ACTE PREMIER. M
que ce fût moi, car ce n'est pas avec des leçons d'écriture et d'orthographe à trois francs le cachet qu'on se paye des cuisinières!
JULIE
Elle va chez le boucher acheter elle-même sa viande ?
DURAND
Certainement.
JULIE
Votre femme est donc laide?
DURAND
Laide, ma femme? Je ne veux pas parler de vous, mais je puis bien parler de votre maîtresse... Eh bien, ma femme est vingt mille fois plus jolie qu'elle, et, quand je dis vingt mille fois, ce n'est pas assez !
Paroles de mari amoureux !
DURAND
11 n'y a qu'à le demander à tout le quartier qui la connaît.
Ah! vous ne me ferez jamais accroire que, si madame Durand était aussi jolie que vous le dites, elle vous aurait épousé.
DURAND
Ce serait à recommencer qu'elle le ferait encore... (Rire de Julie.) Ne riez pas!... car son bonheur, c'est- son ménage, ce
sont ces deux petits enfants qu'elle a nourris de son lait.. Nous ne sommes pas riches, mais nous sommes heureux.... nous n'avons pas de luxe, mais nous n'avons pas de dettes.
JULIE
Combien donc gagnez-vous par an?
DURAND
Professeur d'écriture, teneur de livres, courtier d'assurances, cornet à piston à l'orchestre du Vaudeville, agent d'une maison de Bordeaux pour le placement de ses vins, (n cherche dans ses poches.) Prenez ce prix-courant et remettez-le à votre maîtresse... Tout cela réuni me rapporte trois mille francs les bonnes années et deux mille cinq cents les mauvaises.
JULIE
Et vous vivez avec ça?
DURAND
Nous faisons des économies...
Des économies!... Et madame qui dit qu'elle ne peut pas joindre les deux bouts avec cent mille francs par an.
DURAND
Cent mille francs par an! A quoi, bon Dieu! peut-elle les dépenser? Elle achète donc beaucoup de diamants?
JULIE
Elle vend souvent ceux qu'on lui donne, mais elle n'en, achète jamais !