ACTE DEUXIÈME
LUCIEN
Il n'y a pas de cependant, monsieur, lorsque je prends une affirmation sous la responsabilité de ma parole. Quel témoignage avez-vous à opposer au mien?
ALPHONSE
Celui de...
LUCIEN
Vous n'osez pas achever, vous avez raison. Vous n'osez pas dire celui de Léena la fauve.
Elle a été votre maîtresse.
LUCIEN
Ne m'en faites pas souvenir, car ce serait me rappeler que vous vous cachiez quand je paraissais.
ALPHONSE
Est-ce une nouvelle provocation?
LUCIEN
Oui, si vous ne renoncez pas à un duel qui serait le déshonneur d'une honnête femme ; non, si les leçons que vous avez reçues aujourd'hui vous ont fait descendre dans votre conscience...
ALPHONSE
Parlez moins haut!
LUCIEN
Pourquoi?
ALPHO SE.
Parce que, si ma femme écoutait, elle pourrait tout entendre.
LUCIEN
Je n'ai rien à dire qu'elle ne puisse écouter.
ALPHONSE
En tout cas, vous ne nierez point que M. Maurice Evry, que je croyais mon ami, n'ait manqué à toutes les lois de l'amitié?
Accuser les autres et leur jeter la pierre est facile. Vous et moi, n'avons-nous jamais eu rien à nous reprocher?
ALPHONSE
J'ai à me reprocher l'excès de ma confiance dont un homme, que j'appelais et que je croyais mon ami, a indignement abusé. Cette confiance, cependant, devait être une raison de plus pour que, fût-il éperdument amoureux de ma femme, il le lui cachât et en renfermât le secret dans son cœur.
LUCIEN
A sa placef monsieur, êtes-vous bien sûr que vous eussiez exercé ce souverain empire sur vous-même? Au surplus, je ne viens pas excuser Maurice...
ALPHONSE
Alors, monsieur, que venez- vous faire à cette heure extrême?