ACTE PREMIER
JULIE
Demoiselle de magasin 1 mais ce n'est pas du tout cela que je veux être. (Elle rit.)
DURAND
Vous me l'avez dit.
JULIE
Je vous l'ai dit... oui, le premier jour, à la première leçon.
DURAND
Eh bien donc?
JULIE
J'ai lu et copié cette maxime : « Les femmes ne disent jamais ce qu'elles pensent et ne pensent jamais ce qu'elles disent... » Et je m'en suis souvenue... Vous ne trouvez donc pas que je suis aussi jolie que ma maîtresse?
DURAND
Ohl pour le moins.
JULIE
Ne m'avez-vous pas dit que, si je continuais, j'en saurais bientôt plus qu'elle?
DURAND
Encore quelques mois d'application. Vrai! sans compliments, les progrès que vous faites me surprennent.
JULIE
Il n'y a pas de quoi s'en étonner. Je passe toutes mes soi-
rées, pendant que madame est au spectacle, à copier vos exemples d'écriture, et toutes mes nuits à lire les Lettres de madame de Se vigne.
DURAND
Vous lisez les Lettres de madame de Sèvigné?
JULIE
J'en lis bien d'autres! J'ai lu la Nouvelle Héloïse...T)ès qu'il paraît un roman nouveau, je le loue, et, dès que je suis eeule, je le dévore. (Eiie tire un volume de sa poche.) Tenez! voilà le dernier roman de George Sand!
DURAND
Vous avez tort, mademoiselle Julie! les romans sont une mauvaise lecture... cela égare l'imagination des dames et des demoiselles. Je les interdis expressément à madame Durand.
Tous?
DURAND
Oui, tous indistinctement. Il vaut mieux lire de bons livres d'histoire et de géographie.
JULIE
A quoi ces livres me mèneraient-ils? Je n'ai pas du tout l'envie de ressembler à madame Durand. Je suis sûre que c'est elle qui va au marché le matin.
DURAND
Si elle n'y allait pas, qui donc irait pour elle? Il faudrait