LE MONDE VU DE LONDRES PAR UN HOMME MORAL
m décembre 191S.
Qu'elle étaitémouvante cette rencontre, àLondres, du roi d'Angleterre et du président américain, les deux chefs des plu^ vastes agglomérations d'hommes qu'il y ait sur le K^obe, Wilson, comme il Ta dit « à titre temporaire >, George Y, de tout temps, depuis le roi Alfred I
Suivant une habitude dont le retour est immanquable et dont nous nous ménageons attentivement le plaisir, le dépositaire de la Couronne anglaise a trouvé l'accent de l'émotion et le point du cœur pour évoquer ses grands souvenirs nationaux. Nul peuple depuis Rome n'a mieux tenu ce noble langage, par lequel le fleuve puissant des majestueuses causes anciennes roule et étend ses flota jusqu'à baigner, jusqu'à porter tous leurs effets qui sont les plus proches de nous. Sur la communauté historique de Londres et de New- York, le roi George a dit entre autres paroles :
A vous non moins qu'à nons appartiennent les grands aaavenîra de nos héros nationaux, depuis le roi Alfred jusqu'À Philip Sydney, Ûrake, Raleigh, Blake ot Hampdec jus((u'aux jours où a commencé à poindre dans l'Amérique du nord la vie politique héritée des ancêtres anglais. Vous communiez avec nous dans les traditions de liberté, de self-gooernment, aussi vieilles que la grande charte.
Comme un orchestre immense, l'enthousiasme de
deux Diilliona d'âmes soulevées servait d'accompa gnemeot à ces souvenirs, et chacun ponvtût redire comme le roi : ■ L'heure présente est historique, votre visite marque une date historique. >
L'AME DU WILSONISME
Le président Wilson a répondu comme il convenait à ce grand accueil.
Une nuance de son discours frappera- C'est la satisfaction visihle, et très hautement avouée, avec laquelle le successeur de Washington et de Lincoln a repris pied sur cette vieille terre, à l'antique foyer des parents de ses grands-parents. Mtûs il a parlé aussitôt, presque immédiatement, sans transition, de ce qui me paraltêtre son vrai objet, l'objet profond de sa pensée et de son action : t l'influence que le peuple américain petit avoir tur les affaires du mondes. Il ne faudrait pas nous pousser beaucoup pourjious faire avouer qu'à notre avis Id est la pensée essentielle de ce chef d'un Ktat géant. La nature de cette influence, sa qualité, les moyens par lesquels elle s'exercera et les fias qu'elle poursuivra seront certainement débattues avec loyauté et délicatesse dans cette intelligence et daus ce cœur, mais, soyons-en sûrs, cela n'y viendra qu'en deuxième . ligne. Evitons l'illusion contraire.
On a déjà tenté de définir le président Witson un homme dont le réalisme est au service d'un idéalisme passionné. Ce n'est pas bien cela encore. Il faut ajouter que ce noble idéalisme est essenUellement national; ce ne sont pas seulement les forces, les moyens, les matériaux qui sont américains dans
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m tB PRÉSIDENT WrLSON
M. Wilsoo, (^B8t aussi l'idée direotrice et oe qu'elle « d'antènoun passa avant tout, plusla nationalité de l'Amérique, réalisée dans une élite d'esprits ft de cœurs, semble encore distante de son poiot d'accomplissement et continue à mériter son vieux titre de nébuleuse, plus ces Américains de la * plus grande Amérique *, véritables Pères de la Patrie, sont attachés A leur désir, à leur espoir, À leur passion du développement « d'une grande influence sur les affairas du monde *. Leur dévouement si exalté, leur générosité, leur volonté de servir eflîcacement sont (uiimés pour.une très grande part de ce beau souffle de patriotisme volontaire. N'bésitons pas i ajouter que c'est aussi i ce caractère que nous les reoonnaia- SOQS pour vrais et digues frères des. grands hommes d'action dont l'histoire politique de notre ancien monde est issue. Nation y fut toujours beroeau oonditionnel de civilisation.
LE WILSONISME RELIGIEUX
La nuance particulière de moralisme, de dévotion ou de sainteté qu'y ajoute M. Wilson nous est un peu plus étrangère.' Inconnue? Non ; familière sur d'autres plans.
Dans la jeune Amérique, ces plans, encore confus, restent entremêlés, ils ne le seront plus dans cent ans. Alors on distinguera mieux la morale et la politique, la morale et la religion. Alors on sera plus attentif à ne point mélanger trop souvent le- point de vue du droit qui est celui' des choses sacrées, avec celui des intérêts de fait qui, pour être moins noble, roprésenV», l'air, l'aliment, 1» lumière. Je vêtement,
la sécurité de ta vie pour d'ionfimbrables populaUons et qui, par li, se rapprochent aussi d'une zone sacrée, oelle du devoir.
Pourquoi y aurait-il des Gouvernements s'ils ne devaient défendre, soutenir et développer l'existence des gouvernés ? Le « droit * du président tout en générosité envers les frères éloignés et indi0érents ne tend-il pas d'&ilteurs à s'oublier parfois lui-même quaadil tourne à l'indulgence pour un ennemi oriminelV Les habitants affamés de Lille ou de Sedan n'ont-ils pas en droit véritable un tour de faveur sur ceux de Vienne et de Berlin? Mais le droit théorique du président américain s'arrête à peine à cette préférence dont la légitimité paraîtra absolue t