IL FAUT EXPLIQUER M. WILSON A LA FRANCE
8 décembre 1918.
Nous avohe cru fdire œuvré de bons citoyetis ëb noua efforçant plusieurs fois d'expliquer 1^ France à M. Wilson, Nous ne changeons pas de métier en expliquant aussi M. Wilson à la France.
Son vocabulaire, sa doctrine son « dogme » y paraissent souvent plus mot'àux et plilâ religieux tjue politiques. Une influence extrême de Kant a dû être relevée autrefois, avant l'intervention. Ce kantisme s'est atténué : non les habitudes sermonnaires d'une civilisation où, depuis la Réforme, le clergé n'est pas difTérencié dans l'Etat, où l'éthique et l'ecclésiastique font corps dans toute exhortation appelée à conduire les hommes. Mais cette confusion de l'ordre moral et du politique n'exclut nullement la vigueur, ni même la violence de ce dernier élément. Rappelez-vous M. Lloyd George. Dans les commencements, il prêchait tout autant et tout aussi bien que M. Wilson. E!h bien, voyez les résultats de ces beaux prêches; sans coup férir ils ont capturé la splendide flotte allemande tirée des réduits de l'Elbe et du canal de Kiel. Si l'on ne savait quelle action hardie et forte a déterminé co bienfait, le miracle ferait la paire avec celui des trompettes de Jéricho.
Ou je me trompe fort (ce qui est d'ailleurs possible) ou M. Wilson nous étonnera de la même manière que M. Lloyd George parlesérieux, là fermeté jet, l'i-pro-
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pos de son esprit pratique. N'a-t il pas déjà commencé? La [»^digieuse beeogae matérielle menée à bien en moins de deux ans de luttes ne dépose-t-elle pas en faveur de ce sentiment? La mise sur le pied de guerre d'un pays vingt fois plus grand que le QÔtre, aussi vaste qu'un continent, ne répond- elle pas aux reprociies de rêverie, d'utopie, d'une philosophie extérieure et inférieure à la vie? Ce qui étonne, ce qui nous étonne, nous Français, nous sceptiques-nés, ' c'est la méthode si prddicuse, c'est le langage de ce prêche si confit de dévotion et presque de superstition! Mais quoil cela même n'est pas inexplicable peut-être, ni irréductible aux conditions daus lesquelles cette parole et cette pensée se font jour.