ACTE DEUXIÈME
justice! si vous n'aviez pris la précaution de vous armer, non d'un simple pistolet, mais d'un revolver, d'une vraie mitrailleuse... Car, après le premier meurtre, vous ne pourriez plus, sans vous accuser vous-même, vous arrêter devant le second.
LOUISE , à Alphonse.
Ah ! je ne crains pas plus la mort que la calomnie... Vous pouvez, monsieur, faire impunément votre métier d'assassin... Tirez donc!
ALPHONSE
Ne me poussez pas à bout!
LOUISE
Que pourriez-vous faire de plus que ce que vous avez prémédité en simulant un voyage à Dieppe et en revenant vous blottir derrière cette porte? C'est une ignominie.
ALPHONSE
Vous osez me braver!
LOUISE
Je dis ce que je pense... J'ai le droit de le dire.
ALPHONSE
Je vous ferai repentir cruellement de cette insulte.
LOUISE
Comment?
ALPHONSE, posant son revolver.
Si vous avez été assez heureux pour échapper tous les deux
à la mort que vous méritiez, il y a un châtiment auquel vous n'échapperez pas...
MAURICE
Lequel?
ALPHONSE
Celui d'être rivés à perpétuité l'un à l'autre, traînant votre boulet, tête basse, comme deux complices publiquement exclus de toute société honnête et justement flétris par l'opinion vengeresse, (a Louise.) Vous allez quitter à l'instant le toit conjugal et retourner chez votre mère, où vous attendrez que le tribunal ait prononcé la séparation de corps que je vais lui demander, séparation qui ne vous permettra pas, madame, d'épouser M. Maurice Evry et de porter son nom, mais qui vous permettra de vous consacrer au bonheur de toute sa vie.
MAURICE
Et vous, monsieur, de vous vouer exclusivement au culte qui coûte cent mille francs par an au budget de mon ami, M. Lucien de Chérancé.
ALPHONSE
Insolent! Vous me rendrez raison de cette impertinence!
MAURICE
Ah! j'accepte, et de grand cœur! jouer ma vie contre la vôtre sera la preuve que je n'ai pas été l'amant de votre femme. Ce sera sa justification et votre condamnation.