‹ Les triumphes et magnificence faictes á l'entrée de MonseigneurChapitre 6 sur 10 · PREMIEREMENT · texte numérisé non relu

PREMIEREMENT

SA (iRANDKUH estant en son chaslel du Plessis lez Tours, ^ en parlisl avec les Princes, Seigneurs. Gentilz-hommes, et Ofliciers de sa maison le dicl jour i\ l'heure de inidy, pour soy transporter sur l'eschaiïaull dressé au millieu des faulxbourgs de la Hiclie. Oui esloit de quaire toises de long et dix pieds de large, garny de belle et riche tapisserie, tant par le liault, bas que coustières ^ du dehors et dedans : Ensemble un»! grande salle joignant au dicteschallault, pour saretraicte.

Ou arrivés les Maire et Echevins de la dicte ville advertirent son excellence, du Bataillon carré, auquel se seroient dressé et rengé les compaignées a pied, des gens de mestier et artisans ^ de la dicte ville, sur les grèves d'icelle'' : Lesquelz voiant venir mon dict Seigneur, auroient marché au devant de luy en bataille, en aussy bonne ordonnance, que si de tout temps y eussent esté nourriz.

Dont fort content et joyeux son Altesse se seroit mis a veoir et visitter à Fentour le dict Bataillon. Et après s'estre retiré, auroient toutes les dictes compaignées, faict une escoupetterie *°, qui auroit duré par l'espace d'une grande demye heure, au grand plaisir et contentement de mon dict Seigneur.

Lesquelles compaignées incontinent après commencèrent à marcher, selon Tordre qui leur estoit estably : Estant leur Colonnel à la teste et poincte des dictes Enseignes, en fort bonne et riche conche'' suivy de TEnseigne blanche et Colonnelle, que portoient les maistres ouvriers en draps d'Or, d'Argent et soye : Tous habillés de pourpoinctz de satin cramoisy, chausses de velours, le bas d'estame ' ' orangé, le collet de velours noir, et armés de morions et harquebuzes estans au nombre de trois cens et plus.

En après toutes les autres compaignées des dicts artisans, jusques au nombre de vingt Enseignes liabille/

d'autres habitz convenables à leur mcstier, et livrées de mondicl Seigneur, semblablemenl armés de morious, harquebu/es, corsellelz et ouvrasses'^ fort riebes : faisant/, ensemble trois mil bommes et plus.

Les IMinces et suppôt/ de la Ba/ocbe'' marcborent les derniers, estans en nombre de quatre-vingt/, tous babillésd'un bonnet de velours cramoisy viollet, pourpoinct et chausses de velours et satin aussy viollet cramoisy, avecques le bas de soye ou estame jaulne et iing espieu'' doré en la main : et devant eulx, leurs trompettes et clairons.

Furent suivys des marchands grossiers '*• montés à cheval, sur housse, et habillés chacun d'eulx de robbe ou manteau de talfetas, saye'^ et chappeau de velours noir; estans au nombre de soixante ou environ.

En après les Olliciers et monnoNCurs de la mou noyé, aussy montés à cheval, et semblablement habillés comme les dicts marchans, ayant devant eulx une banderolle peincte, des ustensiles propres à la dicte monnoye: et au milieu d'eulx une belle et jeune Nymphe richement habillée de damas blanc, avecques un voille de ray/eul blanc '^ par dessus, montée sur une hacquenée toute blanche, enharnachée de velours blanc, avecques la housse trainant jusques à loiic : et deux grands laquais à rosté d'elle tenant/ cesraynes : Laquelle |)ortoil au devant d*(^lle. un enlablomenl cuu\rrl de plusieurs espèces

d'or et d'argent, ayant en la main un tresbuchet^^

Marchast en après le corps de ladicte ville, ayant le Maire d'icelle au devant de luy dix braves hommes hallebardiers, portant livrées : les quatre Clercs de la dicte ville montés à cheval, vestuz de leurs robbes longues, armoyés de broderie et orfeverye d'or fin et argent : sur la manche droicte des armes de la dicte ville, et celles du dict Maire. Lequel estoit monté sur un brave cheval richement enharnaché, vestu d'une robbe de velours, et autres habitz dignes de luy: suivy des vingt et quatre eschevins et soixante quinze Pairs et Conseillers perpetuelzde la dicte ville : Tous montés à cheval, sur housse, habillés devestements propres et convenables à leurs dignités et qualité.

S'ensuyvoient après eulx les Prevostz, Lieutenans, et Archers de Messieurs les Mareschaulx de France, avecques leurs hoquetons^'^' de livrée : Huyssiers et Sergens aussy à cheval, avecques leurs masses et verges de Justice.

Puis après les Lieutenans, Général, Criminel, Particulier et douze Conseillers avecqnes les Procureur et avocat/ du Roy et de Mond' Seigneur, le Prévost et son Lieutenant, les Enquesteurs et Greffiers tant de Tordinairc que d'appeaulx, du siège Royal et présidial dud. Tours; honnorabloment montés et habillés selon qu'il estoit dcciMil et convenable à leurs estais et dignités.

Toutes lesquelles troupes passant pardevant le dict eschaffault, ou mon dit Seigneur estoit avec les Princes et aucuns Seigneurs de sa suitle.oultre la révérence et démonstration de toute humilité et servitude faicte par chacun des particuliers d'icelle. fut faicte harangue à sr\ Grandeur par le Colonnel des dictes compaignées. puis par le Maire de la dicte ville, qui misl pied à terre, pour monter sur Teschaffault et présenta les clefs de la dicte ville à son Altesse : lequel après avoir benignement entendu les remonstrances et supplications du dict Maire et receu les dictes clefz, les rendit au dict Maire, avec telle et si favorable response. que tout le peuple eut occasion de s'en resjouïr. Comme a semblable feit le Lieutenant gênerai pour la justice qui n'en rapporta moindre contentement.

Ce faict.les trompettes, phiffres et tabourins de ses Gardes, tant à pied qu'à cheval commencèrent a sonner, et a marcher selon leur rang accoustumé : Estans les dictes Gardes pour ce jour habillées à neuf de cazaques de velours cramoizy, chamarrées de passement d'or. Les Pages de la Chambre, d habit/ plus sumptueux et d'autre couleur et livrée que ceux de Tescuverie : Les Princes et Seigneurs montés sur chevaulx d'Espagne, et coursiers des plus braves et vigoreux, qui se |»uissenl gueres veoir, et vestus de riches et sumptueux habillemens enrichis d'or, d'argent.' et pierreries.

Duquel lieu son Excellence partist et niontast sur

un beau et brave coursier, richement enharnaché et vestu d'un habillement de couleur céleste, enrichy d'or d'argent, et pierreries : dont se seroit acheminé en la dicte ville : ou il auroit esté receu a grand'joie et plaisir.

En premier lieu l'Arcade faicte et dressée exprès hors la d. ville :à la rusticque et grotesque avec un pan de chascun costé de mesme structure. Au dessus de la corniche de laquelle Arcade, estoient représentées deux statues de Castor et Pollux, aiant chascun d'eulx une espée en la main dont le bout estoit rompu : armez de corcelletz, grèves'' et morions - anticques designés; par une estoille claire et rayonnante sur leurs testes : Signifiant que leur fraternelle amitié est d'effect et volonté unie, pour chastier les infraeteurs de la paix et perturbateurs du repos publicq.

Entre les deux frères estoit un Autel, sur lequel au lieu de victime, estoient deux mains joinetes Tune dedans Tautre; et derrière icelles une déesse pareillement relevée à bosse, représentant l'image de la Concorde, ressemblant à la Rovne Mère-^' autant que la stature Tavoit peu par son artifice raporter. Cette déesse estoit habillée à Tanticque, d'un tissu nymphal, blanc, enrichi d'or par les brodeures, tenant en la main dextre, un vaze plein du vin, qu'elle versoit de hault sur les dictes mains jointes, aiant au costé du dict autel, une Cigoigne et un Pellican : signifiant charité, dilertion, et amitié malernelle.

En reiilablemfint duquel autel, estoienl escriptz ces vers :

De ceiluy qui rompra la paix Par armes, feinctes et malice Le cerveau coulle aussy espais, Que le vin sur ce sacrifice.

Kl an |)!0(i du dicl autel, estoit escript en grosse lettre.

ARA CONCORDI/E VA plus bas pendoit un tableau contenant ces vers latins:

FirmatcT pacis tibi victima ponitur, Ara Construitur : tirmi hœc sitnobis fœderis arrba Ut liquor iste meri niihi, funditur œnophoro, sic Fœdera rumpenti cerehrum calva cflluatampla. Etspargatur bunii pedibusq : et calce leicndinu.

D'abvantage on un aultre Tableau estoiont escriptz ces vers, pour lionnoier la Hoyne Mère, comme médiatrice et cause principalle do la paix cl union roslablie enlre les frèies :

En pietas, en cliar'amor ii:enitricis in ipsos Divinos partus ; (jUtLMion esl passa fiireiili Mnile (lin fratres ai^itari et discordib' arniis Sediis, sed p(>pnl() perui'ala pace Iii:avit.

Et en la frize du dict portail, estoit escript asçavoir au costé droict.

Gastora, Pollucem germinos, sua Leda fideli Jungit amicitia, vivit uterq : simul,

Au mitan de la dicte frize :

Vivite felices animse Et à l'autre bout, ce disticq grec :

Au dedans de la dicte voulte de TArcade, estoient peinctes toutes sortes d'armes brisées et rompues : parmy lesquelles estoient des arignés faisans leur toille : aussy des mousches, faisans leurs ruches sur icelles : pour signifier que Tunion et concorde commandent, et maistrisent pour le jourd'buy les armes.

La face de derrière duquel portail estoit semblable à celle de devant. Et au dessus de la corniche d'icelle posée une grande toille peincte, ou estoit représenté un grand Persée Chevallier volant, ayant un cymetere en la main dextre haultement relevé, et en sa gaulch^, la teste d'une Méduse chevel-

lue, avec plusieurs couleuvres et serpens, sur lesquelz il mar choit. D\in costé duquel Persée estoit escript ce distique :

Dignamur caelo, Lernae qui contiilit Hydram Tu helli nionstrum conficis ; an ne niinor '!

Et do Tautre costé ce tetrastique :

Ut mea (iorgonidi praecidit colla iMchIuscT Haec victrix Harpe, dextra vibrata miiiaci : Sic eadem Pacis violanti fœdera sacrse Ditam cervicem violento dirimet ictu. N

Et à la fi-izc •

Parce i-laive victorieux Méduse eust la tète cou|)pée :

Monstres, vices, et vicieux Sentiront que peult mon espée.

Depuis laquelle Arcade, estoit dressée uue Treille revestue de lierre jusques et joignant le pont du BouUever -^ de la dicte ville : au dedans de laquelle Treille étoient posés et assiz en premier lieu un grand Escusson dos armo>ries du Hoy, puis

de celles de mon dict Seigneur : et au dessoubz le distique qui ensuyt.

Macte tuo adventu, Princeps, nigra nubila pelle : Discute et in stygios, iinde oriunda, lacus.

Et après, une grande figure du Soleil : et au desssoubz; les carmes qui sensuyvent.

Phœbe potens, nostri felicis conditor sévi. Aurea conversis renovato secula fatis.

Restituens mundo, totq; obsignata per annos. iEtherei pandens stellantia lumina regni.

Au bout de laquelle Treille, estoit un autre grand Escusson des arnies de la dicte ville de Tours : Et au-dessoubz, cest Epigramme Latin :

Haec love ut à triplici quondam tria lilia missa : Has tibi très tutres misit et ipse Deus. Qui deus est un' trinus quoq; pacis et autbor Turribus is pacem det tribus, atq; fidem.

Les Gardes folz et chesnes du portail d'icelluy boullever semblablement couvers de lierre, et semés d'orclicquant '^ de couleur orangé : avec trois grans escussons des armoyries du Roy, de mondict Seigneur, et de la ville, posés au dessus du dict portail. La voulte et pied/, duquel estoient couverts de Tapisseries.

Au tlcilans duquel boullever el entre la porte d'icelluy et celle de la dicte ville estoient d'un costé et d'autre dressées autres Treilles, avec des niches, semblablement revestues de lierre, et garnies de Soleilz,F couronnées, meustes de Lyon ^^' et or clicquant au travers desquelles, estoient attachés plusieurs jettons de toutes sortes de fruictz, avec leurs feuilles : el au drnians des dictes niches, asçavoir en celles du costé droict, estoit représentée une Déesse, ayant la visaige joyeulx et gaillaird, j)enchée en avant, les bras ouvers et allongés, tenant en ses mains un Escusson mi-party des armoiries des Duchés et Comtés dont jouist a présent mon dict Seigneur : Kt a costé d'icelle estoit escript ceste Epigramme Françoys.

(îrand Prince, des Princes l'honneur ( Mii avés assopy les guerres Recevés Thommage des Terres Dont la vertu vous faict Seigneur

Aux iiulres trois Niches suyvanles, esloienl l'cpresoulées trois autres Déesses : La première .h'rusalem avec un visaige trislo, comme prisonnière, et attachée à un Balsamum'" (qui est un petit arbrisseau h^ plus célèbre du pays] tenant en la main droicle, Tescu de Jérusalem qu'elle presenloil à son Excellence, avec rEpi^i'anunc Erançois ijiii s'ensuyl :

Rompes en si dure saison.

De noz mains le lyen servilie Jherusalem, Naples, Seciile Sont les biens de vostre maison.

La seconde Déesse estoit faic*:e en forme de Serein e''\ attachée de la main senestre à un petit Rocher : remarquant le Royaume de Naples, et présentant à sa Grandeur, l'Escu du dict Royaume avec tel Épigramme latin :

Te Siculae gentes, te Parthenope lebuscei Implorant, vinctas objiciunt quemaniis.

Venisti tandem vindex ultorque f iiturus Captivis : quse te fata de dère Diicem. \

En la troisiesme et dernière estoit Cerès signifiant Seciile •^•\ attachée à un autre plus gros Rocher ; aussi présentant les armoyries du dict Royaume à son Excellence : comme le priant de la délivrer, secourir, et réunir à sa maison par ces vers :

Non jam Persephonen, sed te. clarissime princeps

Aima Gères qneritlitton' ïrinactio Terra ferax fiuguni Tyrrhenoq; obsita ponto,

Ultorem votisïnsula amœna vocal.

Et de l'autre costé de le dicte treille, estoit assis un

grand Escusson, my-party des armoiryes du Duché de Touraine et de celles des Duchés d'Anjou, Berryel Allençon.

Et au-delà une grande ïoille et Tableau, auquel estoit despeinct un grand Ciel, ayant en hault, deux grandes Planettes: signifiantes les Roys Francoys premier et Henry second grand'père et père de Monseigneur : et plus bas, deux autres moyennes, qui représentoient Francoys et Charles derniers Roys ses frères. Et au bout du d. ciel vers levant estoit peinct un grand Soleil de fin or. sortant delà mer, s'eiïorçant monter au ciel : auquel toutes les influences et rayons de ces quatre Planettes tiroyent droict : et au dessoubz du dict ciel, cest Épigramme francoys estoit escript :

Voyez ces estoillesqui luysent D'un feu qui na poinct de pareil :

Sont vos ayeulx qui vous conduisent Au ciel, par Armes et Conseil :

Et qui de leur raiz favorisent A vous nostre nouveau Soleil.

.loingnant lequel Tableau, estoientescriptz ces carmes latins;

Te pater, et proavi quibhîcc sunt sydera sacra hivinos meriti caussà virtulis. honores, Respectant, cœli et justa plus part(^ relin(|uunt Quid prœter cœlum speret fortissimus Héros?

Et au dessoulbz d'un autre Soleil, esloit semblablemenl escript ce disticque latin :

Francisce, exoriens nostrœ utSolaureus ui'bi; Impia discutiens tu pia sacra fove.

Toutes ces choses estoient si bien adaptées, qu'elles faisoient perdre la mémoire de la forteresse et boulever construit au d. endroict, pour la seureté de la dicte ville, par le derrière des dictes Treilles, estoit vaguant un homme contrefaisant au naturel le chant du Rossignol, et plusieurs autres sortes d'oyseaulx.

L'artillerie feut entièrement desplacée des lieux, où Ton avoit accoustumé s'en servir durant la guerre, et mise hors de la dicte ville, sur la contrescarpe d'icelluy boulever.

Le dessus du portail de la dicte ville estoit couvert des armoyries du Rov, de Monsei":ncur, et au dessoubz de celles de la ville et du Maire d'icelle.

Au delà duquel portail estoient quatre hommes de Finances, bourgeoys de la dicte ville, en très bonne conche, tenans le Pesle^'^,souz lequel après que son Excellence se fut mise, print son chemin le long delà Grand'Rue^', décorée d'une part el d'autre, des plus précieux meubles et riches tapisseries que les habitants d'icellepouvoient avoii : uiiH! «^ l'infini nombre de spe

dateurs, dont les boutiques et croisées des maisons respondantes sur la dicte rue, estoientremplyes.

Les pentes et fonds du dict Pesle, estoient de damas cramoisy, le plus excellent qui se puisse veoir, chamarré à bandes et carreaux d'argent (in : et au milieux d'iceulx les armoiryes do mon dict Seigneur à la broderie d'or.

Mais d'autant que au carroy ou carrefour des chappeaulx^-, estoit nécessaire de soy destourner de Fadresse-^^ ordinaire, qui estoit trop estroicte; auroit esté faict un Acte-^^ triumphal au dict carroy, à columnes et pillastres excellentement enrichi de peinctures, selon Tordre et mesure pour ce accoustumées : au-dessus de la corniche duquel étoient représentées trois statues de Déesses: dont celle (fui estoit aucosté droict, signifloit lieligion vestue d'un habit blanc, ayant deux livres fermé/ et relie/ à boucles, dans les mains : aux pieds de laquelle estoit escript.

REDEUNT SATURNIA REGNA VA |)ius bas ce tctrasticque.

Hic liber est clusiis : quein clnsuni solvere nemo : Rursum si paient, cludere ncMiio potest

Hune prœter, cui claudendi data suiiima potestas S()lventi(|: Nisi jus (ledit (^lle |)rius.

Celle du mitan^^ estoit la Déesse Astrée, dénotant la Paix, ayant des œles au doz, dont les deux boutz estoient rompu/ avec un espy de bled dans la main, vestue d'un manteau d'azur, semé d'estoilles, coiffée à Fanticque : près les pieds de laquelle estoit escript,

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