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L APOTHEOSE D HERCULE

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Toi, répands dans les airs tes accents, ô délire !

Que tout mon corps, ô Dieux, chante comme une lyre,

Que tout s'émeuve en moi, que tout vibre sans fin,

Qu'à cet ultime instant montent comme un parfum

Les mâles souvenirs de ma vie héroïque I

— Dans le ciel embrasé par ma puissance épique,

Qu'ils renaissent, loyaux, illustre», palpitants.

Tous les prestigieux et libres combattants

Qui firent ma grandeur plus chère et plus royale !

0 bûcher, que ta flamme étonnante s'étale.

Et gronde, et plane, et vole, et remplisse à mes yeux

L'infinité sereine et profonde des cieux !

Que tout y tourbillonne et s'enfièvre et s'excite I

Que la pourpre chaleur de ce brasier suscite

L'âpre évocation de mes combats fameux 1

Oh ! que je dise encor : Les voici, ce sont eux,

Tous les monstres poignants et noirs, aux yeux de braise I

Palpitez, radieux, au vol de la fournaise,

Auréolés de sang, de flamme et de vapeur !

Regardez tous, c'est moi, moi l'Hercule sans peur,

Le combattant jaloux des fauves de la terre !

Voyez tous, voyez tous, rien en moi ne s'altère,

Et dans la rage épique et l'ardeur du foyer.

Comme un soleil de feu qui monte rougeoyer

Les sommets exaltants de la sphère profonde, Hercule, que l'essor de la lumière inonde, Plane et vibre au-dessus de la crainte et du feu, Mémorable et splendide à jamais comme un dieu !

— 0 vastes combattants de la terre et de l'âme, Le souvenir encor ranime dans la flamme

Vos faces et vos yeux tout baignés de sueur 1 Dans l'exaltation sombre de la lueur Que mon bûcher sanglant exhale vers l'espace. Je vous revois encor, délirants, face à face. Ivres de la grandeur du tournoi souverain ! Votre mufle se tord sous ma poigne d'airain, Le sol panique tremble, au ciel la foudre gronde, Et les géants, épars aux quatre coins du monde. Se terrent, apeurés de nos chocs effrayants.

— 0 monstres fabuleux, j'ai pris vos corps fuyants, Irascibles et chauds comme ce feu qui monte ; Jamais je n'ai senti le rouge de la honte

Couvrir mon front brûlé par vos souffles ardents ! Regardez-moi, crispez vos lèvres et vos dents. Je n'ai point reculé dans la pénombre veule, J'ai mis sous le soleil mon poing dans votre gueule Et coupé votre langue avec mon glaive en feu. Lutter, vaincre et régner sur terre fut mon vœu. J'ai tout broyé sous moi dans ma course olympique, Toas TOUS portez au flanc la trace de ma pique.

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0 monde obscur et bas, vois, je t'ai dépassé.

Et mes ennemis morts sont déjà le passé.

Et n'ont plus, sous la nuit qui vient couvrir ma flamme,

Qu'une apparition suprême dans mon âme !

— Oui, les Dieux soient loués ! Pour la dernière fois, Pareils à des vaincus suivant le char des rois,

Je vous force à jaillir des méandres de l'ombre, Je vous évoque encor dans ce foyer qu'encombre Le rouge tourbillon des braises dans le vent ! Hercule e^t là, voyez, sans crainte comme avant ! Il vibre, il plane au sein de la fournaise, il chante, Enivré, délirant, semblable à la bacchante Qui jette, échevelée, en son essor divin. Tout le lyrisme écl5t dans la pourpre du vin.

— Mon somptueux bûcher, vaste, étend son domaine, Rugit avec sa voix fauve d'énergumène.

Et monte, et s'exaspère, agressif, à mes yeux ; Et toute l'amplitude emphatique des cieux M'apparaît, sous la flamme énorme qui ruisselle, Qui palpite et tournoyé, intense, universelle, Comme un volcan sacré, fascinateur, sans fond. Dans lequel tout s'en va, se heurte et se confond, Et dont l'ardeur robuste, inouïe et féconde, Semble dans son élan incendier le monde.

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— Oh ! c'est riiisUiuL rr'iv*'?, c'e.sl l'essor, cest la vol ! L'extase me délivre et in'eolève du sol,

Tout brille, tout bondit soudain à mon ii»vit»i, Parmi le tourbillon du feu toujours plus vite, Toujours plus ivre et fou, toujours plus insensé !

— Je monle, et près de moi, splendide, traversé De mon pieu flamboyant, Géryoo s'échevèle,

Je le vois, à ma suite (effrénée il se mêle,

Et, dans !a chaude ardeur que son sang vient rou^if

J'entends encor, j'entends ses trois tètes rugir.

Dans l'espace embrasé paraît l'Hydre de Lerne.

Et sa vue affective et multiforme alterne

Avec la vision dramatique du feu.

— Ils sont tous là venus à l'appel de mon vœu, Accourus à ma voix, hennissants et superbes. Dans Téclat du bûcher crachant partout ses gerbes, Je les vois accourir, cabrés, hautains, béants.

Le Lion de Némée et les fauves géants, Lycas et Busiris, et Nessus le Centaure, Dont les galops pourprés extasiaient l'aurore. Cerbère est là, c'est bien ! Diomède, c'est bien ! 0 Serpents fabuleux, je romps votre lien I Cacus, viens, toi, rugis, jette encor ta colère ! Et que tout s'échevelle en mon brasier solaire !

Flammes, chantez plus haut, crépitez dans le ciel ! Brûle, foyer profond, chaste et torrentiel !

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Que inoQ trépas royal illumine la terre,

Et que mon corps entier gronde comme un cratère

Dans l'élastique ampleur du gouffre oriental î

— Flambe donc, ô bûcher, vibre comme un métal, Entièvre ton vertige énorme dans l'espace I

Que tout ici fulgure et plane et se dépasse 1 Que ma force rayonne et rengrège l'ardeur De l'univers qui roule, auguste, en sa spb^ndeur De grand être éternel d'où jaillit toute flamme I

— Brûle, ô mon cœur sacré ! toi mon âme, mon âme, Toi le souffle puissant, toi l'esprit radieux

Issu de la substance immortelle des Dieux, Mon âme, toi que rien n'abat ni ne dévaste, Bondis comme une aurore éclatante au ciel vaste, Et dans un grand triomphe extasié d'amour, Entraîne vers la cime héroïque du jour, Entraîne sous ton vol tous les espoirs du monde. Et brille, brille avec tant d'ivresse féconde Que dans l'immensité des cieux, au front vermeil, Tu deviennes la sœur épique du soleil !

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