ACTE DEUXIÈME
LÉENA.
Ce n'est pas un remercîment que je viens chercher.
ALPHONSE
C'est un testament?
Oui !... Qu'y a-t-il de plus simple et de plus naturel? Si tu avais perdu hier au jeu une grosse somme sur parole, te battrais-tu demain avant d'en avoir tout au moins assuré le payement?
ALPHONSE
Non.
LÉENA.
Eh bien, il y a des dettes d'honneur qui, pour être différentes, n'en sont pas moins sacrées.
ALPHONSE
Cela ne peut pas se comparer!
LÉENA.
Tu marchandes! tant mieux. Cela me met plus à mon aise. Les affaires sont les affaires. Est-ce moi qui suis venue t'enlever à ta femme? Non. Est-ce toi qui es venu me dérober à Chérancé et me brouiller avec lui? Oui. Peux-tu soutenir le "contraire? A toi la parole!
ALPHONSE
Il est onze heures.
Cela veut dire : Va-t'en! mais, mon cher petit Alphonse, puisque tu m'as si mal reçue et que tu t'es montré si ingrat, je ne m'en irai pas, je t'en préviens, que nous n'ayons réglé nos comptes, dussé-je rester ici jusqu'à demain matin. ,
ALPHONSE
Il n'y a qu'une seule pièce entre ce salon et la chambre de ma femme.
Je le sais.
ALPHONSE
Comment pouvez-vous le savoir?
LÉENA.
Par Julie, mon officier d'état-major, qui tient ses renseignements de Joséphine, son amie. Est-ce que la société ne nous a pas déclaré la guerre? Eh bien, est-ce que la première chose, pour remporter une victoire disputée, n'est pas de connaître exactement le terrain sur lequel doit se livrer la bataille? Nous appliquons à la guerre l'art de la guerre, et à la conquête les lois de la conquête. On nous attaque, nous nous défendons ; on nous prend, nous prenons.
ALPHONSE
J'ai des préparatifs à faire.