EN ATTENDANT LES DIEUX ET LES HÉROS
En attendant les dieux et les héros
La médiocrité triomphe. Le forfait
S*étend, et, venimeux, étouffe le parfait
Sous la nuit implacable et morne de ses ailes.
Partout l'essaim hideux des misères charnelles,
Croupit dans les bas-fonds d'un monde à son déclin.
Qui tombe, douloureux et noir, le ventre plein.
Mais vide le cerveau, vide le cœur et vide
L'âme, que rien ne tend, dans un beau geste avide,
Vers l'exaltation d'un rôve surhumain.
— L'intérêt méprisable et vil, sur le chemin
Où roule la cohorte imbécile du monde,
Se traîne seul, jappant de sa bouche inféconde,
Après tous les appâts débiles entrevus.
Pas un geste sacré dans ce monde confus,
Pas un cri généreux de justice et de gloire.
La cohorte des chiens ivres demande à boire.
Et privé de héros, débile, en son fumier,
Le peuple abject s'endort dans le mal coutumier.
Et roule, lamentable et tout souillé d'envie,
Sur ce sentier d'erreurs qu'on appelle la vie.
Aucune attente dans les âmes et les cœurs !
Le cortège pieux des beaux espoirs, vainqueurs
De la stérilité néfaste de la terre,
N'apparaît plus nimbé du rêve salutaire,
Et gravissant, joyeux, les chemins de l'azur,
Qui mènent vers plus grand, vers plus beau, vers plus p
Ah! la stupidité triomphe sans partage !
Les hommes ont laissé le splendide héritage
Des héros et des dieux s'écrouler dans la nuit !
— 0 vainqueurs exaltés, dont le geste reluit
Parmi l'apothéose auguste de l'histoire.
Grands phares culminants dressés sur l'ombre noire,
Héros de la lumière immense de Tesprit,
Vastes sauveurs divins, dont le nom reste écrit
Au panthéon des éclatantes épopées,
Poètes surhumains ou brandisseurs d'épées,