‹ Les Trois armes, ou Tactique divisionnaire du colonel prussien DeckerChapitre 44 sur 49 · DEUXIÈME POSITION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME POSITION

Dans ce cas, on prend position à 4 ou 500 mètres en arrière du pont. Ce combat présente le même • caractère que celui d’un défilé, excepté que les ap- proches étant plus ouvertes, nous pouvons établir * nos batteries sur le flanc aussi bien que de front, ' •

de manière à croiser les feux sur le pont.

Dcuxiimt formation.

Il est important de prévenir l’ennemi avant qu’il ne débouche. • • ,

Les canons, placés au centre, enfilent le pont en tirant à boulets. .

Les pièces placées sur le flanc, envoient des boîtes à balles sur les troupes qui ont déjà effectué le passage.

Le gros de l’infanterie est en arrière, non loin de l’artillerie, et prêt à charger à la baïonnette, lorsque le combat de tirailleurs est bien engagé.

La cavalerie et l’artillerie à cheval sont encore plus loin en arrière, prêtes aussi à venir charger l’ennemi lorsqu’il débouchera.

Ces dispositions ne sont applicables qu’à de nombreuses troupes. Si nous n’avons qu’un faible détachement, et que nous n’ayons ni les moyens ni Je temps de détruire le pont , nous nous établissons près de ses approches, et nous bornons à une courte défense.

Si nous n’avons que deux bataillons et peu de pièces, nous occupons les bords de la rivière avec quelques compagnies, et le reste est disposé en arrière, prêt à les soutenir lorsqu’elles sont repoussées.

Le plus grand obstacle que nous ayons à redouter dans la défense d’un pont , dans le cas surtout où la rivière serait étroite , c’est que l’ennemi puisse établir une nombreuse artillerie de l’autre côté et démonter la nôtre.

Si nous nous mettons hors de la portée du canon,

notre défense perd la moitié de sa force ; si le pont est rompu , nous n’en retirons d’autre avantage que *

de voir l’ennemi obligé de le rétablir sous notre feu. ’ .

Le point le plus important est d’enfiler le pontavec les boulets de la batterie du centre. A Lodi , la mitraille des batteries autrichiennes ne fit pas grand effet. Il est rare qu’elle arrête un ennemi déterminé.

Lorsque la voie est en dos d’àne sur le pont . il est important que l’artillerie commande la pente du revers opposé du pont, parce que l’ennemi s’y rassemblera avant de s’élancer. Si le pont a un parapet, il faut le détruire , même dans le cas où le pont doit être conservé.

C’est encore une question de savoir s’il y a bénéfice à laisser une partie des troupes de l’autre côté du pont, comme le firent les Autrichiens à Ebersberg(t).

Combien de fois, en effet , n’a-t-on pas vu des troupes laissées de l’autre côté d’un pont , avec mission de le brûler, faiblir au moment de l’exécution et permettre •

à l’ennemi de leur passer sur le corps? Tel fut encore 'le cas des Autrichiens, à Landshut, en 1809.

S’il y a des îles dans la rivière , elles servent souvent à la défense, et c’est le contraire, si elles sont occupées par les assaillants , ainsi qu’à Lodi.

Quant aux dispositions à prendre pour l’attaque

(1) Bourg des Etats autrichiens. Il s'y livra eu 1809 une bataille , dans laquelle les Français délirent les Autrichiens. (Trad. franç.)

1 26 GUÉS

des ponts , elles sont les mêmes que pour un défilé ; seulement, elles sont plus faciles à établir.

Le terrain permet , en général , de déployer une nombreuse artillerie qui écrase celle de l’ennemi. L’infanterie légère s’établit sur le bord , ou même sur le versant de la rivière (cela dépend de sa largeur) , et sous la protection de ces deux armes, l'infanterie de ligne , formée en colonne , force le passage.

On ne peut espérer, avec moins de quatre ou cinq bataillons , de forcer un pont bien défendu; la cava- * lerie et l’artillerie à cheval marchent en arrière de ces bataillons.

L’artillerie à cheval soutient l’infanterie et prend . position sur le terrain déjà occupé, jusqu’à ce quelle soit relevée par l’artillerie à pied qui suit : elle rejoint alors la cavalerie. Nous voyons qu’ici, de même que dans un défilé, le succès de cette opération exige une puissante et rapide coopération des trois armes.

On doit éviter scrupuleusement toute hésitation.

Lorsque l’ennemi est franchement battu , commence pour lui un combat rte retraite, et pour nous un combat d’attaque.

GUÉS

Nous ne pouvons défendre un gué que du côté de la rivière où nous sommes. En effet , si nous plaçons un détachement sur l’autre rive, l’ennemi n’aura * qu’à le repousser età le suivre pour découvrir le gué.

GUÉS

Son ignorance du point exact de passage constitue tout le désavantage de l’ennemi , et fait , au contraire, notre force. Si nous n'avons pas de plan offensif pour les opérations subséquentes, nous pouvons rendre le gué impraticable au moyen de pierres , de herses , d’arbres, ou en creusant des tranchées. Ce genre de combat , quant à l’attaque , varie très-peu de celui d’un pont, excepté que les assaillants , dans leur incertitude sur la position précise du gué , peuvent rester plus longtemps exposés à notre feu.

Leur passage sera aussi retardé d’autant; ce qui prouve que les gués sont plus faciles à défendre et plus difficiles à forcer que les ponts.

Nous ne devons pas compromettre le salut d'une colonne trop faible , en entreprenant le passage d’un gué , avant d’avoir éteint le feu des batteries ennemies.

Ici, ce n’est pas l’infanterie qui ouvre la marche, mais bien la cavalerie; parce qu’en cas d’insuccès, elle peut se replier plus rapidement.

Dans les cours d’eau profonds et rapides, on doit faire passer la cavalerie à côté de 1 infanterie , et en amont, pour briser la force du courant. La force d’un cheval trouve d’ailleurs son maximum de résistance dans quatre pieds d’eau, et au-dessous si le courant est Ircs-rapide.

Il est inutile de dire que les tirailleurs garnissent le rivage.

L’artillerie achevai suit la cavalerie, et l’infante-

128 CHAUSSÉES REMBLAYÉES.

rie, passant le gué sous la protection de ces deux armes, s’établit de l’autre côté, chasse les tirailleurs ennemis et soutient la cavalerie, qui, dès lors, est libre de poursuivre ses avantages, ou de se reformer en réserve.

L’artillerie à pied vient à son tour appuyer l’artillerie à cheval , et le combat prend alors un caractère régulier.

C HAUSSÉES REMBLAYÉES .

On peut considérer les chaussées en remblai comme des défdés, quoique la vue n’y soit pas limitée.

Leurs bords sont plus ou moins praticables, excepté dans les marais.

Dans ce cas, ce ne sont que des routes élevées; mais si le marais est humide et impraticable , c’est une autre affaire.

Si nous prenons position en avant de la chaussée, cela devient même plus dangereux qu’un défilé, parce que nous n’avons pour seule ligne de retraite qu’une route étroite, qu’un ennemi hardi franchira aussi vite que nous.

Si nous prenons position sur la chaussée (ce que nous éviterons, à moins de circonstances particulières; comme, par exemple, lorsque la chaussée est très-longue, et, dans ce cas, nous construirons des

batteries fixes pour nous protéger), notre front de

CHAÜSSÉES REMBLAYÉES. 1 29

résistance sera trop faible, à moins que la chaussée ne suive parallèlement ou obliquement la ligne d’attaque.

De plus , dans cette dernière hypothèse , on a le désavantage d’avoir sa ligne de retraite sur un des flancs. 11 demeure donc établi qu’il faut prendre position en arrière de la chaussée. Des forces supérieures pourraient tout au plus agir différemment.

La défense se réduit alors exactement à celle d’un pont. On ne doit jamais perdre de vue qu’il ne faut pas prendre position trop près de la gorge, afin de ne pas paralyser l’emploi des trois armes. Si nous avons du temps devant nous, nous pouvons toujours retrancher notre artillerie , ce qui lui donnera les moyens de s’étendre davantage.

La circonstance la plus favorable est lorsque la chaussée ne se prolonge pas en ligne droite; nos pièces de petit calibre sont pointées sur les angles les plus rapprochés, de manière à les enfiler; les pièces de calibre supérieur sur les angles plus éloignés, chaque tournant balayé au moins par trois pièces, aq plus par quatre.

Sur le flanc de la batterie du centre, on place les autres batteries destinées à tirer à mitraille lorsque l’ennemi se déploie.

L’iufanterie agira exactement comme dans un combat de défilé , les bataillons du centre en colonne, prêts à .charger à la baïonnette; ceux des ailes, déployés et placés en avant.

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