AU FAIT PAR LE DROIT
disposé qua tout autre à mettre au service* du rrai, des arguments flottants et des considérations plutôt vagues.
Telle est ma cynique pensée. Je souhcùte à nos plénipotentiaires le même cœur. ;
LA BELGtQUE ET LE WILSONISME
G décembre 1918.
A les voir d« près, il y u autre chose qu'un thème ti'ès général dans les importauts discours prononcés à l'Elysée hier soir. Des actions y sont en germe. Non précisément ces actions d'agrandissement et de renforcement territorial que tous les bons esprits s'accordent i prédire à la Belgique nouvelle et que Bainville, hier, définissait heureusement en ces
Tout ce qui est lielge doit être belge. Une Belgique solidement constituée, maîtresse cbez elle, bieu assise sur ses Seuves, ta Meuse et l'Escaut, est indispensable.
Ce ne sont pas précisément ces hauts problèmes qui étaient agités k l'Elysée hier, mais des problèmes plus hauts, plus importants encore. Le roi Albert a ajouté à son rappel des souffrances, des espérances et des victoires communes, un bel acte de foi certaine è. l'amitié française, ot spécifié que la Belgique devait être ■ dégagée des servitudes internationales que faisaient peser sur elle des traités que la guerre a profondément ébranlés », et M. Poincaré avait déjà dit que la Belgique serait * débarrassée des entraves de cette neutralité qui n'a pas été pour elle une garantie • et recouvrerait « son indépendance et sa souveraineté >. Là-dessus, en effet, l'opinion csi unanime en Belgique et en France. Il ne faut plus que la Belgique puisse s'endormir è. l'ombre de la
LA BELGIQUE ET LE WILSONISME 9t
plus trompeuse des promesses internationales. Il ne faut plus que ta grande &me de ce peuple héros et martyr puisse être livré aux hasards de la vigilance et de la prévoyance d'une petite poignée de bons citoyens guidés par deux rois de tête et de coeur. Elle a eu Léopold, elle a eu Albert. Avec des esprits moins lucides, des caractères moins trempés, quel piège eût tendu à sa bonne toi et à son amour de la paix le • chiffon de papier * de 18^! Autant l'indé^ pendance établie et reconnue huit ans plus tôt par le roi des Fritbçais fut un bienfait européen, autant cet accord in£érnational qui suivit était décevant, captieux, précaire. Ni Albert I", ni M. Poincaré, ni la Belgique, ni la France n'en veulent plus.
WILSONISME OU ANTIWILSONISMET
Mais, ce disant et ce faisant, il importe de voir et de savoir ce que l'on fait et ce que l'on dit. On fait, on dit, on affirme et on réalise une doctrine qui tourne absol^^ment le <Ios è. la doctrine de la Société des nations. On pose, on règle, on établit les principes de U liberté des nations du moment que l'on abolit des « servitudes internationales > et qu'à la garantie soi-disant donnée par les pui.8sances ^ l'Etat belge, yn substitue les risques et, comme "dirait Platon, les beaux risqiies de l'indépendance pléniére et de la complète souveraineté.
. C'est un pas dan^lavoie del'évolution qui emporte l'Europe depuis quatre siècles. Ce n'est aucunement un pas dans le sens des principes du président Wilson. Le dictateur et pape de l'Amérique ou ne dit rien ou propose un système de servitudes intematio-
nates, el' ce ayatème lui-même né aérait rien s'il n'apportait une limite à l'indépendance et à la souveraineté des Etats. Or, en ce qui concerne la Belgique, l'effet matériel de cette guerre, de toutes les souffrances endurées, de tous les efforts déployés, sera d'écarter même sans discua^ion la garantie juridique et la défense morale repràsentées par de purs acGorils internationaux: la Belgique et son roi demandent i l'Europe qui les aime et les admire la - permission d'user 'd'une liberté plénière et d'établir leur sûreté par la liberté de leurs- mouvements matériels et moraux, de leur activité diplomatique et de leurs préparatifs militaires. Cela est raisonnable et juste? Cela, direz-vous, est la juste le^on pratique tirée du mépris témoigné par Bethmann- HoU*eg aux accords internationaux? Cela, en somme, participe de la majesté des vérités rationnelles que l'expérience confirme? Assurément, et c'est pourquoi cela est aussi tout ce qu'il y a de plus antiwil-
Le wilsonisme serait-il un système réactionnaire? Contredirait-il le droit CI de l'évolution? Eh I cela n'est peut-être vrai que d'un wilsonisme inférieur, . celui dont nous régalent les organes d'extrdme-gauche. Le président américain nous a souvent paru corriger ce que ses principes ont d'un peu archaïque ou rigide par une acuité de regard, une'sonsibilité an fait qui remst tout au juste point.