L*ORGUEIL DES CERTITUDES
L'Orgueil des certitudes
Ah I dans la nuit terrible où tu flottes, mon âme, Quel deuil, si tu n'avais cette invincible flamme Qui rayonne en toi-même, et dans l'adversité, Exacerbe sans fin ton âpre volonté De triompher des maux, des nuits et de l'embûche, Où sans cesse ton rêve implacable trébuche. Et se meurtrit, jaloux et fier de son orgueil, Comme une barque noire aux rochers de l'écueil ! — Le vent corne, ma Nef, autour de toi, dans l'ombre , Le simoun tourbillonne au sein des flots sans nombre, La foudre au ciel nocturne étend son glaive en feu. Tout se déchaîne avec furie ; et sur ton vœu
De gloire et d'héroïsme, et de beauté sacrée,
La cohorte anonyme, implacable, exécrée,
Des combattants jaloux et féroces du mal.
Se rue avec des cris funèbres d'animal,
Rugit avec la voix ténébreuse du gouflre,
Crache sa noire écume ; et sur ton cœur qui souffre,
Dans sa soif d'un destin magnifique et puissant,
Se penche et veut pouvoir s'engraisser de ton sang.
Sous ta carène en feu, surveillant ta manœuvre,
Se tend la faim jalouse et morne de la pieuvre.
Le monstre rêve au fond de son obscurité.
La haine méprisable, au torse dilaté
Par le fiel et l'envie, exalte dans son antre,
Ayant tous ses petits venimeux sous son ventre.
Sa fièvre sanguinaire et ses instincts maudits.
Ma Nef, que sous tes bonds se taisent, interdits,
Tous les bas sifflements des noirs cracheurs funèbres;
Que sous l'occlusion perfide des ténèbres,
Malgré tout, avec foi, tu bondisses, ayant
Pour étoile l'ardeur de mon vœu flamboyant,
Montant toujours, plein d'espérance, vers les cimes 1
Danse, ô ma Nef en feu, sur la nuit des abîmes I
Les obscurs éléments grondent en vain sur toi,
Vogue, ô mon Rêve saint, extasié de foi I
Dans le fatras du doute, aux troubles amplitudes,
Cherche et baise avec feu l'orgueil des Certitudes,
Ces phares éclatants qui régnent dans le soir
Et veillent sur l'horreur muette du vent noir.
l'orgueil des CEKTlTUbBS 18
Dont l'aile ténébreuse endort la joie humaine
— 0 Tempête de feu, j'ai voulu ton domaine.
J'ai désiré l'ampleur de tes ébats grondants,
Libre, joyeux et fier, sans mors entre les dents,
Sans joug, sans frein, n'ayant sur ta fougue liquide,
Que mon orgueil jaloux et suprême pour guide.
L'héroïsme pour but et le ciel pour témoin.
Va donc, ma Nef, va donc plus haut, toujours plusloiûl
Dans la fauve tourmente exalte tes prodiges 1
Appelle le tournoi magique des vertiges
Qui mettent dans le cœur un infini de feu I
Riche de mon pouvoir suprême et de mon vœu,
Comme un Zeus couronné de tempête et de foudre,
Triomphe sur ces lieux que le deuil met en poudre,
Que le dégoût terrasse et que le doute tient 1
Va, le soleil sacré du cœur est ton soutien I
Comme un pilote altier la Foi veille à ta poupe,
Et déjà sur l'ampleur du ciel qui se découpe,
Au lointain, dans la nue ardente, au front vermeil,
Je vois ta Volonté triompher au soleil I
Va donc, ma Nef, va donc portant dans ta carène
Tout un vaste désir dont le souffle t'entraîne
A chevaucher l'orgueil des flots, casqués d'azur I
Tends-toi vers l'absolu d'un héroïsme pur,
Dédaigneux des instincts médiocres de l'être,
Et prenant tout l'espace auguste pour y mettre
Le songe de ton cœur chaste et victorieux,
Pour d aper l'infini planétaire des cieux
Du voile constellé de pourpre de tes rêves, Pour mettre l'absolu parmi les heures brèves, Embellir l'univers de ton geste de foi, Et recréer le monde à l'image de toi.