‹ Les trois amants, pièce en deux actesChapitre 19 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LÉENA.

Ah! la belle raison !

ALPHONSE

Léena, ne plaisante pas avec les choses sérieuses!

LÉENA.

Quelles choses sérieuses?

ALPHONSE

Mon honneur.

LÉENA.

Voilà le grand mot lâché ! C'est le mot de tous les hommes qui ont une maîtresse et qui n'admettent pas que leur femme, qu'ils négligent, ait un amant qui la soigne. Vous trompez votre femme; votre femme vous trompe, elle fait bien; e!, je vous le déclare, je suis de son parti contre vous.

ALPHONSE, soucieux et agité.

Ce n'est pas possible que Maurice, que je connais depuis dix ans, qui a été témoin de mon mariage, qui dîne chez moi tous les jours et qui, tous les soirs...

LÉENA.

Continuez... continuez... Pourquoi vous interrompre?

ALPHONE.

Ah ! ce serait infâme.

LÉENA.

La bonne plaisanterie! Vous êtes-vous donc imaginé que

c'est pour l'honneur de manger votre soupe que M. Evry s'est fait le chambellan de votre femme, qu'il la conduit aux Italiens quand vous me menez aux Bouffes-Parisiens, et l'accompagne dans le monde quand vous dites que vous allez au club et que vous venez ici ? (Eiie rit.)

ALPHONSE

Ne ris pas ! Ah! ne ris pas, Léena, je te le défends.

LÉENA.

Vous me le défendez ? (Eiie rit encore plus fort.) Ce que je vouais savoir, maintenant je le sais; je n'en puis plus douter : vous êtes amoureux de votre femme...

ALPHONSE

Non; mais cela ne m'empêche pas de reconnaître que c'est une femme supérieure près de laquelle je suis gêné, près de laquelle je me sens petit...

LÉENA.

Alors, moi, je suis une femme inférieure près de laquelle monsieur n'est pas gêné, près de laquelle monsieur se trouva grand ! Pourquoi donc me disiez-vous que vous étiez amoureux de moi? Et je l'ai cru... Vous êtes... vous mériteriez que je dise le mot...

ALPHONSE

Tu ne comprends pas que...

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