi par ton délire de géant I Donne-moi tes grandeurs, tes vertiges, tes rages, La fougue d«i tes flots cabrés sur les rivages Mornes, oii vient beugler le troupeau des vivants ! Souffle sur mon esprit l'orgueil des quatre vents. Qui harpaillent ton sein du croc noir de leurs gueules ! Fais-moi chanter et rire, et loin des larmes v^ules, Pousser ma Nef en feu, véhémente, et dressant Vers les cieux ses grands mâts, rouges comme du sang, Enfiévrés de ma fièvre, et dans leur sombre vie, Portant la redoutable ardeur qui magnifie !

Donne-moi le désir des Dominations !

Exalte mon esprit au feu des tourbillons ! Transfigure mes jours, et loin de l'ombre inerte, Pousse-moi vers ta coupe hallucinante offerte Comme un don radieux de vie et de splendeur ! Mets en moi la divine et l'exaltante ardeur Qui stimule, qui grise, effrayante, et captive, Et chasse de l'esprit toute douleur plaintive, Toute vaine tristesse et tout dégoût amer, Tout ce qui n'est point vie et joie, ô vaste Mer, Qui contiens les beautés des nuits et de Taurore, Et le lyrisme saint et le verbe sonore ;

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