ACTE DEUXIÈME
LOUISE
Je l'ai été longtemps... je ne le suis plus... La blessure qu'il a faite à ma dignité m'a guérie de la blessure qu'il a faite à mon cœur.
MAURICE
Il y a des jours où je crains qu'il ne saigne encore... Il y a des jours où vous êtes si triste, vous, si vivante, si animée !
LOUISE
Ne parlons pas de cela, Maurice ! C'est mon secret.
MAURICE
N'est-ce pas aussi un peu le mien ?
LOUISE
Parlons de ce que j'ai vu... De la chambre à coucher la plus provocante, j'entre dans le salon le plus élégant; qu'est-ce que j'y trouve ? (Eiie se met à nre.) Monsieur mon époux !
Quelle contenance a-t-il fait?
LOUISE
Je dois être juste... pas trop mauvaise.
MAURICE
Mais vous, qu'avez- vous dit?
LOUISE
Nous avons échangé quelques mots seulement. Je suis sortie
et je l'ai laissé là... J'avais des soupçons, maintenant j'ai des preuves.
MAURICE
A quoi vous serviront-elles ?
LOUISE
A imposer silence à ses jalousies, d'autant plus inquiètes qu'elles sont moins légitimes. Les maris infidèles ne devraient pas être jaloux. Ce sont ceux qui le sont le plus ! Maurice, vous êtes le seul homme qui ne lui donne pas d'ombrage. C'est inexplicable.
MAURICE
Inexplicable! cela le paraît, mais cela ne l'est point. N'y a-t-il pas une éternité que je connais Alphonse? N'ai-je pas assisté à la cour qu'il vous faisait, à son mariage, à votre lune de miel, à vos querelles de ménage, à vos raccommodements? N'ai-je pas été le dépositaire alternatif de vos confidences et des siennes? Ne passons-nous pas ensemble tous les automnes à chasser à Valroy, et ne dînons-nous pas journellement tous les trois? L'œil finit par ne plus regarder ce qu'il voit tous les jours. Cela est si vrai, qu'Alphonse ne remarque jamais que mon absence. Si je ne suis pas là, je lui manque.
LOUISE
C'est que vous êtes sa liberté; s'il ne vous avait point, il ne pourrait pas me laisser seule, toujours seule 1 (Pause.)
MAURICE
Que fait-on ce soir?