LE MONDE EST SOURD
Le monde est sourd
0 Mer, ô Reine aux flots d^argent, qui te dévoiles,
Viens tresser sur mon front la couronne d'étoiles I
Le monde est sourd, le peuple est laid, l'homme est un chieE
Qui vomit dans sa fosse et méconnaît le bien,
La Certitude mâle et le rêve héroïque.
— 0 Tempête de feu, viens frapper de ta pique
Tout un monde repu de bassesse et de nuit I
0 Foudre des Titans, dont le pouvoir reluit
Et frappe le grand front brûlant des cimes chauves,
Viens, rugis, ô Tonnerre immense, aux gestes fauves,
Et sur la nuit de tous ces nains, mangeurs de chair.
Fais passer le frisson jaloux de ton éclair
Et l'éclat redoutable et mâle de ton glaive ! Souille, ô Tempête sainte, et que ta rage enlève Tous ces fils de la nuit vers quelque réve ardent ! Neptune, ô dieu des Mers, brise de ton trident Les continents de nuit où s'endorment les hommes, Plus veules, plus plaintifs que des bêtes de somme Qu'alourdit le lourd poids bestial du carcan ! Frappe ce monde abject oii Ton offre à l'encan Le génie magnanime, et l'honneur, et la gloire ! Réveille de tes cris ce peuple qui veut boire L'ombre et la déchéance aux mamelles du mal I Ranime dans ton sein le chaos abismal.
Fils du dieu ténébreux qui tient l'ombre complice ! 0 Mer, frappe et combats, terrible, dans la lice Humaine, où noirs géants, aux lourds poitrails hideux, La bassesse et l'erreur s'acharnent deux à deux, Contre la Beauté sainte et l'héroïsme chaste ! 0 Mer, va sans frémir, et détruis et dévaste Le vieux monde accablé d'ombre et de désarroi ! Dresse vers l'infini tes flots cabrés d'effroi I Dans les antres humains fais ronfler tes tempêtes ! Que l'éclair soit ton glaive et les vents tes trompettes, Et que ton vol culbute en son rut indompté Tous les palais de nuit où dort l'humanité !