LA NEF VICTORIEUSE
La Nef victorieuse
Mon Navire éclatant chemine, et vers le large, Toutes voiles dehors, le vent sonnant la charge Dans ses agrès tendus d'un espoir frémissant, Il vogue, lumineux et tout vermeil du sang Que mon divin orgueil insuffle dans ses toiles. Superbe, auréolé d'un panache d'étoiles, Portant tous les espoirs suprêmes des esprits, Ses mâts vertigineux pointés comme des cris Vers le ciel éclatant de mystère et de gloire, Il va, dressant partout ses gestes de victoire. Et, toujours, se tendant plus sublime et plus haut, Au vaste monde auguste il veut donner l'assaut.
Va, mon Navire allier, vers les zéniths de flamme 1 Sous l'exaltalion puissante de mon àme, Qui me verse l'orgueil divin et me fait voir L'aurore en feu jaillir déjà des flancs du soir, J'aperçois au lointain tes vergues lumineuses Comme des ailes d'or, fulgurer et glaneuses De tous les absolus béants autour de toi, J'entends rire l'amour et palpiter la foi. Va, Navire de feu, sans crainte des tempêtes. Exalte ton vertige, enfièvre tes trompettes, Et loin de la torpeur animale du sol, Sur les mers, sous les cieux éthérés, prends ton vol !
— Les hommes 1 Que leurs cris n'arrêtent point ta cour Laisse-les se ruer aux marches de la Bourse,
Toi cours vers le triomphe aux miracles béants. Il te faut non des nains, ma Nef, mais des géants, Mais les tempêtes et les trombes, les cyclones. Va dans le vent qui fait crouler les Babylones, Dans le vent magistral au large souffle en feu. Va, c'est vers la Beauté que s'essore ton vœu, Ne le réfrène point, exalte-le sans trêve, Souffle-lui sans arrêt le vertige et le rêve, Décuple ses désirs, rengrège ses tourments. Et qu'il rugisse avec la voix des éléments, Et qu'il tournoyé avec la vague, et qu'il s'enfièvre De tout cet absolu dont le monde le sèvre !
— Déjà mystérieux et fort flambe mon cœur. Dans l'échevellement d'un délire vainqueur,