ACTE PREMIER
JULIE
Madame est contente que monsieur soit parti ?
LÉENA.
Oui, parce que, s'il était resté, il aurait fallu dire au baron de revenir, et cela m'aurait contrariée.
JULIE
Décidément, madame aime donc M. le baron? Cependant il n'est pas mieux que monsieur.
LÉENA.
C'est vrai! Mais Alphonse trompe sa femme pour moi, et cela m'amuse.
JULIE
Comment cela peut-il amuser madame, puisque la baronne de Yalroy profite, à son tour, de ce que son mari est ici pour le tromper plus commodément avec M. Maurice, l'ami intime de monsieur et l'ennemi... de madame.
Vous êtes bien sûre, Julie, de ce que vous venez de me dire?... Mes cigarettes.
JULIE
J'en suis certaine.
Comment le savez-vous?
JULIE
Est-ce que par les antichambres on ne sait pas tout?...
LÉENA.
Donnez-moi mon miroir, (juiie lui présente son miroir.) Ramassez mon mouchoir, que je viens de laisser tomber. Et que savez-vous encore?
JULIE
Ce que je sais? Je sais que M. Alphonse est très-jaloux.
LÉ EISA.
Jaloux de moi?
JULIE
Non, de sa femme; s'il se doutait qu'elle le trompe pour M. Maurice, il les tuerait tous les deux.
LÉENA.
Exagération!... Invention de domestiques qui ne savent qu'inventer.
JULIE
C'est la vérité; je le sais par Joséphine, qui est mon amie, et qui est la femme de chambre de la baronne de Valroy.
LÉENA, riant.
Ah! que les hommes sont drôles! Alphonse jaloux de sa femme, qu'il trompe pour moi, et se cachant dans mon cabinet de toilette aussitôt que Lucien arrive, puis y restant quelquefois des heures entières sans pouvoir s'échapper... Cet appartement est si incommode!... (on entend sonner.) On sonne. Julie, allez ouvrir. Peut-être est-ce lui?