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LAZARE, LÈVE-TOI I

Lazare, lève=toi !

Mais les héros sont morts. Le vent souffle. Le monde

Semble s'évanouir dans la fosse profonde

Où gisent les néants des rêves avortés.

Tous les autels des dieux tombent. Loin des clartés,

Les regards infamants des hommes, sans scrupule,

Se voilent au soleil, baisent le crépuscule.

Des cris fauves parfois montent vers l'infini,

Des blasphèmes hideux crispent l'être banni,

Qui semble s'enfoncer dans la nuit de la bête.

0 vastes dieux sauveurs, sonnez de la trompette,

Et que tout se réveille, il est temps. 0 héros,

Sortez de votre tombe l et brisez vos barreaux,

Vieux lions de la jungle enchaln/is par la foule !

Sounie, 6 Tempête sombre, et que l'homme s'écroule

Dans le néant charnel où son désir se tend !

Foudre, lance tes feux, frappe, mon cœur attend

Le sombre écroulement des peuples dans la haine !

Gonfle tes flots, ô Mer, car la mesure est pleine I

Ce monde va finir, les peuples vont changer !

Souffle, ô Tempête sombre, et sème le danger,

Crache la trombe et grogne, et vomis la tourmente 1

Et que toute la terre obscure se lamente !

Les jours saints vont venir ! La Tempête de feu

Va balayer la tourbe immense, et c'est mon vœu.

Souffle, ô Tempête sombre, et fais crouler les villes,

Basses, portant au front la nuit des choses viles,

Des noirs contacts malsains, du bas renoncement ! -

Les autels sont tombés. On avilit, on ment. 1

L'être s'endort, casqué de haine et de bêtise.

La fièvre méprisable et venimeuse attise

La discorde du mal, souffle sur les brandons

Des vieux instincts logés dans le monde 1

— 0 bourdons, Bourdons de Notre-Dame et beffrois militaires. Noirs témoins vigilants, sacrés, profonds, austères, Qui dormez dans la nuit sépulcrale des tours, Quand donc sonnerez-vous la diane des jours ! Quand donc, brisant enfin le mutisme des masses, Où le vice grossier tend les hideuses nasses Où se prennent les cœurs accablés par la nuit. Quand donc, sur le néant du monde où rien ne luit,

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