‹ Les trois aspects du président Wilson: la neutralité, l'intervention, lChapitre 88 sur 132 · LE JUGEMENT MORAL DU MONDE · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT MORAL DU MONDE

Il est d'autant plus intéressant de poser de telles questions qu'une phrase très remarquable du discours de Londres semble montrer que l'éminent orateur a perdu de vue même leur existence. Dans une allusion très nette au grand mot de Montaigne et de Pascal sur les trois degrés d'élévation du pOle qui renvèr^nt toute la justice, M. Wilson a tranquillement indiqué que, selon lui, ces remarques de contemporains de Shakespeare et de Milton sont aujourd'hui bien périmées. Il a dit que f jamais > peut-être avant notre temps, les hommes n'ont « réellement » compris combien petite était la différence entre les mots •: droit et justice sous une latitude ou sous une autre, soua- une souveraineté ou bous une autre ».

VoiU, on a le droit d'en avertir cet homme éminent et que sa place élève encore, voilà, sans doute auoun,

la déclivité de la plus dangereuse des illusioDS. Il n'est pas exact que l'on tombe plus aisément d'accord de la Justice qu'autrefois. Et c'est môme tout le contraire. Le • jugement moral du monde >, comme il dit plus loin, ne tend aucunement à s'unitier. Il faut le dire sans plaisir, comme il faut le voir sans trouble, mais il faut le dire et le voir. Croire que les hommes se comprennent de pins en plus alors qu'ils tendent À la plus sensible et à là plus profonde des mésententes, c'est accélérer sans le vouloir l'ordre des malheurs nouveaux de l'humanité.

Nous nous permettons d'attirer l'attention de M.' Woodrow Wilson sur cette erreur -de fait. On a le sentiment de lui rendre service en la lui signalant.

Touterhistoîre de cette guerre d'alliances, avec ses arrêts fous, de cette alliance elle-même, aux retards scandaleux, alors que l'ennemi avait tout fait et si bien pour nous fédérer dès la première heure, cette histoire constitue à elle seule un témoignage de la plus haute valeur en faveur de l'opinion la plus pessimiste. Cette histoire établit que l'homme moderne, do 1914 à 1918, n'a essentiellement bien compris que les coups, et les coups une fois reçus : it.a fallu l'invasion dn sol belge pour appeler l'Angleterre à, nos cdtés, il a fallu l'invraisemblable succès boche du 21 mars 1918 pour faire l'unilé de commandement, il a fallu... Non, non : si, pour juger, il faut commencer par connaître, jamais les esprits n'ontété plus lents, les intelligences plus paresseuses, les communications intellectuelles plus diffïcilesàétablir. De ces lenteurs et de ces imperfections dans la connaissance sortent les plus extrêmes variétés et con-

tradiotions dans les jugements. Je promets & M. Wilson de beaux étoanementa sur la variété du < jugement morid du monde » s'il a le malheur de se ûer à cette dernière et crépusculaire idole de la fantasmagorie oritioiste.

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