‹ Les trois aspects du président Wilson: la neutralité, l'intervention, lChapitre 38 sur 132 · LE GÉANT ET LES NAINS · texte numérisé non relu

LE GÉANT ET LES NAINS

II serait cruel, il serait sanguinaire de se figurer qu'une révolution démocratique ou libérale serait une garantie suffisante de la tranquillité et de la douceur du peuple allemand.

Il serait désastreux de s'imaginer que l'institution en Allemagne d'un < Gouvernement responsable envers le pays * (comme il y en a un dans l'Empire turc I) suffirait & sauver l'Europe des armes impériales. Le simulacre en est facile, le contrûla en est malaisé, le résultat ne vaut pas cher. Il n'y a qu'un

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moyen de vivre en bon Européen, ou de restaurer une « chrétienté », ou d'obtenir un statut gui tende à une société des nations : c'est de commencer par diviser l'unité allemande dans le plus grand nombre possible de parties, par conséquent aussi petites que possible. Alors, et alors seulement, le Boche sera inoffensif. Ou bien, les braves et paisibles associés de l'Europe et de l'Amérique seront obligés, selon l'expression même de M. Wilson, de vivre « pendant un temps encore indéfini sous le joug pesant des armes ». Pourquoi? Parce que, toujours selon le propos de M. Wilson (qui ne s'améliore pas à demi), parce qu'il subsistera au centre de l'Europe «des pays capables de maintenir, sans parallèle posiible atiec le$ autres nations, les plus puissantes forces armées ainsi que les armements les plus formidables, et en face desquels les libertés politiques ne peuvent que languir et périr •.

C'est la table du géant associé avec des nains, ou encore du couple d'éléphants jugé, contrôlé et condamné au dernier supplice par un tribunal de colombes assisté par une maréchaussée de souris. Il ressort bien de là que la politique -de la Société des nations, plus qu'aucune autre, exigerait le retour à la politique de 1648. Les socialistes français n'en conviendront jamais parce que le progrès d'un socialisme- futur en Allemagne les intéresse infiniment plus que la sécurité française, et le morcellement de l'Allemagne en petits Etats n'est aucunement favorable à ce ( progrès *, la sozial- démocratie n'existant que par l'Empire et par l'unité. Mais il est déjà sensible que M. Wilson se moque un peu de la sozîal-

déinooratie : il est douteux que nos socialiates I« touchent par cet argument ei tant est qu'ils otent le lui offrir en clair. Lieur dédaraUoa d'hier i. la Chambre montre un goût de l'équivoque et un génie retardataire qui est peu français et qui n'a rien d'américain.

Il y a plaisir â exprimer ooa félicitations au Président qui tient le drapeau étoile. Nous n'avions pas tort, un an avant la guerre, de rêver que M. Woodrow Wilâon apportait avec s« politique personnelle quelque chose de neuf pour son pays et pwir le monde. Ce Bochs de Kant avfait failli nouB brouiller depuis.

Les réalîtéfi politiques réconcilient.

LE MESSAGE A M. GOMPERS

& septembre 1917.

M. WilsoQ continue ce curieux mouvement alterné qu'on pourrait dé&nir la concentration des réalités ' du pouvoir et le déploiement des fictions juridiques. Aucun chef d'Etat n'est plus acharné à se réclamer de la démocratie, aucun n'est plus Jaloux de ta possession et de l'exercice d'une autorité qui confine à l'autocratie.

On sait qne le vocabulaire démocratique de M. Wilson ne nous a jamais inquiété, en raison des sens varié», parfois piquants, revêtus par oe terme aux Ëtats-Unis d'Amérique. Il y a un demi-siècle, tes adversaires de l'esclavage noir et de la cbevalerie du sud étaient dits républicains. Aux partisans de ce r^ime étaient attribuée la qualité de démocrates' Uae trfle démocratie selon le cœur de Platon, â'Aristote et d« ce prodigieax aristocrate virginien Edgar Poe, e^t certainement conciliable avec tous les régimes qui sont, qui furent ou qui seront en vigueur dans «otre Europe entre l'an 1200 et l'an 2000. Nous doutons qu'on en tire quoi que ce soit do favorable aux régimes sociaux ou politiques communément 'qualiftéë do démocratie dans l'ancien continent.

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