‹ Les trois amants, pièce en deux actesChapitre 12 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

DURAND

Alors, où peut aller tout cet argent-là?

JULIE

Où il va? Demandez-le aux couturières, aux lingères, mais surtout aux tapissiers. A peine madame vient-elle de finir de meubler un appartement qu'il faut qu'elle en change et qu'elle s'occupe d'en meubler un autre.

DURAND

Il serait bien plus raisonnable de mettre cet argent-là de côté.

JULIE

A cela madame répond : « Il vaut mieux tuer l'ennui que l'ennui ne vous tue... » Mais nous perdons là notre temps à jaser... J'ai peur qu'elle ne rentre... Montez vite dans ma chambre; vous y trouverez tout ce qu'il faut, du papier, des plumes et de l'encre fraîche.

DURAND

J'y monte; mais ne me faites pas attendre aussi longtemps que la dernière fois. J'ai attendu deux heures.

C'est vrai; mais je vous ai payé double, (n sort.) SCÈNE VI.

JULIE , seule.

Dire que des petites gens comme ce Durand savent ce qu'à mon âge il faut que j'apprenne! L'orthographe ! l'orthogra-

phe !... Ah! les mères! les mères ! A quoi songent-elles donc? Mais bientôt j'écrirai mieux que toi, mijaurée que j'habille et qui te donnes avec moi des airs de princesse, comme si nous n'étions pas de la même pâte... Crois-tu donc, quand l'occasion sera venue, que, moi aussi* je ne saurai pas porter une robe de velours de trente mètres et m'élaler dans une calèche à huit ressorts? Est-ce donc si difficile de se couvrir de blanc, de se teindre les cheveux en blond doré, de se peindre les sourcils en noir, et de faire comme ça?... (Eiie s'étudie dans la

glace et va pour sortir.)

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