LE LONG-SAULT
Dans l’interet de la clarte, faisons d’abord connaissance avec le Long-Sault.
II y a en Canada trois rapides de ce nom : un sur le Saint-Laurent, au-dessus du lac Saint-Francois, et deux autres sur l’Outaouais. L’un de ces derniers se trouve entre Matawan et le lac Temiscaming; l’autre s’etend de Carillon a Grenville, et c’est celui dont il est ici question. II comprend trois trongons de rapide dont l’ensemble fut ainsi nomine des les premiers temps de la colonie. Le chevalier de Troyes ecrit en 1686 que “le premier rapide (du Long-Sault) est a une lieue de la pointe du lac du nom des deuxmontagnes”, et c’est bien du meme Long- Sault que parlent les chroniqueurs de 1660, puisque le chevalier ajoute qu’il vit la “les vestiges d’un vieil fortin ou dix-sept Frangais soutinrent, pendant ... les guerres des Iroquois, l’effort de sept cents de ces barbares” (1). C« premier rapide, qui en suppose
1 - Journal de l’expedition du chevalier de Troyes a la baie d’Hudson, ” p. 24.
Combats du Long-Sault
evidemment d’autres, s’etend depuis Carillon jusqu’a deux milles au-dessus. En montant 'encore quatre milles, on rencontre la chute a Blondeau, presque incndee aujourd’hui par la digue de Carillon, et deux milles plus haut que cette chute, le pied du rapide superieur long de cinq milles et demi.
Nonobstant les appellations diverses de ces trois cascades, leur ensemble conserve le 110m de Long-Sault qui lui convient si bien, car, si les bateaux peuvent y monter d’un rapide a 1’ autre, c’est en luttant contre un courant assez fort qui continue de creuser son chemin a travel’s un immense banc de calcaire.
Ce travail millenaire dure depuis le retrait de la mer primitive. L’Outaouais, qui chercha d’abord sa voie, commenqa par enlever des masses de terre et ouvrir une large vallee qu’elle creusa ensuite en retrecissant tou jours son lit. Le roc une fois atteint, elle y deposa les roches trouvees dans les couches superieures, et se mit a Fuser a son tour. II faut voir le scabreux chemin qu’elle s’y est creuse et au fond duquel elle travaille encore aux trois endroits precites. II est borde, ici d’escarpements perpendiculaires, aussi al-
Le Long-Sault
tiers que des citadelles; la de caps en ruine, mollement dessines par la cime des bois qui les recouvrent.
En approchant de Carillon, la couche calcaire s’enfonce peu a pen pusqu’a disparaitre completement sous le village. Ici, la pente s’adoucissant, la riviere s’est promenee plus loin de chaque cote de son lit actuel et a sculpte des terrasses. Le haut talus qui borde au nord-est le village et auquel on donnait en 1660 le nom de coteau, represente 1’ancien niveau du sol et donne la mesure de la terre enlevee tant du cote nord que du cote sud ou le pillage s’etend beaucoup plus loin
L’ immense vallee, longtemps denudee, s’est enfin laisse envahir par la foret, et la genese du Long-Sault etait presque aussi avancee qu’elle 1’est aujourd’hui, alors qu’il n’y avait encore, sur la terre, personne pour compter les annees.
Avant les temps historiques du Canada, l’Outaouais etait deja une frontiere entre des Hurons-Iroquois et des Algonquins. Ceux-ci, venus du nord, cherchaient a la traverser, faisaient alliance avec les Hurons plus accommodants et chassaient de l’ile de Montreal les Iro-
Combats du Long-Sault
quois qu’ils obligeaient a se retirer par dela les Addirondacks. Cette lutte fit naitre la Ligue iroquoise et le vaste plan de conquete qu’elle poursuivait encore avec acharnement lorsqu’il fut entrave par la venue des Europeens.