LE VIEILLOT, MALE ADULTE
( ORNISMYA riElLLOTII. Less. )
La planche LXIV de nos Oiseaux-mouches représente le vieillot dans une livrée incomplète ; aussi nous sommes-nous empressés de faire figurer cette gracieuse espèce dans tout le développement de ses parures.
Cet oiseau-mouche a reçu le nom de Trochilus chalyhœus par M. Vieillot, nom que lui conservèrent M. Temminck (Ois. col. ^^^ fig. 2), et M. Drapiez. Il se trouve mentionné dans le Catalogue de M. Lichteinsten , sous le nom de Trochilus festivus , n° 122.
Le vieillot que représente notre planche n'^ 8 est à peine long de trois pouces , et le bec , fin et grêle , a tout au plus six lignes : il est noir , tandis que les tarses sont brunâtres.
Un chaperon vert-émeraudin occupe le devant du front jusqu'au milieu de la tête, et forme une sorte de plaque relevée sur cette partie. L'occiput, le cou, le dos et les épaules sont d'un vert-doré métallique, avec des reflets de eu ivre -rouge. Une large ceinture de couleur
blanche et nankin traverse le bas du dos et va se perdre sur les flancs. Les plumes du croupion et les couvertures de la queue sont d'un riche pourpre-doré très brillant.
Les ailes n'atteignent que les deux tiers de la queue , qui est dilatée , médiocre et arrondie. Les rémiges sont brunes et pourprées, et les rectrices sont en dessus d'un cuivre-rouge glacé d'or, et en dessous de cuivre-rouge poli.
Les plumes de la gorge et du devant du cou sont nankin à leur base, puis d'un vert frais et brillant , mais ne dessinent point de plaque ; elles recouvrent les longues parures latérales, qui s'avancent et se dirigent en arrière en formant de chaque côté un éventail allongé et terminé en pointe d'une rare élégance. Ces plumes sont étagées , graduées entre elles , longues , minces , brillantes du plus beau vert-doré d'émeraude , et terminées chacune à leur sommet par une gouttelette d'un blanc pur.
Une sorte de plastron d'un blanc sale, mal dessiné , occupe le reste du cou en devant. Les côtés du thorax sont verdâtres de même que les flancs ; tout le dessous du corps est d'une teinte rouille, légèrement zone de verdâtre. La région anale est blanche et les couvertures inférieures de la queue sont rousses et zonées de brunâtre.
Ce charmant oiseau, que nous a communiqué
DES TROCHILIDÉES. 89
M. Florent Prévost, est du Brésil, de la province Santo-Paulo. Le nom qu'il porte est celui de M. Vieillot , ornithologiste très connu par de nombreux travaux , et qui vient de mourir il y a quelques mois à Rouen , où il s'était retiré , affligé qu'il était par une cécité incurable. La mort de M. Vieillot a passé inaperçue. Qui, dans cette organisation sociale corruptrice et égoïste , pouvait s'intéresser à un homme travaillant avec conscience , sans appartenir aux coteries qui se disputent le monopole exclusif des réputations et surtout des places ? Qu'est-ce qu'un ornithologiste aujourd'hui ? Vieillot ne devint naturaliste que par circonstance. Livré au commerce, il fut s'établir, à l'aurore de notre première révolution, dans l'île de Saint-Domingue. Là, en présence de cette riche nature des tropiques, il s'enthousiasma pour les volatiles qui l'animaient. Obligé de fuir cette terre de massacre , où la couleur de la peau était un titre de proscription , il fut s'établir aux Etats-Unis , et y recueillit les matériaux de son Histoire Naturelle des oiseaux de l'Amérique septentrionale. Ses premiers ouvrages dénotent combien alors étaient légères ses connaissances scientifiques en ornithologie , et servent de point de départ à ce qu'il a fait depuis comme naturaliste, à partir du tem])s où il cultivait la science en amateur.
Depuis son retour en France, il n'a cessé de travailler ou à des ouvrages spéciaux , ou à des ouvrages généraux. Ses Oiseaux dorés , commencés par Audebert et achevés par lui , ses Oiseaux chanteurs , ses articles d'ornithologie du Dictionnaire de Déterville, réunis dans l'Encyclopédie, puis sa Galerie du musée de Paris, sont connus et appréciés de tous les naturalistes. Ayant perdu son aisance dans la révolution , la vie entière de M. Vieillot s'écoula dans une honorable pauvreté , bien voisine de l'indigence. Il est mort en laissant des manuscrits qui , sans doute , ne seront jamais publiés. Il est mort sans qu'aucun savant n'ait jette une feuille de cyprès sur sa tombe ! ! !
DES TROCHILIDÉES. ^l
( Pl. IX. )