LE DON DE SOI
Le don de soi
Ah I soufïlez, vents du ciel, et brisez votre attache I
Que l'ouragan rugisse et que la trombe crache
Les fauves tourbillons au vol tempétueux !
0 Mer, ô sombre amante, exalte vers les cieux
Les bonds désordonnés de ta volupté sainte 1
Regarde, je suis là, debout sur toi, sans crainte,
Ivre de tes appels, ivre de tes abois,
Vaste et libre, et le cœur ne sentant plus le poids
Des médiocrités bestiales du monde !
0 fauve amante, ô ma lionne, ô chante et gronde,
Echevèle tes flots illuminés d'éclairs 1
Ton délire et ton spasme auguste me sont chers,
Et j'aime ta furie et ta sombre démence,
Car tu fais naître en moi cet héroïsme immense
Qu*en vain j'ai recherché dans la nuit des vivants I
Oh I des abîmes bleus oij s'enfièvrent les vents,
Venez, essaims sacrés du rêve et du délire !
Que dans l'éclair de feu dont le glaive déchire
La vaste immensité, béante d'infini.
Surgisse enfin le signe extatique et béni !
Que tout s'affirme, et s'illumine et se révèle 1
Et que ma Nef s'exalte et monte comme une aile.
Vers l'héroïsme altier, vers le grand, vers le pur,
A la cime des flots vermeils, casqués d'azur,
Aux éclats des vents noirs soufflant dans leurs tromp
Parmi l'apothéose épique des tempêtes,
Dans l'oubli radieux de sa vie et de soi I
— Oh I vivre plein d'ardeur lumineuse et de foi I
Palpiter, chaleureux, au vol de la fournaise !
Voir l'héroïsme ardent et fier, aux yeux de braise,
Et le saisir au col, et partir avec lui.
Loin des négations farouches de la nuit,
Vers la cime éclatante et folle du prodige.
Où plus rien ne sanglote, où plus rien ne s'afflige,
Où tout paraît superbe, indicible et sans bords ;
Et là, dans la mêlée altière aux noirs accords,
Tandis que s'illumine aux cieux l'heure suprême.
S'exalter dans l'oubli céleste de soi-même,
Et, sublime holocauste, au sang pur et vermeil,
Mourir extasié de gloire et de soleil I