ACTE DEUXIEME
Tu vas l'être! (Reprenant.) « Si jamais j'étais dangereusement malade... si je mourais... »
ALPHONSE
Ce n'est pas le moment!
LÉENA.
Ce n'est pas le moment! quand tu vas te battre... Sois de bonne foi! N'est-il pas juste que tu me tiennes compte de ce que tu me fais perdre ? Finalement, qu'est-ce que je te demande ? Cinq lignes de ton écriture, rien de plus. Tu n'as pas d'enfants! Si tu es blessé dangereusement, tu ne dois pas tenir tant que cela à laisser toute ta fortune à ta veuve, d'avance consolée ! Si c'est lui qui est tué, tu le remplaceras, nous partirons pour la Suisse pendant qu'on meublera mon nouvel appartement. Est-ce convenu, mon cher petit Alphonse? Mais laisse-moi te regarder! Que je voie en face, bien en face, la figure d'un homme qui va se battre...
ALPHONSE
Ce n'est pas avec M. de Chérancé...
LÉENA.
Avec qui donc?
ALPHONSE
Avec M. Maurice Evry.
LEENA.
Avec l'amant de ta femme?
ALPHONSE
Êtes-vous bien sûre de ce que vous répétez là?
Si j'en suis sûre! Oh! la bonne plaisanterie! Les bans de leur union ont été publiés au club!
ALPHONSE
Elle nie ce que vous affirmez!
LÉENA.
Quelle est la femme qui a jamais avoué ce qu'elle avait intérêt à nier?
ALPHONSE
C'est que ma femme n'est pas une femme ordinaire, elle a une nature droite, loyale.
LÉENA.
Ah! voilà bien le langage de tous les maris. A les en croire, leurs femmes seraient parfaites. Eh bien, messieurs, si vos femmes sont sans défaut, pourquoi donc nous préférez-vous à elles, et les quittez-vous pour passer vos journées chez nous? Mais je reviens à ce qui m'a amenée. Tu te bats demain... Que ce soit avec Lucien de Chérancé ou que ce soit avec Maurice Evry, tu peux succomber... Si tu n'y as pas pensé, j'y ai pensé pour toi.
ALPHONSE
Merci.