SCÈNE XIII \ Les Mêmes, NOISETTE
NOISETTE, arrivant de gauche très-galment.
Bail ! te v’ia de retour?...
CHEVROT.
Tiens! par où êtes-vous donc passée?
NOISETTE
Par la petite porte de la basse-cour, donc!... et les autres , qu’est-ce qu’ils sont devenus?
CHEVROT.
Est-ce qu’on sait?... Deux toqués!.. . (Les statues montrent le poing à Clievrot qui se détourne.) Le chien !... c’OSl ie chien !... Dites donc , mam’selle Noisette, voulez-vous être bien ai- ; mai.) te... oh! mais là, bien aimable!...
NOISETTE
Dame ! si ça se peut !... (Intention curieuse des statues qui semblent dire : qu’est-ce qu’it va lui demander?)
CIIEVROT.
Oh ! mou Pieu 1 c’est bien simple, c’est de mettre vos plus beaux atours, el de venir, à mon bras, à la frairie.... (Ge»t« d’indignation des statues.)
NOISETTE
C’est ben compromettant.
CHEVROT.
Si j’y tiens tant, c’est qu’on y gagne, à l'arbalète, une jolie petite montre en or.
NOISETTE
Parbleu ! le premier prix.
Et y me semble que si j’ajustais le blanc..; là... devant vous... la montre serait vile à vol’ ceintuie. (Dénégation des
statues.)
NOISETTE
T’es donc bien adroit !
CHEVROT.
Là bas, au camp, à trente pas, j’découpais votre chiffre, en dix coups de mousquet... tic ! tac! toc! (Les statues font : ce n’est pas vrai. )
NOISETTE
Pesle !
CHEVROT, prenant un melon sur la table, prés de la corbeille it ouvrage.
Tenez ! vous \oycz bien ce cantaloup?
• NOISETTE
Oui !
CHEVROT, déposant, à l’aide du piédestal sur lequel il monte, le melon sur la tète du jardini r.
Mes flèches vont entrer là dedans comme dans du beurre, VOUS allez Voir, (lia pris un fusil h arbalète, qui est accioché à deux pas de la statue, et vient se placer à «lix. pas sur le devant du théâtre. — Expression comique de la statue, qui n’oso plus bouger, et dont la physionomie trahit la plus vive anxiété.)
NOISETTE, montrant la statue.
Chevrot !... Prends garde de me l'abîmer surtout !
CHEVROT, qui a mis une balle dans le fusil.
N'ayez donc pas peur! une! deux!... trois! (Le cantaloup ' tombe derrière la tète de la statue.)
NOISETTE
Ah I v’ià qu’est visé !
CHEVROT, prenant dans sa poche la pipe qui lui a été remise tout à l’heure par Noisette.
Dernier coup ! (U met la pipe dans la bouche de Lognon, c’est-àdire de la jardinière.) V’Ià une luronne à qui j’vas casser sa pipe !...
NOISETTE. x
Je te gage que non !
CHEVROT.
Je VOUS parie que si ! (La ramenant sur le devant du théâtre.) Qu’est-ce que nous jouons ?
NOISETTE
Dame !...
CHEVROT.
Un petit baiser !
Ta! ta! ta!
CHEVROT.
Oh l qu’est-ce qui le verra ! vous me le rendrez et nous serons quittes... est-ce dit? c’est dit! (Pendant ce jeu de scène, les deux statues épouvantées sont descendues de leurs piédestaux — Lognon indique à Triquet, par gestes, que c’est lui qui doit se mettre la pipe à la bouche, et qu’il né se résignera jamais à cette dernière épreuve. II plante la pipe, en fin de compte, à la bouche de Triquet. — Et ils remontent chacun vivement sur les piédestaux. — Seulement ils se trompent de côté, celui qui était à gauche monte adroite, et réciproquement.) CHEVROT, en se retournant pour ajuster la jardinière de son fusil.
Ah ! mille gargousses ! les statues qui ont changé de place !
NOISETTE
Eh ! mais !...
CHEVROT.
Elles remuent !
NOISETTE
Je le reconnais !
CHEVROT.
Lognon !
NOISETTE
Triquet!
(Lognon et Triquet, s’agenouillant et descendant de leurs piédestaux.)