ACTE DEUXIÈME
LUCIEN
Je viens vous tenir le même langage qu'à lui; je viens vous dire : Quelle que soit l'issue d'un duel entre vous deux, le sang qui sera versé rejaillira sur madame de Valroy. Si vous tuez, ou si vous blessez votre adversaire, la conséquence inévitable sera une séparation judiciaire. Si votre adversaire vous tue, votre veuve ne pourra l'épouser. Maurice l'a compris et m'a donné sa parole,... je la garantis... Il m'a donné sa parole, si vous retirez votre provocation, de voyager jusqu'à ce que l'absence ait éteint dans son cœur le sentiment allumé par un espoir que votre conduite n'a pas peu contribué à attiser. Acceptez-vous?
ALPHONSE
Vous êtes un homme d'honneur, faites la réponse.
J'accepte pour vous.
ALPHONSE
Mais madame de Valroy?
LUCIEN
Je ne lui ai jamais parlé, mais, si tout ce que Maurice m'a dit d'elle est vrai, un quart d'heure d'entretien me suffira pour obtenir son silence et votre pardon. Les femmes ont en elles des trésors inépuisables d'indulgence. Il n'y a que... la faiblesse qu'elles ne pardonnent jamais.
ALPHONSE, confus.
Ne cherchez pas à adoucir le mot! Dites lâcheté! J'ai été lâche...
LUCIEN
Vous le reconnaissez?
ALPHONSE
Oui...
LUCIEN
La jalousie Sera VOtre eXCUSe. (Il va ouvrir la porte de communication entre le salon et la chambre de madame de Valroy.)
ALPHONSE
Que faites-vous?
LUCIEN
Vous le voyez, j'ouvre la porte.
Pourquoi ?
LUCIEN
Pour savoir si la porte de la chambre de madame de Valroy était ouverte ou fermée.
ALPHONSE
Était-elle fermée?
LUCIEN
Non, elle était ouverte.
ALPHONSE, à mi-voix.
Alors, Louise a tout entendu... tout...
LUCIEN
Tant mieux, cela vous épargnera l'embarras de lui rien avouer.