LES ADORATEURS DU BŒUF GRAS
Les adorateurs du Bœuf Gras
Les hommes ont croulé dans la nuit, les yeux clos, Bafouant les vainqueurs et niant les héros, Croupissant dans leur crasse et baisant l'imposture. Aucun d'entre eux, superbe et fauve créature. N'a même point senti cet orgueil radieux D'un beau geste sacré vous égalant aux dieux. Ils ont nié ta flamme exaltante et choisie, Ce soleil fulgurant du monde, ô Poésie, 0 dernier nimbe épars sur la mort des vainqueurs I — Ils n'ont rien senti battre en la nuit de leurs cœurs, Privés de souffle et d'espérance et de lumière I Ils ont baisé le porc hideux dans sa tanière.
Mais sur l'ardent Poète ils ont, sinistres nains,
Craché la haine sombre et les lâches venins,
Qui jaillissent du goitre impudent de la tourbe,
Ils ont aimé le bas, le rampant et le fourbe,
Le médiocre, le débile et le mesquin,
Baisé l'instinct vénal, salué le coquin.
Fleuri le torse noir du déshonneur, dans l'ombre.
Et cette hydre multiple, implacable et sans nombre.
Qu'on appelle la foule, et qui n'est qu'un égoût
Emportant son fumier mortel sans savoir où,
A de l'éclat maudit de ses voix imparfaites,
Méconnu le lyrisme inspiré des Poètes,
Brûlé l'ardent laurier du saint triomphateur ;
Et sur la fécondante et sublime hauteur,
Où claquait dans le vent le panache de foudre
Des esprits valeureux, nés pour tout mettre en poudre,
Pour tout gagner, pour conquérir et tout vouloir,
Ils ont tendu les plis mauvais du drapeau noir.
— Méconnaissant l'orgueil de vivre sur la cime,
D'atteindre la grandeur extatique et sublime,
De régner sur le monde, ivre d'un feu divin,
En le grisant de sa parole comme un vin,
Ils ont, bas négateurs de la sainte puissance.
Volontaires hiboux dont la bêtise encense
Les idoles de nuit des peuples odieux,
Adoré le bœuf gras et détrôné les dieux.