ACTE DEUXIÈME
MAURICE
Louise! Louise! Il ne se peut plus que le bonheur que je poursuis continue toujours de m'échapper...
LOUISE
Voudriez-vous donc acheter le vôtre au prix du mien ?
MAURICE
Égoïsme!
LOUISE
Et moi, quel nom donnerai-je au sentiment qui vous dicte cette injure?
MAURICE
Se contenir est facile quand on n'aime pas, mais c'est impossible quand on aime... Louise, je t'aime tant!
LOUISE
Si cela est vrai, Maurice, aimez-moi plus que vous-même. Contentez-vous de mon amitié. C'est un si bon sentiment!
MAURICE
Que me parles-tu d'amilié quand je te parle d'amour! Ne vois-tu pas que l'ivresse me possède et que je ne me possède plus? Cette ivresse qui serait le bonheur suprême si tu la partageais, pourquoi ne la ressens-tu pas? Je te le demandée deux genoux.
Relevez-vous! relevez-vous!
MAURICE
Non, je ne me relèverai pas que tu ne m'aies dit ce que je je veux savoir.
LOUISE
Demandez-le moi sans phrases, et je vous répondrai sans détours.
MAURICE
Voyons! pourquoi n'as-tu pas pour moi l'amour que j'ai pour toi, l'amour qui me brûle?
LOUISE
Vous tenez à le savoir?
MAURICE
J'y tiens!
LOUISE
Parce que, pour s'aimer tant, il faudrait se connaître moins !
MAURICE
Que dis-tu ?
LOUISE
Je dis que l'intimité est presque de la fraternité : elle appelle le dévouement, mais elle éloigne, l'amour.
La preuve du contraire, c'est la fièvre qui me dévore.
LOUISE
Langage de roman ! quand vous vous exprimez ainsi , ce n'est pas le cœur qui parle, c'est la mémoire...